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[Cannes, Quinzaine] « P’tit Quinquin » de Bertrand Dumont, L’inspecteur Clouseau chez les Ch’tis

[Cannes, Quinzaine] « P’tit Quinquin » de Bertrand Dumont, L’inspecteur Clouseau chez les Ch’tis

13 mai 2014 | PAR La Rédaction

Bruno Dumont nous présente une série télévisée, P’tit Quinquin, une série qui sera diffusée sur Arte à la rentrée prochaine. Réalisée par Bruno Dumont (Flandres, Camille Claudel), ces 4 épisodes de 52 minutes projeté en format Scope dans leur intégralité (3h20) nous plongent dans un petit village côtier du Boulonnais.

[rating=4]

Pour les habitués du cinéma de Bruno Dumont qui commence par La vie de Jésus en passant par L’humanité, Flandres et plus récemment Camille Claudel 1915, nous savions que nos cernes cinématographiques s’attendaient au silence assourdissant d’un des cinéastes les plus talentueux de sa génération, et que la matinée malgré la douceur estivale de Cannes serait embaumée de métaphysique glaçante.
Et nous avons rit. Nous avons rit de bon cœur, surpris de nous même, surprit de la farce magnifique de Brunot Dumont nous faisant boire de « La soupe au canard » a notre réveil jusqu’au 5 dernières minutes.

Bruno Dumont dans une galerie de personnages aux têtes Boschiennes en passant par les rondeurs des femmes de Rubens et les chevaux Boulonnais, véritables « colosse en marbre blanc » nous tiraient nos zygomatiques de critiques cyniques. Mais que diable avons-nous été faire dans cette galère a la proue en forme de rhinocéros, gouvernée par le capitaine Haddock qui nous avait toujours habitué a rechercher des licornes parmi les Bachi-Bouzouk ? Et nous avons donc obéi aux ordres de l’émérite professeur de philosophie, réalisateur polymorphes et professeur de culture générale.

« P’tit Quinquin » c’est tout d’abord un Cluedo en quartes parties pour savoir qui dans cette région du Nord-pas-de-Calais se délecte de se faire passer pour un serial killer enchaînant des meurtres subtiles. Corps retrouvées dans des vaches-folles ou non, introduit dans des lieux inaccessibles, retrouvés avec ou sans tête, dévorées par des porcs ou tout simplement dans du purin ou encore ligoté a un rocher face a la mer.
Un seul suicide, peut-être hors sujet, fera l’objet d’une analyse ultérieure. Pour faire la lumière sur ces meurtres, avec en filigramme l’amour naissant du petit Quinquin pour sa dulcinée qui répète ses gammes pour le défilé des majorettes, les Starsky et Hutch de l’absurde.

Nous suivons a ce niveau deux histoires parallèles. Le catalogue des bévues de l’inspecteur heureusement sans gadgets ( appelé par la profession : le brouillard )et de son acolyte aux deux dents ne peuvent être listées tellement celles-ci sont récurrentes dans la recherche du meurtrier, et la tendresse magnifiquement filmée du petit Quinquin et de ses amis accrocs aux pétard du 14 juillet pour impressionner les filles ainsi qu’à la bagarre avec les « différents ». En espérant que cette bagarre ne l’emporte pas jusqu’à La vie de Jésus…

De ces deux histoires connexes naissent des situations extraordinairement drôle dont nous vous laisseront le soin de vous délecter lors du passage sur Arte de cette « série ». Un enterrement d’une pitrerie indescriptible ou les larmes sont de rires, une candidate de télé-réalité filmé pour un concours en plein champ, un handicapé qui prend le volant, l’inexorable fou du village qui tombe par terre par faute d’un jeu d’enfant …
Le temps passe, nous rigolons, les meurtres s’accumulent, l’amour de Quinquin grandit, et maintenant que nous avons fait notre ce tour de passe-passe incroyable de Bruno Dumont faisant de la comédie nous attendons le coupable.

Nous ne dirons rien sur celui-ci ou celle-ci ou ceux-ci … Mais voilà, maintenant que nous avons bien rit, que cette brève s’achève la fausse note apparaît ou plutôt un double-bémol qui fait que Bruno Dumont a tort ou à travers réapparaît dans tout son mystère et sur un sujet qui lui est chère : la religion, et peut être fausse la tonalité de son propos si bien engagé.

Oui la religion dans cette gargantuesque farce peut-être moquée, montrée comme une dictature absurde et peuvent être toutes confondues et mises au pilori de la faiblesse humaine mais pourquoi un épisode entier qui s’appelle  » Allah Akbar » ?
Que la chrétienté soit une farce a travers une scène mythique, que la Shoah se résumé en un jeu de mot de mauvais goût, passe encore (quoique …) mais que l’islam se résumé au suicide d’un jeune ( Le seul mort de cette façon dans cette série ) la déséquilibre.
Ce jeune islamiste qui devient un forcené tirant sur la police en répétant inlassablement son leitmotiv avant de retourner l’arme contre lui devait-il avoir plus d’importance dans cette série que les délicieuses moqueries sur les autres religions.
Ne nous inquiétons pas la jeune fille cautionnant ce racisme ordinaire et intolérable sera dévorée … par des porcs.
Dans les périodes troubles que nous traversons fallait-il dans votre effet de style impeccable donner autant de résonance a l’islam ?
2 possibilités en philosophie de la religion s’offrent à nous pour justifier cette atonalité : l’islam est-elle plus fanatique qu’une autre religion, qui l’ont été toutes autant précédemment, et le message est que cette religion est néfaste actuellement dans notre société ?
Ou bien alors notre vision judéo-chrétienne de notre société qui s’exprimerait par des calembours gras devraient ouvrir les portes du du djihadisme de-facto aux populations musulmanes de France ?
Dans les deux cas souffler une braise obscure et floue dans votre première comédie peut porter a confusion et peut peut-être très mal interprété, mettre mal a l’aise et peut-être couper en 4 ce qui aurait-être pût une superbe trilogie.
Mais le monde n’est que polémique et cette aparté posée ne boudons pas notre plaisir en appréciant a juste titre cette truculente farce qui a ensoleillé la programmation de Cannes qui comme la météo est parfois fort capricieuse.

P’tit Quinquin, une série crée par Bruno Dumont, avec Alane Delhaye, Lucy Caron, Bernard Pruvost, France. Sur Arte en septembre 2014.

Steven Guyot. 

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