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Cannes 2019 : « Yves » clôture la Quinzaine des réalisateurs avec un humour doux-amer

Cannes 2019 : « Yves » clôture la Quinzaine des réalisateurs avec un humour doux-amer

23 mai 2019 | PAR Yaël Hirsch

En clôture de cette intense Quinzaine des réalisateurs, Yves, de Benoît Forgeard a su divinement nous mettre mal à l’aise en présence de Philippe Katerine et Doria Tillier. Yves, c’est un frigo tellement intelligent qu’il devient une star du rap et de l’amour. Malaise dans la civilisation …

Lorsque l’énergique So (Doria Tillier) somme à la porte de Jérem (génial William Lebghil) pour lui proposer d’adopter un frigo intelligent qui lui fait ses courses, le rappeur qui s’escrime à composer des titres artisanaux comme « Carrément rien à branler » y voit l’occasion de manger gratis dans la baraque foutraque et seventies qu’il a récupérée de sa mamie adorée. Il y voit aussi la possibilité de fréquenter cette très jolie femme, émissaire de la très performante société Digital Cool.

Mais Yves (c’est le nom du frigo) tente de lui sucrer ses bananes et de lui faire manger des éclairs au café compliqués : premier crash. La perspective de belles enceintes et petit à petit l’aide d’Yves pour composer ses titres l’encouragent néanmoins à poursuivre cette nouvelle carrière de cobaye de réalité virtuelle. Alors que Yves a déjà rapproché Nicole (Alka Balbir) du producteur de Jérem (Philippe Katerine), il essaie aussi de pousser So dans les bras de son heureux propriétaire…

Dans cette comédie très sympathique et merveilleusement écrite, Benoît Forgeard parvient à nous mettre aussi mal à l’aise que dans son précédent opus, Gaz de France (2015). Nous retrouvons également avec joie Philippe Katerine et Alka Balbir dans un univers ubuesque et néanmoins très familier : celui où les algorithmes se mettent à tirer les ficelles. Avec un prénom de papy, un design sympathique, une voix inénarrable, et sur une musique de Bertrand Burgalat, Yves est un personnage génial, mastoc et irritant mais aussi tendre à souhait. « La révolution technologique a beau nous angoisser, elle renferme un grand potentiel comique, explique le réalisateur. Les appareils intelligents connectés vont renouveler considérablement le genre du vaudeville. » Le ballet des prétendants et des cœurs à prendre devant les portes généreuses du frigo intelligent est un vrai régal et l’on adore rire jaune d’évolutions qui nous angoissent profondément. Une comédie maligne, originale et qui fait du bien en appuyant là où cela fait mal.

Yves, de Benoit Forgeard, avec William Lebghil, Doria Tillier, Philippe Katerine et Alka Balbir, France, 2019, 107 min, sortie le 26 juin 2019. Clôture de la Quinzaine des réalisateurs.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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