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Cannes 2019, Semaine de la critique : « J’ai perdu mon corps », un film d’animation impressionnant de Jérémy Clapin

Cannes 2019, Semaine de la critique : « J’ai perdu mon corps », un film d’animation impressionnant de Jérémy Clapin

19 mai 2019 | PAR Yaël Hirsch

Après avoir amené son court-métrage Skhizein, il y a plusieurs années, Jérémy Clapin a ravi la Semaine de la critique avec le superbe film d’animation J’ai perdu mon corps. Un film sur le deuil et le dépassement, puissant, émouvant et poétique.

Pour voir notre interview de Jérémy Clapin, c’est ici :

Dans les années 1980 à Paris, tandis qu’une mystérieuse et poétique main essaie de se frayer un chemin à sa hauteur dans les rues à la recherche de son corps, Naoufel est orphelin, triste et secret. Il vivote d’un travail de livreur de pizza, vit avec un colloc trop alpha-mâle pour lui et cultive une série d’enregistrements sur cassettes depuis son enfance. La rencontre par interphone interposé de Gabrielle, une de ses clientes à qui il ne parvient pas à livrer une pizza entière et chaude, va changer sa vie et l’aider à grandir, par delà le deuil. 

Adaptation du livre de Guillaume Laurant Happy Hand, cette fable à la fois très poétique et très réaliste sur une main coupée qui sillonne Paris (les scènes de métro sont à tomber) à la recherche du corps de son jeune propriétaire en deuil et plein de questions est rendue paradoxalement plus réaliste par son exceptionnel dessin. Tactile (la main se promène, le héros travaille le bois), sonore (la BO est à se pâmer et les prises de son jouent un grand rôle dans le film), J’ai perdu mon corps lie ensemble trois plans : la vie du jeune homme livreur de pizzas qui tombe amoureux de l’originale Gabrielle, bibliothécaire mélomane et altruiste, la main qui recherche son corps et les flash-back de l’enfance heureuse puis du traumatisme qui a secoué la vie du héros. Avec infiniment de rythme, de fluidité, de poésie et des personnages jamais clichés, le film raconte deux violences qui se font échos et comment faire un deuil pour arriver à vivre. On se laisse emporter dans un monde intemporel (avant le numérique), aussi tendre que âpre où la couleur et le noir et blanc se relaient pour donner beaucoup de goût aux choses de la vie. Un travail de maître et un grand film qui fait partie de nos grands coups de cœur du Festival de Cannes. 

J’ai perdu mon corps, de Jérémy Clapin, co-scénariste : Guillaume Laurant, France, 2019, 1h21, Sortie le 6 novembre 2019. 

visuel : photo officielle (c) Rezo Films

Retrouvez tous les films des différentes sélections dans notre dossier Cannes 2019

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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