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[Cannes 2016, Quinzaine] « Tour de France » l’humanité de Gérard Depardieu, si proche de nous

[Cannes 2016, Quinzaine] « Tour de France » l’humanité de Gérard Depardieu, si proche de nous

15 mai 2016 | PAR Olivia Leboyer

Tour de France

Un road-movie avec un tandem improbable, un choc des cultures débouchant sur un hymne à la tolérance, la recette est bien connue. Oui, mais… Sur ce canevas ultra-classique, Rachid Djaïdani réussit à créer une belle alchimie. Grâce à des dialogues très justes, à excellent un jeune rappeur-acteur, Sadek et, surtout, surtout, à Gérard Depardieu. Merveilleusement humain, et si proche de nous.

Ce « Tour de France », miraculeusement, échappe aux clichés redoutés. Et c’est même le thème du film : comment dépasser les préjugés sur l’autre, l’étranger. Un jeune rappeur connu dans le milieu, Far’Hook, après une embrouille avec un rival, doit se faire oublier quelque temps. Son producteur, un Français converti à l’islam, a une idée : Far’Hook servira de chauffeur à son père, Serge (Gérard Depardieu, donc), un ancien maçon qui s’est lancé dans la peinture des petits ports de France (dix au total, peints avant lui, au XVIIIe siècle, par Joseph Vernet).

Quand la silhouette de Depardieu apparaît, d’abord floue derrière la vitre dépolie d’une porte, l’émotion point déjà. énorme, en birkenstocks et bermuda, il conserve son regard magnifique.  Puissant et fragile, comme un animal blessé. Maussade, méfiant, ce Serge est tout pétri de racisme ordinaire. « C’est vous, la France ? Mais la France, elle ne veut pas de vous. Si vous détestez tant les Arabes, c’est parce que vous leur ressemblez » lui lance Far’Hook à un moment. Car chacun a son flow, de rap ou non, qui peuvent se confronter et, bien sûr, finir par s’accorder. Constamment sur le fil, le film ne tombe jamais dans la mièvrerie ou dans la facilité. Les conversations sont fines, bien écrites. Et si Gérard Depardieu se livre à un numéro absolument complet (rapper la Marseillaise, chanter du Serge Lama et du Serge Reggiani, engloutir de grosses glaces et des plateaux de fromages moisis, danser, etc.), son jeu n’a rien du simple cabotinage. Que Depardieu, après la route des vins du Saint Amour de Kervern et Delépine, se soit lancé dans ce Tour de France qui traite directement d’intégration, d’identité nationale, de culture, est un beau geste de cinéma et d’humanité. Depardieu, c’est toujours la France, mais c’est aussi bien plus que cela : un homme, un vrai, universel et beau.

Profondément humain, Depardieu passe d’une émotion à une autre comme la mer change soudain de couleur. Depardieu nous donne, avec ce film, de l’amour et de la réflexion. Il est venu présenter le film sur la scène de la Quinzaine avec toute l’équipe, répondant aux questions avec intelligence (« Je fais mon Luchini », dit-il en citant du Musset, évoquant Rimbaud comme un précurseur du rap) et gentillesse (« Vous aimez le cinéma, et le cinéma vous aime »). Un grand merci.

Tour de France, de Rachid Djaïdani, France, 1h35, avec Gérard Depardieu, Sadek, Louise Grinberg, Nicolas Marétheu, Mabô Kouyaté. La Quinzaine des Réalisateurs, en compétition.

visuels: affiche et photo officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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