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« Blade Runner » : le chef-d’œuvre de Ridley Scott se revêt d’une belle remasterisation

« Blade Runner » : le chef-d’œuvre de Ridley Scott se revêt d’une belle remasterisation

14 octobre 2015 | PAR Kalindi Ramphul

Trente-trois ans après sa sortie en salles, le chef-d’oeuvre intemporel de Ridley Scott, véritable objet de culte pour toute une génération, se pare d’une jolie remasterisation. Blade Runner, LE film de référence en matière de science-fiction n’a pas même pris une ridule et se revêt d’encore plus de modernité grâce aux retouches récemment apportées par des virtuoses des effets spéciaux. Adapté de Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques, ce film continue à s’imposer en visionnaire sublime et traite de l’humain avec une philosophie toute actuelle.

En 1982, Ridley Scott nous a proposé une version parfaitement avant-gardiste d’un monde glacial, quasi effrayant, dans lequel un agent d’une unité spéciale, un blade-runner, était chargé d’éliminer les répliquants de type Nexus 6, un modèle ultra perfectionné d’androïdes, en tous points identiques aux humains. L’intrigue prend place en 2019 et évoque avec philosophie et intelligence l’Humain, le temps qui passe, le songe et la finalité. Grâce à son esthétique parfaitement sublime, Blade Runner a traversé les années sans subir les dommages d’un temps qui passe inexorablement, et sans pâtir des nouveaux essais du cinéma de genre, qui tente sans cesse de lui faire concurrence. Ce petit bijou d’anticipation doit son extrême finesse visuelle aux Story boards réalisés par Ridley Scott lui même, mais aussi et surtout aux illustrations de Syd Mead, génie inégalé dont le travail a largement été inspiré par les oeuvres d’Enki Bilal et des bandes dessinées Métal hurlant.

Angoissant, le brouillard de pollution omniprésent dans le film, enveloppe les corps d’Harrison Ford de Rutger Hauer, et de Sean Young, qui nous livrent une prestation d’une justesse inouïe, tant et si bien qu’une quelconque critique négative serait malvenue. Mais outre la prouesse saisissante des acteurs, ce qui laisse les spectateurs littéralement scotchés à leurs sièges, ce sont les effets spéciaux. Conçus à l’aide de maquettes et de matte paintings, ils semblent être toujours d’une modernité invraisemblable pour une oeuvre qui a fêté ses 33 ans. Par ailleurs, ils ont été fabriqués avant l’ère du numérique et continuent malgré tout à s’inscrire dans une contemporanéité évidente. Ainsi, la version « final cut » propose quelques plans supplémentaires pour faciliter la compréhension du spectateur, et supprime la voix off du narrateur qui venait quelque peu alourdir le propos du film. L’avancée de la technologie a, bien sûr, servi à cette jolie restauration puisqu’elle a permis à Ridley Scott de retravailler certains effets visuels, pour des images dotées d’une plus belle profondeur. La bande originale d’anthologie signée Vangelis apporte, par ailleurs, un soutien immense à la trame narrative, et vient justifier avec brio les images d’un Los Angeles ghettoisé.

Mais outre l’aspect technique de la remasterisation, outre le détail de la narration, ce qui nous a le plus intrigué, c’est l’aspect intemporel de Blade Runner. Le film est censé prendre place en 2019, et si l’on sait pertinemment que les événements qui s’y déroulent ne pourront jamais s’appliquer à nos sociétés actuelles d’ici trois ans, le propos même reste actuel. Quoi de plus moderne, en outre, que de s’intéresser à l’humain, à ses contradictions et à ses inventions qui pourraient mener à sa propre perte ? L’oeuvre parle de modernité dans la modernité et pose une question essentielle, à l’heure d’une technologie en constante mouvance : Est-il possible de pousser l’évolution à son paroxysme, tant et si bien que nous ne sachions plus à quelle espèce nous appartenons ? La technologie ne serait-elle pas, finalement, la première adversaire du genre humain ?

En tout cas, quel bonheur de constater qu’il est possible de parler de robots sans s’affubler d’effets spéciaux écœurants (lumières blanchâtres, explosions à tout va et scènes de bagarres horripilantes) à la Michael Bay. Celui-ci n’a manifestement toujours pas compris que la modernité et l’élégance résident souvent dans la sobriété.

Visuels : ©DR

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Kalindi Ramphul

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