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Bilan box-office 2013 en France : les tops et les flops d’une année difficile pour les films français

Bilan box-office 2013 en France : les tops et les flops d’une année difficile pour les films français

27 décembre 2013 | PAR Gilles Herail

Les bides, les succès surprises, les triomphes attendus, les tendances, les chouchous du public et les anciennes gloires honnies. Toutelaculture vous donne les principales leçons à retenir de l’année boxoffice.

C’est devenu une quasi-tradition pour Toutelaculture. Après la présentation des tops 5 de nos films préférés, voici venu le temps des rires et des pleurs dans un monde du box-office loin d’être sinistré mais sans pitié et aux voix impénétrables. Avec une fréquentation globale qui reste à des niveaux historiques, le cinéma en France n’est pas en crise et résiste plutôt bien malgré le marasme économique, n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure prêts à enterrer les exploitants et l’expérience de la salle noire. Mais après une année 2011 exceptionnelle (phénomène Intouchables oblige) et une année 2012 correcte, 2013 est une déception pour le cinéma français qui va devoir se remettre en questions.

gravity

Le cinéma américain a connu lui une année exceptionnelle, battant ses propres records et s’imposant comme le grand leader du marché français. Avec bien sur des suites et des adaptations à tout va (Hobbit 2, Iron Man 3, Fast and Furious 6…), du cartoon familial (La Reine des Neiges, Les Croods, Turbo, Les Schtroumpfs 2) et des films d’action/anticipation (World War Z et cie). On retiendra surtout quelques belles surprises qui montrent qu’Hollywood sait prendre des risques et proposer des produits qui séduisent à la fois la critique et le public. Gravity évidemment, sorti dans une combinaison riquiqui de 400 salles pour réaliser une première semaine folle et s’offrir des maintiens record. Même histoire pour Insaisissables, un thriller malin et ludique, sans stars mais avec un casting de seconds rôles au poil.

Le conte de fées d’Hunger Games enfin dont le premier volet avait lancé la franchise sans faire d’étincelles mais avec une bouche à oreille et une carrière dvd/streaming hors du commun. Qui a permis de lancer le deuxième épisode sur des bases stratosphériques. 2013 est en revanche une déception pour quelques faiseurs établis, notamment Bay et Emerich qui ont perdu leur public en s’éloignant de leurs gros films habituels. Pixar a aussi semble-t-il perdu la main avec une sortie dans l’indifférence de Monstres et Cie, qui a à peine dépassé les 2 million de spectateurs quand on en attendait le double. Enfin, Johnny Depp et ses rôles auto-parodiques boursouflés commencent aussi à lasser sérieusement le public qui a infligé un bide mondial à son Lone Ranger.

9 mois

Côté cinéma français, la tendance est morose, surtout pour les gros budgets et le cinéma dit populaire qui s’est semble-t-il éloigné des attentes des spectateurs. Les triomphes de Galienne et Dupontel avec Guillaume et les garçons, à table et 9 mois ferme qui ont bénéficié d’un buzz très positif lors des avant-premières et de retours enthousiastes des critiques montrent bien que l’originalité paie. Ainsi que la modernité incarnée par Les Gamins (Chabat/Boublil), 20 ans d’écart (Efira/Niney) et Les Profs (Kev Adams). Tous ces films entre 1.5 et 4 millions d’entrées sont des succès surprises que l’on n’attendait pas aussi haut. Parmi les surprises, on constate aussi une autre évolution du cinéma français. La comédie communautaire représentée cette année par La Cage Dorée (qui a aussi rencontré un immense succès au Portugal) et Paris à tout prix (qui s’amuse de l’identité franco-marocaine).

Parmi les survivants des gros budgets dénoncés par Vincent Maravel, on retrouve Le Volcan de Dany Boon qui s’est imposé dans la durée avec près de 2 millions de spectateurs tout comme Jappeloup, Boule et Bill, Casse Tête Chinois et Belle et Sébastien qui ont bien démarré. Mais ces trois films cachent une forêt d’échecs notamment parmi des pointures du cinéma populaire. Turf, Spivet, Le cœur des hommes 3, Blood Ties, Demi-sœur, Les Reines du Ring, Des gens qui s’embrassent, 100% Cachemire. Tous ont échoué, pour certains lourdement avec moins de 500 000 entrées. Des désastres financiers qui montrent que la notion de bankable est devenue obsolète.

turfDepuis quelques années, tous les grands noms du cinéma français ont dû faire face à des bides cinglants auxquels ils n’étaient pas habitués. Canet, Jeunet, Annaud, Besson, Chatillez, Veber, Jacquet, Thompson, Ontoniente et Lemercier parmi les réalisateurs ont vu s’arrêter des bonnes séries qui duraient depuis parfois plus de 15 ans. Chez les acteurs, Kad, Poelvoorde, Jugnot, Réno, Seigner, Cornillac, Auteuil et encore plus gravement Depardieu ont eux aussi perdu leur lien avec le public, à force d’avoir saturé les écrans et les télés. C’est peut-être la véritable tendance de cette année qui confirme la fin des marques établies et montre le besoin de concepts en appui des grands noms.La petite liste des chouchous du public semble se réduire de plus en plus.

Klapisch, Jaoui-Bacri et Ozon dont les Casse-tête Chinois, Au bout du conte et Jeune et Jolie ont performé conformément aux attentes sont ainsi l’exception.  Virginie Effira confirme qu’elle est l’actrice préférée des français (avec Sophie Marceau) pour la comédie romantique et a encore trouvé le succès avec 20 ans d’écart. Mais c’est bien sur comme chaque année Fabrice Luchini qui étonne. Alceste à bicyclette et ses pérégrinations à vélo aux Porte-en-Ré sur fond de Molière a dépassé le million d’entrées, démontrant une fois de plus que le comédien attire sur son seul nom un public fidèle prêt à le suivre partout.

Si la tendance se poursuit, prenons quelques paris pour l’année prochaine. La pression sera très (trop) forte pour le Supercondriaque de Dany Boon dont on peut penser que le budget de plus de 30 millions d’euros sera loin d’être remboursé. Car il faudra faire attention à d’autres films très attendus en février 2014. La Belle et la bête de Christophe Gans et sa relecture d’une œuvre mythique voué à un succès international. Le retour des Inconnus qui osent une suite aux Trois frères qui si elle est réussie peut atteindre un public inter générationnel très large sur fond de comédie sociale. Mais aussi Le Crocodile du Bostwanga qui incarne le renouveau de la comédie française après le succès surprise et mérité de Case Départ.

Dernière tendance de l’année et pas la plus réjouissante, les difficultés du cinéma étranger (hors US hollywoodien) qui a bien du mal à séduire au-delà d’une poignée de grands noms. Le franco-iranien Le passé a certes passé le million. Le saoudien Wadjida les 400 000. Mais les cinémas italiens, espagnols, allemands ou britanniques sont quasiment absents des classements de fin d’année. Même constat pour les documentaires qui après des exploits animaliers (Le peuple migrateur, Le renard et l’enfant, La marche de l’empereur) ou sociétaux (Etre et avoir, Entre les murs, Les indivisibles) ont du mal à retrouver la voie du succès. Le parcours le plus incroyable de cette fin d’année appartient pourtant au genre. Soutenu par le public scolaire, le bouche à oreilles et son histoire universelle positive, Sur le chemin de l’école aurait dû sombrer avec un premier jour catastrophique. Mais il est toujours en salles après plusieurs mois, traçant sa route pour terminer dépasser le million d’entrées. Improbable et réjouissant.

Gilles Hérail

Le top (provisoire) de 2013

1) Moi moche et méchant 2: 4 500 000 entrées
2) Iron Man 3:                       4 400 000 entrées
3) Django:                            4 300 000 entrées
4) Gravity:                            4 000 000 entrées
5) Les Profs:                        4 000 000 entrées

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Gilles Herail

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