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[Critique] « Berberian Sound Studio », un huis clos en demi-mesure

[Critique] « Berberian Sound Studio », un huis clos en demi-mesure

01 mars 2013 | PAR Hugo Saadi

Avec Berberian Sound Studio, son second film, Peter Strickland veut rendre hommage au genre cinématographique italien du giallo mélangeant le cinéma policier, d’horreur et érotique. Un essai plutôt réussi sur la forme mais qui pèche au niveau du scénario. Bien accueilli au dernier festival du Film Fantastique de Gérardmer où il a reçu le prix du Jury et de la Critique Internationale, ce film trouvera plus facilement écho auprès d’un public averti.

Berberian Sound Studio est un véritable huis clos, on ne verra jamais la lumière du jour durant tout le métrage. Il s’ouvre sur Gilderoy (Toby Jones), fraichement arrivé d’Angleterre, arpentant un couloir vide à la recherche de ses nouveaux employeurs du studio de post-production, le Berberian Sound Studio. Ce dernier est connu pour être un des pires d’Italie où les films d’horreur les plus glauques y font appel pour le montage sonore. Gilderoy est plongé dans un univers inconnu et hostile, bien loin de l’ambiance paisible et rurale de ses documentaires anglais. Son cauchemar va commencer lorsqu’il doit effectuer le montage du film de Santini (Antonio Mancino), le maitre du film d’horreur. Peter Strickland décide alors de faire un film dans le film mettant en place une énigme placée sous le signe de la paranoïa et du délire. Gilderoy, impuissant, timide et naïf à son arrivée change complètement et s’impose de plus en plus dans l’équipe ne faisant plus la différence entre son cauchemar et la réalité. Se pose alors le principal souci du film, son scénario, qui nous fait décrocher trop souvent et nous laisse alors de côté, troublé. Le spectateur est dérouté et ne sait plus à quoi et à qui il a affaire, la fin le laissant dans la confusion la plus totale.

Le film est sauvé par son esthétique et son traitement. Il ne s’agit pas d’un film d’horreur, Peter Strickland fait marcher notre imagination, on est toujours dos à l’écran où se déroulent les scènes nécessitant un bruitage : arrachage de cheveux, craquage de bras … L’atmosphère alterne entre le sinistre et le comique (le bruitage passant principalement par la « maltraitance » de fruits et légumes), le film dispose d’une bande son originale et d’un montage le rythmant correctement. Une réalisation originale avec des cadrages qui font pénétrer le spectateur dans les rouages du mixage : bobines, micros …

L’hommage au giallo est bien maitrisé, on ressent la tension d’un Suspiria de Dario Argento, le maitre en la matière, et le panel sorcières, jolies filles et cris effrayants est présent. Il n’en demeure pas moins une légère déception par manque de synchronisation avec le spectateur.

 

« Berberian Sound Studio », film de Peter Strickland avec Toby Jones, Cosimo Fusco, Eugenia Caruso, Grande-Bretagne, 1h32, Sortie le 3 avril 2013.

visuel: (c) wild side films

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Hugo Saadi

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