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« After blue (Paradis sale) », la planète saturée de pulsions troubles de Bertrand Mandico

« After blue (Paradis sale) », la planète saturée de pulsions troubles de Bertrand Mandico

10 décembre 2021 | PAR Olivia Leboyer
After blue

De Bertrand Mandico, nous avons aimé les moyens métrages (Hormona), les courts (Boro in the box) et le premier long, Les garçons sauvages. After blue (Paradis sale) nous entraîne sur une planète saturée de couleurs, aux longues étendues brumeuses. Un monde de femmes, où les pulsions, les morts, les éléments visqueux se conjuguent sous d’étranges climats. Déjà primé à Locarno (Prix Fipresci), à Sitges, au Fantastic Fest, After Blue promène ses créatures, languides et solitaires.

Sur la planète After blue, l’humanité a migré, car la Terre avait pourri. Les hommes sont morts, seules les femmes ont survécu. Amazones élancées, elles ont des poils qui leur poussent sur le cou.

La jeune Roxy (l’Allemande Paula Luna), que les filles du village surnomment Toxique, est un peu différente, avec sa blondeur éthérée et sa tête « trop grosse ». Sur la plage, ses amies et elle trouvent justement une tête, ensablée, et qui parle encore, pour demander sa délivrance. Roxy la libère et, d’emblée, se trouve fascinée par cette silhouette longue et musclée, aux longs poils scintillants sur les bras (la Polonaise Agata Buzek). A peine sauvée, Kate Bush – c’est le diminutif de son nom ! – sème la mort autour d’elle. A Roxy, elle a promis d’exaucer trois vœux…

La jeune Roxy vit avec sa mère (Elina Löwensohn, actrice fétiche de Bertrand Mandico), coiffeuse qui épile les cous au laser bleu et qui étouffe de solitude. Mère et fille se mettent à la poursuite de Kate Bush, pour la tuer ou pour la revoir encore. Et revoir l’oeil lumineux niché entre ses jambes. Car des flashs de désirs traversent Roxy, que cette femme nue sur son cheval trouble fortement.

Mais, lorsqu’elle voit son « premier homme », une autre forme d’attirance s’empare d’elle. Est-ce un homme, un vrai, ou une créature androïde ? Son sexe, en tout cas, est étonnant. Chez Bertrand Mandico, les pulsions se dirigent vers les corps ou vers les éléments de la nature, aux formes suggestives, à la moiteur entêtante. 

– « Pourquoi ne chasses-tu pas tes désirs sales ? » la questionne la voix off (Nathalie Richard)
– « Les chasser ? Non. Je suis pacifiste. » rétorque-t-elle dans un léger sourire.

Sexe et mort s’entremêlent, entre plaine et montagne, musique composite et expérimentale (Pierre Desprats), traits d’humour ou de laser fluo. Le film baigne dans des couleurs aveuglantes, qui n’existent pas, aux limites du nuancier. Les fantômes nous habitent, le film est dédié à Katerina Golubeva, Guillaume Depardieu, Maurice Garrel, qui devaient jouer dans le scénario initial, il y a dix-huit ans.

Ce beau film trouble sort le 16 février 2022. D’ici là, vous pouvez le fantasmer.

After Blue (Paradis sale) de Bertrand Mandico, France, 2h07, avec Elina Löwensohn, Paula Luna, Vimala Pons, Agata Buzek, Michaël Erpelding, musique de Pierre Desprats. Sortie le 16 février 2022.

visuels: photo officielle du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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