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ADN: Maïwenn fait le portrait chromosomique et émouvant et d’une famille dysfonctionnelle

ADN: Maïwenn fait le portrait chromosomique et émouvant et d’une famille dysfonctionnelle

07 octobre 2020 | PAR Yaël Hirsch

Labellisé Cannes 2020, le nouveau film de Maïwenn est un tribut puissant et violent à la famille et aux comédiens comme elle seule sait les filmer. L’identité et la transmissions se questionnent dans un flamboyant mélange de sentiments d’appartenance et de déperdition. ADN est à voir en salles le 28 octobre. 

Neige (Maïwenn) est mère séparée de trois enfants, a des relations très conflictuelles avec sa mère (Fanny Ardant) et carrément violentes avec son père (Alain Françon). Son membre de la famille préféré est son grand-père d’origine algérienne et à qui elle va souvent rendre visite dans sa maison de retraite, contrairement à sa soeur (Marine Vachth) et volontiers avec son cousin aussi paumé qu’elle (Dylan Robert). Alors qu’elle aide ce grand-père pilier du récit familial à sortir ses mémoires, juste après une splendide auto-édition, ce dernier meurt. C’est l’occasion pour la famille de tenter de se réunir à son chevet, mais de fait,  chacun essaie de récupérer une certaine mémoire du disparu. L’évidence d’une famille décomposée d’héritiers sans boussole apparaît. Si bien qu’il n’y a que chez son caustique meilleur ami (interprété par Louis Garrel) que Neige, obsédée par l’idée de faire analyser son ADN, trouve quelques repères. 

Filmé avec toute la merveilleuse animalité dont Maïwenn est capable, cet ADN mis en boîte en trois semaines avec la complicité de l’écriture de Mathieu Demy a la grandeur de l’urgence. Laissant libre cours à des comédiens exceptionnels, mettant en avant, sans jamais les flatter, leurs corps, leurs cernes, leurs voix, leurs excès, tout en jouant toujours génialement avec les souvenirs et les paradoxes qui lui sont intimes, Maïwenn réussit un autre grand film. ADN est unique dans sa manière de frapper fort exactement où cela fait mal. Beaucoup se projetteront dans cette famille aux ADNs plus refoulés que mélangés, où les sensibilités de chacun se cherchent des racines et s’arrêtent sur certains moments de l’Histoire. Le disparu n’est, terriblement, qu’un prétexte en pointillés pour exprimer toute la violence humaine et l’amour flétri qui existe dans une famille qui a perdu depuis longtemps son socle. Dans une telle famille, les enfants ne font que passer et se traîner, tandis qu’avec une ironie aussi généreuse que mordante, leur mère observe par quels biais elle tente de renouer avec son identité algérienne. 

ADN, de Maïwenn, avec Louis Garrel, Fanny Ardant, Marine Vacth, Dylan Robert et Maïwenn, France, 2020, Le Pacte, 1h30, sortie le 28 octobre 2020.

visuel : affiche du film

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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