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9e Festival du Cinéma Européen des Arcs : la programmation analysée [Interview]

9e Festival du Cinéma Européen des Arcs : la programmation analysée [Interview]

14 novembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Du 9 au 16 décembre 207 a lieu la 9e édition du Festival du Film Européen des Arcs. Entre 1600 et 2000 mètres d’altitude (sans compter les moments de ski, qui peuvent voltiger à 3400 m), le Cinéma Européen atteint une nouvelle fois des sommets, aussi bien pour le public que pour les professionnels qui se réunissent autour de thématiques clés pour l’industrie du 7e art. Le directeur artistique du festival, Frédéric Boyer, le directeur général Guillaume Calop et la responsable du Lab Femmes de cinéma, Fabienne Silvestre Bertoncini ont répondu à nos questions sur cette édition 2017.

Pour lire nos articles sur la 8e édition du Festival, c’est ici.

Choisir Céline Sciamma pour présider le jury du Festival de Cinéma Européen des Arcs 2017, est-ce donner le « la » d’une édition engagée ?
Dans un contexte où l’on parle beaucoup de la place des femmes dans le cinéma, choisir de donner la présidence à Céline Sciamma est en effet pour nous porteur de sens, et nous sommes ravis qu’elle ait accepté notre proposition. Le festival est très engagé sur ce sujet, en tant qu’observateur et, du mieux que nous pouvons, en tant qu’acteur. Nous aurons eu, à l’issu de cette édition, trois femmes présidentes et six hommes, ce n’est pas la parité car malheureusement de fait elle n’existe pas dans ce métier, mais nous tenons à rappeler que de nombreuses femmes en Europe peuvent tenir le plus grand rôle. Par ailleurs, c’est la deuxième année de suite que notre compétition est paritaire. Nous ne nous sommes pas fixé de quota, la meilleure preuve est que les films réalisés par des femmes sont tous légitimes à être dans notre sélection. Le monde change, nous en témoignons et tenons à accompagner ce changement, pour qu’il soit durable.

Il y a plusieurs jeunes acteurs montants dans le jury des courts métrages, quel regard croyez-vous qu’un comédien qui commence une carrière internationale a sur des films souvent réalisés aussi par de jeunes talents ?
Nous proposons le rôle de jurés de notre sélection de courts à des personnalités qui étaient, il n’y a pas si longtemps dans le court métrage, voir qui y sont toujours. Ils ont probablement en eux un avis sur ce qu’il faut pour passer au long ! Nous panachons aussi les expériences, les genres. Malheureusement ce n’est pas un jury paritaire homme-femme car ça ne s’est pas fait ainsi, comme quoi nous ne sommes pas des « acharnés » du sujet, mais nous sommes fiers de la qualité des personnalités qui porteront un regard expert sur la prochaine génération du cinéma européen.

Pour sélectionner 120 films, combien en voyez-vous et selon quels critères les choisissez-vous ?
Nous commençons la programmation dès le début de l’année avec les Festival de Berlin et de Rotterdam. Puis bien sur nous suivons les projets d’une année sur l’autre, soit dans les marchés de coproduction (dont celui des Arcs) soit dans les projections de films en post production.
Les dates de sortie des films sont aussi un élément important. Le film doit nous plaire avant tout, puis, s’il est distribué, nous devons aussi trouver un accord avec le distributeur.
Nous nous déplaçons bien sur dans les festivals de films : Locarno, Karlovy Vary , Venise Toronto et San Sebastien sont les essentiels. Il s’agit de découvrir le film dans son meilleur contexte, c’est-à- dire dans une salle de cinéma avec un public.
Puis pour sélectionner 120 films nous avons aussi un appel à film sur le site du Festival. C’est un élément important puisque nous consultons tous les jours notre base pour vérifier les entrées de film et savoir ce qui a été déjà été vu ou non par l’équipe de programmation.
Nous essayons de proposer un programme varié, des jeunes talents, soit des réalisateurs soit des comédiens, mais aussi de faire venir des réalisateurs confirmés.
Il y a beaucoup de débats entre nous, que ce soit sur le choix des films mais aussi sur l’emplacement du film, c’est-à- dire dans quelle section nous allons le montrer. Sachant que pour la Compétition nous sélectionnons essentiellement des films en Première Française.

Road movie, film en costume, comédie dramatique… bien des genres semblent représentés dans la compétition. La comédie est-elle un genre plus difficile à sélectionner ?
La comédie est en effet un genre qui se prête peu à la compétition dans les festivals. Pour beaucoup, soit ce sont des films dont la seule ambition est de faire rire, et tant pis pour la qualité cinématographique, soit ce sont des superproductions destinées à faire des entrées, qu’il serait incongru de mettre en comparaison avec les autres films de la compétition, quelle que soit leur qualité. Mais nous adorons la comédie ! Si c’est votre cas, vous adorerez dans notre programmation « La mort de Staline », « Affreux et méchant », « Le ciel étoilé au dessus de ma tête » ou la comédie plus grinçante de Samuel Benchetrit « Chien ».

On va en savoir beaucoup plus sur le cinéma allemand après les Festival cette année, pouvez-vous nous parler du focus ?
Le Focus a été discuté entre nous sachant que le Cinéma Allemand remonte au Cinéma muet du siècle dernier. Fallait t’il présenter un « best of « du Cinéma Allemand ou bien un programme des films qui nous ont personnellement marqué ces dix dernières années? Nous avons choisi cette option en préférant mettre en avant des nouveaux talents qui feront le Cinéma Allemand de demain. Je pense par exemple à LOMO et AXOTLD OVERKILL.

Les Arcs est depuis longtemps attentif à la question du genre et la place des femmes dans le cinéma, notamment avec le prix « Femmes de cinéma ». Dans cette édition 2017, y aura-t-il des moments « pros » qui permettront une réflexion sur la manière dont l’Affaire Weinstein permet de regarder la réalité en face et de repenser les rôles, le pouvoir et ses abus ?
Nous avons initié l’an passé les Ateliers du Lab « Femmes de Cinéma » et nous renouvellerons cette année l’expérience. Il s’agit de proposer aux invités du festival, qu’ils soient hommes ou femmes, réalisateurs, producteurs, acteurs, distributeurs, exploitants, programmateurs… de venir réfléchir à des solutions concrètes pour faire évoluer la place des femmes dans le cinéma, pour un meilleur équilibre sur le principe suivant : « ce sont celles et ceux qui font qui savent ». Nous parlerons probablement des abus de pouvoirs et du harcèlement, mais je suis persuadé que de nombreux autres thèmes seront abordés, comme c’est toujours le cas dans nos ateliers du lab – quotas (ou pas?), mentoring, lutte contre les stéréotypes, «invisibilisation » des femmes, budgets de leurs films…il y a tant de sujets sur la table! Le cinéma n’est malheureusement pas le seul secteur où il y a des injustices et des abus, mais c’est une vitrine de notre société. Nous pensons que le succès des femmes au cinéma peut être un exemple positif dans de nombreux autres domaines.

Pouvez-vous nous parler des « Lux Film Days » ?
Le Prix Lux est décerné chaque année à un film sélectionné par un jury de parlementaires européens. Nous aurons cette année les trois finalistes. Chaque film sera présenté par un ou une député, puis un débat s’en suivra. C’est pour nous une rencontre concrète entre l’Europe « politique » et l’Europe de la création. A la création du festival, nous voulions faire la promotion d’une certaine idée de l’Europe. C’est pour nous une démarche politique qui est toujours bien présente. Accueillir les Lux Film Days aux Arcs, c’est confronter les européens à leurs représentants, autour de films, c’est en soi une démarche symbolique et vivifiante de la démocratie. Nous sommes très reconnaissants de l’implication des parlementaires et des organisateurs de ce prix et qu’ils aient choisi Les Arcs pour en faire un espace de débats.

Combien d’invités et combien de spectateurs sont attendus pour cette nouvelle édition du Festival ?
En 2016 nous avons accueilli plus de 20 000 spectateurs. Nous en sommes très fiers car Bourg-Saint-Maurice et ses environs comptent environ 10 000 habitants, cela montre un engouement et une implication de la population locale très forte ! Bien sur, de nombreux autres font le déplacement, le festival attire de plus en plus de professionnels et de public venu de loin. Des établissements scolaires font aussi le déplacement pendant plusieurs jours pour vivre le festival de l’intérieur. Nous espérons que pour cette édition nous puissions avoir au moins autant de spectateurs.

viuel : affiche du festival

Infos pratiques

LOVE, LOVE, LOVE De : Mike Bartlett Mise en scène : Nora Granovsky au Théâtre de Suresnes
Le violon russe de Sergej Krylov au Théâtre des Champs Elysées
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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