Cinema

90 minutes : un film dur et brillant sur la violence conjugale de la norvégienne Eva Sorhaug

90 minutes : un film dur et brillant sur la violence conjugale de la norvégienne Eva Sorhaug

21 juin 2013 | PAR Yaël Hirsch

Deuxième long métrage de la norvégienne, Eva Sorhaug, à qui l’on devait déjà « Pause-déjeuner » (« Lonsj », 2003), « 90 minutes » est un film d’une élégance formelle folle sur la violence conjugale. Avec courage, la cinéaste a écrit, produit et réalisé cette œuvre dure et puissante qui met en scène trois hommes sur le point de commettre un acte insupportable. Un grand film dont on ne sort pas indemne et qui a déjà marqué les publics du festival du film de Torronto en 2012 et celui du Brussels film festival, ce mois de juin. .

90 minutesVivant dans un appartement très élégant d’Oslo, un homme d’affaires d’une soixantaine d’année est en train de liquider méthodiquement sa vie. Ce n’est que plus tard qu’on comprend qu’il compte également liquider celle de sa femme, une hôtesse de l’air qui goûte encore le luxe de leur existence. Un quadragénaire discute avec une femme dans une large cuisine design d’une grande maison où s’ébattent joyeusement des enfants. Certains d’entre eux sont ceux du couple qui s’est apparemment séparé. Insensiblement, la tension monte tandis que la femme entrechoque les assiettes et se sert de plus en plus de vin blanc. Dans un appartement du centre d’Oslo parfaitement design et où il semble venir d’emménager un homme jeune et d’aspect néo-punk regarde un programme télé sur Ridley Scott. C’est sur la musique de « O moi Babbino Caro » qu’il commence à se masturber…

Mettant en scène trois hommes sur le point de commettre un acte d’une violence insupportable, « 90 minutes » avance lentement et froidement vers l’inéluctable. Renforçant le huis clos en multipliant par trois l’effet « design nordique » des appartements où les hommes sont aux prises avec leurs pulsions mortifères, rendant les femmes absentes, soit par excès de volubilité, soit par acceptation muette de la violence, Eva Sorhaug pousse jusqu’à l’extrême sa description clinique de la violence conjugale. Elle va même jusqu’à confier le rôle d’un des trois sujets de son étude filmique à son… propre mari!  Et la brillante réalisatrice n’oublie pas de nous montrer que les premières victimes sont peut-être tout simplement les enfants. Un film tellement dur qu’on a du mal à aller jusqu’au bout, et qui fonctionne comme un coup de poing éthique et esthétique. Une grande claque qui fait d’Eva Sorhaug une des figures du cinéma européen à suivre, absolument.

“90 minutes” de , avec Aksel Hennie, Kaia Varjord, Bjørn Floberg, Annmari Kastrup, Mads Ousdal, Pia Tjelta, Norvège, 1h28. P as encore de date de sortie en France.

Le Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours, projecté au Palais des Congrès pour un ciné-concert exceptionnel
Paradis Perdu d’Eve Deboise : père et fille dans la nature…
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *