Cinema

Monsters : une fable poétique dans un univers post-apocalyptique

09 décembre 2010 | PAR Sonia Ingrachen

Monsters n’est pas le « monster movie » que la bande annonce, le buzz ou le titre même laissaient entendre. Monsters est un ovni, un objet non-identifié dans l’univers de la science-fiction. Un an après la sortie du film à la sauce documentaire District 9, on découvre de nouveau qu’il est possible de renouveler le genre ultra-codifié du monster movie, qui oscille habituellement entre grosses machineries hollywoodiennes et effets-spéciaux ultra élaborés. Le monster movie laisse peu de place aux êtres humains et à leur rapport au monde contaminé, on y découvre peu de sensations et de sentiments. Or dans Monsters, les paysages, les personnages, et même les monstres donnent naissance aux émotions.

L’histoire a lieu six ans après qu’une sonde de la NASA s’écrase dans la jungle mexicaine, libérant sur la terre des particules d’une forme de vie extraterrestre. Le Mexique et le Costa Rica sont des zones en quarantaine peuplées de créatures monstrueuses. Le photographe Andrew Kaulder doit escorter Sam, la fille de son patron du Mexique aux Etats-Unis. Mais un vol de passeport va les obliger à traverser la zone contaminée pour rejoindre la frontière américaine.
Le film commence là où la plupart des films de monstre finissent : après l’invasion, alors que la population est habituée à la présence de ces créatures monstrueuses. Le spectateur entre rapidement dans cet univers post apocalyptique après une brève introduction. Par la force des évènements, Sam et Andrew vont être obligés de voyager ensemble dans un road trip qui leur fera traverser des villes chaotiques (cadavres d’hélicoptères, immeubles en ruine) des marges laissées à l’abandon, ou une jungle peuplée d’une faune et flore hybride. Ce voyage initiatique est dépeint avec poésie, les plans léchés (lumière crépusculaire ou chaude) révèlent une déambulation où chaque rencontre marque les personnages. Au détour d’une rue, on découvre le quotidien des habitants des zones contaminées : l’escale des deux personnages dans une famille mexicaine montre cette force des rencontres fortuites malgré l’ambiance pesante. Cette force réside dans le contexte même du tournage du film. La minuscule équipe (5 personnes) de Gareth Edwards a exploré en vain pendant trois semaines le Mexique et le Guatemala se laissant inspirer par le hasard des rencontres et des situations.

Malgré le budget du film qui restreint les apparitions des monstres, l’effet sur le spectateur est fort. L’attente le frustre et permet à chaque apparition d’être un instant unique gravé dans sa mémoire. Absents à l’image, ils hantent néanmoins l’atmosphère tout au long du film conférant au road trip une forte puissance anxiogène. Au détour des plans, on découvre que les monstres n’ont pas besoin d’être là pour peupler le paysage : des graffitis de ces grosses pieuvres marquent les murs, des dessins animés éducatifs et des reportages passent à la télévision, les masques que portent les gens pour se protéger rappellent qu’ils ne sont jamais très loin. Les arbres eux-mêmes se métamorphosent au contact des particules de formes de vie extraterrestre. D’une hybridité poétique, cette nouvelle faune fascine les mercenaires qui vivent dans cette dangereuse jungle. Leur présence est la plupart du temps suggestive, hors champ, et les scènes où ils apparaissent sont riches en émotions. La scène finale est un bijou cinématographique: elle nous donne à voir deux bestioles dont les tentacules sont chargées d’une lumière intense. Poétique et lumineuse, cette scène nous révèle la puissance des effets spéciaux du génial Gareth Edwards. Sans jamais en user à outrance, il réussit à créer des instants magiques pour le spectateur.
Cette fable contemplative est aussi l’occasion de faire naitre une belle histoire d’amour entre Sam et Andrew (vrai couple à la vie) qui se découvre avec pudeur au fil de leur périple. Ils ont en commun leur sentiment de n’appartenir à aucun lieu comme si leur volonté de retourner chez eux n’était qu’une illusion, comme s’ils n’avaient nulle part où aller

Ce film est une agréable surprise dont la force réside dans son originalité, son hybridité et la beauté de sa réalisation.

 

Monsters sort le 1er décembre 2010 au cinéma. Monsters est une film britannique écrit et réalisé par Gareth Edwards. Avec Scott McNairy (Andrew Kaulder) et Whitney Able (Sam Wynden).

Livres jeunesse : La règle d’or du cache-cache de Christophe Honoré et Gwen Le Gac et A la mode de Jean Lecointre
Godspeed You ! Black Emperor : vidéos du premier concert de reformation
Sonia Ingrachen

One thought on “Monsters : une fable poétique dans un univers post-apocalyptique”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *