Cinema

Le Narcisse noir de Michael Powell et Emeric Pressburger : un chef d’oeuvre diabolique, lumineux et envoûtant

28 novembre 2010 | PAR Coline Crance

Les éditions Carlotta rendent une nouvelle fois hommage après le magnifique Chausson rouge au tamdem Powell-Pressburger. Le Narcisse noir adapté d’un roman au titre éponyme de la romancière britannique Magaret Rummer Godden tourné en 1947 est un incontournable chef d’œuvre de cinéma. Le film ressort en salle le 15 décembre 2010.

Une congrégation religieuse britannique est chargée de se rendre dans un ancien harem situé en contrefort de l’Himalaya pour y établir un dispensaire. Autour de ce dispensaire le vent souffle , et la nature propage une poignante et lascive beauté. Elles sont aidées dans leur tâche par Dean, un agent anglais installé dans cette région depuis longtemps. Rapidement l’atmosphère sensuelle et sauvage de ce lieu trouble l’esprit des sœurs et la jeune mère supérieure Clodagh a bien du mal à y faire face … Les tensions s’exacerbent au cœur de la communauté et les sœurs se retrouvent à traverser des pesantes et troublantes épreuves aussi bien pour l’esprit que pour la chair …

Chef d’œuvre d’imageries et de trucages dus au talent de chef opérateur Jack Cardiff, ce film n’a pas pris une ride. Perdues au cœur de cette contrée sauvage , entourées de fresques lascives, ce petit paradis perdu prend très vite pour les sœurs des allures de jugement dernier. Les tentations , les mises à l’épreuve sont poussées à leur paroxysme. La sœur jardinière fascinée par cet horizon lointain et sans fin se met à planter des fleurs plutôt que des légumes ou des pommes de terre… Le vent souffle et amène avec lui une odeur de plaisir, de fastes et de désir bien éloignés de l’aspiration sainte et sereine de leur couvent. La mère supérieure dès son arrivée est confrontée à son passé qu’elle croyait enfoui. Et même si elle s’offusque du comportement du mystérieux Dean, elle n’est pas insensible à sa voix ni à son torse viril. Paradis perdus contre paradis artificiels, leur raison à tout moment vacille dans le coeur et dans l’esprit.

Film à la fantasmagorie envoûtante, il ne bride jamais l’imagination du spectateur. Le pouvoir déstabilisant de ce lieu , ce choc des cultures sont admirablement bien ressentis. Hommes , femmes dans un air qui se raréfie, sont confrontés à leurs démons et à leurs angoisses de plus en plus pesants. Et la plus jeune des nonnes a bien du mal à contenir cette hystérie qui l’enveloppe peu à peu…

La mise en scène puissante , le délire visuel sont les clefs de ce film à  la beauté ensorcelante. Dans ce huis clos , l’ancien harem devient le personnage central de l’intrigue, délivrant une puissance scénique très vite  référence pour beaucoup de grands maîtres de l’épouvante, Kubrick pour Shinning par exemple. La musique de Brian Easdale contribue à la magnificence diabolique de la mise en scène. Seuls des chœurs rythment la scène annonçant le dénouement final offrant un moment d’anthologie de cinéma lors de ce duel entre cette vierge noire et cette vierge blanche ;  moment ahurissant et en dehors du temps qui s’impose alors comme un vrai deus ex machina.

Rarement un film aura su décrypter l’influence d’un milieu entier sur des âmes et lever par la force de la mise en scène, le voile sur chacun de ces esprits tourmentés. Un vrai chef d’œuvre , un film stupéfiant d’audace qui laisse pantois et dont l’admiration ne peut qu’être sans faille !

Le Narcisse noir, Film britannique de Michael Powell et Emeric Pressbruger. année de production: 1947, date de ressortie : 15 décembre 2010. Avec : Deborah Kerr, Jean Simmons, David Farrar, Sabu. Durée : 1h41

 

Infos pratiques

Rencontre avec Kcfix, l’authentique
CD : Everybody Knows, de The Young Gods
Coline Crance

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