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30 ème Festival Premiers Plans d’Angers- Rétrospective Mundruzco- Rencontre avec le réalisateur sur ses films White God et la Lune de Jupiter

30 ème Festival Premiers Plans d’Angers- Rétrospective Mundruzco- Rencontre avec le réalisateur sur ses films White God et la Lune de Jupiter

18 janvier 2018 | PAR Pierre Descamps

Le festival Premiers Plans rend hommage chaque année à un réalisateur émergent du cinéma mondial que les cinéphiles apprécient mais qui est une figure encore peu connue du grand public. Après avoir accueilli notamment Ruben Ostlund il y’a 3 ans qui a ensuite triomphé avec la palme d’or à Cannes pour le film The Square, c’est maintenant un retour sur la filmographie d’un réalisateur hongrois Kornél Mundruczo qui démarre sur les projections de White God et de la Lune de Jupiter.

Kornél Mundruczo est une figure émergente du cinéma mondial. C’est un réalisateur qui change à chaque fois de thème film après film en trouvant de nouvelles manières d’exprimer un propos humaniste envers une société qui exclut les marginaux et les plus fragiles.
Il revendique un style finalement assez proche du journalisme où par l’abstraction de l’Art, il crée des contes sur nos sociétés occidentales
Avec White God , il explore l’errance des chiens abandonnés dans la rue et qui sont persécutés par la société des humains, traqués par la fourrière ou achetés et revendus par des hommes qui abusent de leur autorité pour faire une transaction financière auprès en considérant l’animal comme un objet.
Il remportera le prix du jury en 2014 à Cannes dans la section un Certain Regard.
La Lune de Jupiter,en compétition lors de l’édition 2017 du festival de Cannes, est une histoire fantastique où un migrant se met à léviter et à avoir des pouvoirs surnaturels qui dépassent l’entendement de la raison des hommes.

White God: Une métaphore politique sur une société où les êtres s’écrasent entre eux.

Synopsis «En Hongrie, le gouvernement qui veut favoriser les chiens de race, impose une taxe aux propriétaires de batards. C’est le cas de Hagen, le chien de Lili, 13 ans. Au grand désespoir de l’adolescente, son père décide d’abandonner le chien au bord de la route. Lili décide de le retrouver coûte que coûte…»

White God est d’abord un film sur l’innocence et sur une société humaine qui transforme cette innocence en agressivité perpétuelle envers l’autre.
Dans ce film, tout passe par l’émotion, cela explique la volonté de l’auteur d’humaniser l’ennemi qui est ici le chien bâtard. Les chiens dans le film sont plus humains que les humains, le spectateur sera donc plus à même de s’identifier aux épreuves que traversent ces chiens et comment ils sont traités dans la société.

Le propos est astucieux car il est à double sens: il dénonce à la fois la maltraitance animale (les conditions terribles des fourrières, la domination qu’il subisse de la part des hommes) mais aussi la société humaine. Car le chien bâtard errant, c’est aussi le symbole du marginalisé, du laissé pour compte et certaines insultes sortent même de notre imaginaire collectif.

L’autre symbole de l’innocence est cette jeune fille qui recherche à tout prix ce chien que son père a abandonné. Elle nous guide dans sa quête humaniste, celle de réintégrer l’exclu de la société et surtout de l’aimer malgré qu’il ne soit pas conforme aux normes du pays dans lequel elle vit. Le père n’est pas mauvais mais il est inconscient dans ses actes, il ne se rend pas compte du mal qu’il fait à sa fille en abandonnant le chien
Ce film a été concu après un travail sur lui du réalisateur d’une douzaine d’années et il naît quelque chose de beau caché dans les ténèbres.

Car les hommes tentent de traquer le chien errant mais aussi d’avoir sa peau pour en faire un chien de combat, un chien qui serait prêt à tuer un autre pour se faire de l’argent via le combat de chiens (belle métaphore sur le monde actuel) et produire du spectacle à l’intérieur de cette société. Les chiens sont donc éduqués pour que l’on transforme leur innocence en agressivité envers l’autre, pour un gain de compétitivité certain.

Un film qui a été fait sans images de synthèses, les chiens ont été éduqués pendant six mois et cela a demandé un véritable travail de collaboration entre les chiens et les humains mais cela valait le coup pour le réalisateur. Il explique que lorsqu’on apprend à connaître les chiens, ils sont prêts à collaborer avec nous. Au final ce sont 200 chiens promis à la fourrière qui ont intégré le processus film et qui ont été adoptés après le film. Un geste artistique fort qui fait penser aux actes psycho-magiques d’Alejandro Jodorowsky où par l’acte se transforme une situation. Un film fort qui nous offre de fortes émotions à travers une œuvre artistique complète et d’une singularité certaine.

Avec: Zsofia Psotta, Sandor Zsotér, Lili Horvath
Durée: 2 H01
Distributeur: Pyramide

La Lune de Jupiter: Une fable mystique techniquement vertigineuse mais narrativement faible

Synopsis : Un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu’il traverse illégalement la frontière hongroise. Sous le coup de sa blessure, Aryan découvre qu’il a maintenant le pouvoir de léviter. Le Dr Stern l’aide à s’échapper d’un camps de réfugiés et nourrit le projet d’exploiter son extraordinaire secret.

Le dernier film de Mundruczo a fait douter son auteur en raison du sujet d’actualité brûlante qu’est la question migratoire. Le film était prévu de longue date, il devait être une fable cauchemardesque d’un futur inquiétant qui attendait l’Europe mais la réalité a été plus rapide que la fiction.
Le réalisateur insiste sur le fait qu’il n’a pas voulu faire un brûlot politique sur le sujet mais explorer cette thématique fantastique à travers un héros migrant qui aura donc des pouvoirs de lévitation.

Le film reprend un bon nombre de thématiques proches au cinéma de Mundruczo: un personnage qui incarne l’innocence, un autre qui semble mauvais de prime abord mais qui a néanmoins des bons cotés cachés, un cinéma qui met en avant les exclus et les marginaux contre une société qui les rejettent par les autorités.

Le film est techniquement extraordinaire, il y’a une sensation de planer très réussie et on se met à la place du héros qui doit sans cesse échapper aux imprévus de la vie et échapper à l’autorité, à l’image que l’on rejette de lui. L’autorité par la police et les médias n’hésitera pas à lui mettre sur le dos un attentat qu’il n’a pas commis.

Malheureusement contrairement à White God, le scénario du film n’est pas à la hauteur des enjeux et la question migratoire (comme le précise l’auteur) n’est pas étudiée comme il se doit politiquement. Contrairement aux grands films fantastiques, le film n’ouvre pas de nouvelles thématiques sociétales mais retranscrit l’air de l’époque avec ses inquiétudes, ses peurs et ses fantasmes intellectuels. A la fin de la séance, la sensation grisante de voler est là avec une force mystique et religieuse qui émerge véritablement dans le film (Anton est un ange gardien envoyé du ciel) et qui n’était pas présente lors des précédents films du réalisateur. Il manque un souffle dénonciateur et des longueurs moins présentes au cours du récit pour que le propos du film rejoigne les nouvelles manières de filmer dont dispose désormais Mundruczo.

Avec: Merab Ninidze, Zsombar Jéger, Gyorgy Cserhaimi
Durée: 2 H03
Distribution: Pyramide

Crédit Images
©Affiche film
©Mátyás Erdély

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Les Archives Pedro Almodóvar : Une plongée dans la comédie humaine du réalisateur espagnol.
Pierre Descamps

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