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30 ème Festival Premiers Plans- Compétition- Avec The Cured, David Freyne signe un premier film de genre original et inventif

30 ème Festival Premiers Plans- Compétition- Avec The Cured, David Freyne signe un premier film de genre original et inventif

18 janvier 2018 | PAR Pierre Descamps

Un étrange virus Maze se transmet à travers l’Europe et transforme une partie des hommes en cannibales. Heureusement, un remède est trouvé mais il ne pourra guérir que 75 % des patients atteint du virus qui conserveront néanmoins des séquelles et des flashs réguliers du passé. Un premier film bourré d’idées qui nous renvoie au pur cinéma de genre initié entre autres par Georges Romero et qui fut acclamé par la salle des Congrès.

Une réponse des autorités par l’acte de violence face à la crise que nous traversons

Dans ce festival Premiers Plans, un diagnostic similaire revient dans une part importante de films: il y’a une véritable crise en Europe et qui se manifeste par davantage de peurs et de violences entre autorités (politique et polices) et individus de tous pays.
Au lieu de revenir sur nos modes de fonctionnements sociétaux, les autorités répondent par plus de violence pour tenter de contrôler la situation et d’assurer un équilibre économique, social, migratoire.
Du désordre du monde naît davantage de violence et de tension entre les populations et les autorités.

Les réalisateurs communiquent par différents biais leur peur du monde. Ici, comme tout film de genre classique, tout vient d’une infection qui se transmet par individu et par la contamination. Un remède a été trouvé, il est efficace pour les ¾ de la population. Les 25 % restants sont enfermés dans des centres de quarantaine où au mieux on essaie de les traiter au pire ils sont contenus dans ces prisons pour éviter de s’échapper.

Des soignés ni zombies, ni totalement humains

Première trouvaille du scénario, les patients soignés du virus ne s’en sortent pas totalement indemnes, ils gardent une trace de leur passé par des flashs traumatiques et surtout ils ne peuvent plus être attaqués par les zombies qui les considèrent comme leurs semblables. Ils sont donc dans entre-deux, ni zombie ni totalement humain. Cela entraine le refus d’une bonne partie des vivants qui les voient comme des «fainéants» (un terme que n’hésite pas à employer certains! ), «des hommes dangereux», «des criminels».

En ce qui concerne les angoisses, il y’en a deux types: celles qui proviennent du réel (violence des zombies qui se rebellent) ou celles intérieures (les flashs traumatiques de tuerie qui peuvent survenir à tout moment!). Le danger vient donc de partout! (et c’est formidable techniquement)

Une partie de la population est aussi marquée par les crimes commis par ces personnes quand elle étaient contaminées. Mais il y’a aussi des vivants qui essayent d’accueillir ces soignés du virus pour les réintégrer à la société. Même chez ces personnes-là qui ont fait le deuil de cette situation passée, il y’a toujours une peur que cela recommence, une méfiance qui traîne dans le regard et une attention accrue.

Les exclus de la société marginalisés

Comme dans le film White God présenté dans le cadre du festival et de la rétrospective Mundruczo, l’autorité décide de poser l’acte de violence au lieu de remettre en cause certains faits établis ou manière de faire. C’est donc un environnement qui exclut les plus faibles ou les marginalisés.
Ceux qui sont soignés de l’infection peuvent aussi être désintégrés par leur famille qui les rejette ou par la société qui leur propose un travail qui ne correspond pas du tout au profil de la personne.
Et les zombies (contaminés) sont enfermés voire tués par les autorités si il n’y a pas de remède pour eux (une sorte de peine de mort sauvage).

Les dominants (représentés par les autorités politiques, policières et armées) utilisent donc le pouvoir et l’autorité comme force pour faire plier les plus faibles à leurs contraintes.
Il y’a donc une lecture très politique à un scénario très solide.

Amplification de la violence, les marginalisés répondent par la force

Le film n’hésite pas non plus à montrer les groupes de marginalisés (les soignés exclus par les vivants) qui n’étant pas entendues, se réunissent et tiennent un discours opposé mais finalement totalement similaire à celui d’une partie des vivants en déclarant que ce sont les vivants le problème et qu’il faut résoudre celui-ci par la violence et par la force.

Cette proposition mène sur une impasse et on se retrouve face à un monde en chaos où les angoisses du film résonnent tristement avec l’actualité contemporaine.

Réalisateur: David Freyne
Avec Ellen Page, Sam Keeley, Tom Vaughan Lawlor
Durée: 1 H35
Distributeur: BAC Films

Crédit Images
Image du film

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Pierre Descamps

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