Cinema
Festival Premiers Plans, Jour 2

Festival Premiers Plans, Jour 2

21 janvier 2013 | PAR Yaël Hirsch

Lors de cette deuxième journée de compétition, le public a pu poursuivre sa visite de la filmographie de Marcelo Mastroianni et de John Boorman, entamer un retour sur l’œuvre du regretté Claude Miller et rencontrer les réalisateurs de la délégation chinoise.

Ce dimanche de Premiers Plans a commencé dans une humidité gris souris, très vite réchauffée par les voluptés inoxydables de « La Dolce vita » de Fellini qui repassait au Palais des Congrès.

A 14h, tandis que commençait l’hommage dédié à Claude Miller avec la projection du documentaire « Claude M » que nous n’avons malheureusement pas pu voir, nous avons pris la direction du multiplex. En ce lieu assez mélancolique, un début d’après-midi de dimanche d’hiver où le public est plutôt en déjeuner familial, pour voir le premier film français présenté en compétition : « Les Gouffres » d’Antoine Barraud. Mettant en scène l’épouse d’un scientifique (joué par Mathieu Amalric) l’accompagnant en Amérique du Sud où il doit explorer des gouffres immenses découverts dans un sol sismique. Ce film impressionniste, caméra au poing et couleur chaude sublime Nathalie Boutefeu dans un tête à tête avec une angoisse incommensurable que les « Gouffres » viennent matérialiser. S’il débute avec efficacité lorsqu’il plante le décor, le film sombre assez vite dans une ambiance qui se veut étrange et inquiétante et lorsque la femme à bout de nerfs plonge dans un gouffre caché sous son lit et s’offre 20 minutes malickiennes de traversée d’un monde primitif entièrement constitué de peur primale, la petite heure du film traîne en longueur et perd son public. Dommage !

Après un déjeuner tardif à la cafétéria du Palais des Congrès, nous retournons à notre salle préférée du festival, « les 400 coups », située dans le seul quartier animé d’Angers le dimanche pour le lancement des sessions consacrées au partenaire du Beijing First Festival. Alors qu’il en est à sa 5ème édition, ce festival qui découvre des premiers talents Chinois est présent pour la deuxième année à Angers en janvier, à travers la projection de 10 films (6 longs et 4 courts) tandis que, chaque année, Premiers plans emmène également certains des films de sa compétition dans plusieurs villes chinoises en novembre. C’est la première fois que nous voyons une salle aussi comble à Angers, il a même fallu refuser du public, ce qui prouve le grand intérêt des angevins pour ces films venus d’un autre coin du monde, et montre bien que le 7e art sait conjuguer les émotions à l’universel.

Ce partenariat, riche en échanges culturels, résonne également fort avec certains jumelages de la région avec des provinces et des villes chinoises. Alors que le directeur artistique du festival Premiers Plans, Claude-Eric Poiroux (ci-contre, avec la réalisatrice He Wenchoo), a expliqué combien les projections dans des universités chinoises peuvent être libres tandis que les sorties en salles sont très contrôlées dans l’empire du milieu, son alter égo du Beijing FFF, a, dans un français parfait et le sourire jusqu’aux oreille présenté les trois réalisateurs (et réalisatrice, comme l’élégante He Wenchoo, dont le premier film, « Sweet eighteen » est projeté ce lundi matin à 11h), quelques producteurs et acteurs venus en délégation de Chine. Chacun s’est présenté par son nom, le titre de son film et l’expression de son plaisir d’être à Angers. Blaguant de l’uniformité du message nécessairement traduit de manière uniforme, le directeur du Beijing FFF a encouragé le jeune réalisateur Jang Weiran à entamer un discours sur son cinéma qu’il a après trouvé « un peu trop long ».

Ce sont pas loin d’une douzaine de figures montantes du cinéma chinois, dont les deux réalisateurs à l’honneur ce dimanche 20 janvier : Gao Zehan pour « Witness » qui a vanté le nom du lieu -extrait du premier film de François Truffaut- pour projeter son premier film, et Zhen Xiaoyun (ci-contre, à droite) pour « Finally drunk » qui a souhaité s’exprimer après la projection de son film. Cette œuvre pleine d’émotion met en scène un père et un fils chauffeurs de bus, sur une ligne qui monte vers un parc, où l’on voit toute la ville. Le père a eu un accident au volant qui a couté la vie de la mère quand le fils avait 14 ans. A 25 ans, ce dernier a du mal à se rebeller et même à tomber amoureux. Subtil, touchant et d’une limpidité d’eau de source malgré les sous-titres assez rapidement (et assez drôlement) mis en place, « Finally drunk » donne à voir la vie quotidienne d’un père et d’un fils de la classe populaire et on les voit évoluer, de nuitées en déjeuner, en passant par l’enterrement d’un proche, avec un mélange d’intense attention sociologique et d’empathie libre et puissante. Un beau film, à l’image brillante de saveurs et qui parvient à faire voyager sans proposer ni exotisme, ni fuite.

Petite course à 19h15 pour arriver à la projection du film italien de la compétition au Palais des Congrès. Entrés un peu trop tard dans le réalisme de « L’Intervallo » de Leonardo di Costanza, mettant en scène un adolescent napolitain surveillant une jeune-femme pour la mafia, nous ne pouvons malheureusement partager nos impressions sur ce film.

Enfin, à 22h, un autre long-métrage français entrait en compétition. Celui d’un jeune réalisateur prometteur, Nathan Nicholovitch, déjà à l’origine de deux courts, et qui propose avec « Casa Nostra » une fable en noir et blanc à l’image extrêmement travaillée – entre rêverie de poète maudit, théâtre de la famille et art vidéo – dépeignant les retrouvailles d’un frère et d’une sœur. Commençant sur une sculpture en noir et blanc dans un italien sur une crise de couple, « Casa Nostra » est le signe d’un talent plus que certain.

Alors que l’équipe de Toute la Culture est de retour à Paris pour une semaine dédiée à d’autres cultures que le cinéma européen, Premiers Plans se poursuit à Angers, avec notamment dès demain une séance spéciale où sera projeté « Conte de Noël » en présence d’Arnaud Depleschin et de Catherine Deneuve, un ciné-concert de « Aujourd’hui » de Alain Gomis avec Saul Williams, une lecture de scenario par Jeanne Moreau et bien d’autres évènements.

Notre annonce, ici. Et tout le programme sur le site du Festival.

De notre coté nous attendons avec impatience le Palmarès, samedi prochain et la reprise des films primés au Forum des images, à Paris.

Photos (c) : Stephan Bleiberg

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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