Cinema

12 de Nikita Milkhalkov, un grand moment russe

17 février 2010 | PAR Coline Crance

Nikita Mikhalkov avec son film 12,sorti le 10 février 2010,  revient au cinéma avec un huit clos saisissant et radicalement russe. Pourtant inspiré d’un scénario du film américain de Lumet douze hommes en colère, il se l’approprie pour livrer une œuvre très personnelle et envoutante, un grand moment de cinéma.

Douze hommes sont réunis dans un gymnase d’une école pour juger de la culpabilité d’un jeune tchétchène. Verdict qui se devait facile, donné par des juges au départ peu zélés, cette petite délibération se révèle bien vite plus compliquée. Ce n’est plus le jeune homme que l’on juge, mais bien chaque juré, tous bien assis à un coin de la table, ils se livrent chacun leur tour lors de solo poignant, offrant même de véritables moments d’anthologie ( l’un des jurés, chirurgien caucasien exécute un numéro de couteau digne des plus grands films d’art martiaux…)

Ce n’est plus la loi qui juge, mais bien l’humain qui fait force de loi dans toute sa grandeur et dans toute sa dérision. La loi, le jugement, passent au second plan. Dans ce petit gymnase s’est transférée toute la société russe qui se jauge du regard, se confronte mais qui progressivement laisse apparaître tous les vices sous-jacents de celle-ci : l’antisémitisme toujours très présent, le nationalisme antitchétchène, la corruption et le peu de considération qu’ont les russes de la loi surtout si elle devient trop contraignante… Mais Nikita Milkhalkov ne tombe jamais dans un point de vue moralisateur. Sans tabou, au fur et à mesure que la tension monte, l’être humain se découvre dans une profonde confusion des sentiments livrant une vérité à l’état brut, passionnée, régie par la seule loi du cœur humain à l’image même du peuple russe ou simplement à l’image de la comédie humaine.

Le film en effet, transcende ses propres frontières pour livrer une vérité plus universelle, celle d’une société qui se gausse de tout, enfermée dans sa superficialité. Superficialité qui éclate enfin quand par hasard, enfermés malgré eux dans un gymnase, douze hommes sont confrontés non pas à juger ce pauvre condamné , mais bien à se juger eux-mêmes. Et même si le film est long, on ne s’ennuie vraiment pas dans cet excellent film, capture de l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus sensible..!

Fêter l’année du Tigre
Téhéran
Coline Crance

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