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« La Martinique aux Martiniquais » : Camille Mauduech sonde l’Histoire

« La Martinique aux Martiniquais » : Camille Mauduech sonde l’Histoire

21 avril 2012 | PAR Emma Letellier

Le 11 décembre 1953, L’Information, à Fort-de-France, titrait « Le procès de l’O.J.A.M. s’achève sur un verdict alliant fermeté et modération ».  Parmi les 18 jeunes martiniquais accusés de menées autonomistes, cinq d’entre eux furent condamnés. Ce sont leurs expériences  entre autres témoignages que Camille Mauduech présente dans son dernier film documentaire « La Martinique aux Martiniquais », l’affaire de l’OJAM, en salle le 18 avril.

En 2008, la réalisatrice se penchait déjà sur « les méandres d’une histoire passée » : celle de 16 coupeurs de canne condamnés à la peine de mort pour avoir abattu à coups de coutelas, le 6 septembre 1948, Guy de Fabrique, patron blanc créole. L’histoire des « 16 de Basse-Pointe », assassins et héros, avait marqué l’épuisement de ce que le poète Aimé Césaire nommait « féodalité – celle des blancs qui opprimaient les nègres ».

En choisissant d’enquêter sur l’affaire de l’OJAM, Camille Mauduech répond à la fois aux sollicitations reçues dès la sortie des 16 de Basse-Terre, mais également à la quête identitaire du peuple antillais, profondément marqué par l’esprit de résistance et la volonté d’émancipation.  Terre d’esclavage, les Antilles ne peuvent confondre leur Histoire avec celle de la métropole. Dans « La Martinique aux Martiniquais », Camille Mauduech pose un regard non partisan sur l’histoire du nationalisme Outremer.

Les lumières de Fort-de-France, la nuit, qui ouvrent et ferment le film semblent ainsi témoigner de la volonté d’émancipation qui continue de sourdre dans les Antilles, la voix off rappelant dans le même temps ce que fut  le marronnage à l’époque coloniale. La réalisatrice ancre d’emblée son travail dans une perspective historique. Il s’agit d’interroger les raisons qui conduisirent à la création de l’Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de Martinique, et celles qui poussèrent cette jeunesse à se mobiliser pour une autonomie des Antilles, une fédération des îles caribéennes.

Composé d’images d’archives, sonores et visuelles, ainsi que d’entretiens avec, entre autres protagonistes de l’affaire, Hervé Florent, Manfred Lamotte, Rodolphe Désiré, Victor Lessort, Marlène Hospice et Daniel Boukman, le film de Camille Mauduech propose la traversée édifiante d’une certaine histoire, mise à l’écart des manuels mais qui rend compte d’une époque. Cette jeunesse anticolonialiste est étudiante à Paris dans les années 1960, celles des indépendances et de la conférence de Bandung, elle côtoie les militants du Front de Libération Nationale et parmi eux Franz Fanon. Son livre, Les damnés de la terre, frappé d’interdiction dès sa parution en 1961, aura nourri leur pensée et la notre, le film concluant par cet extrait :

« La décolonisation ne passe jamais inaperçue car elle porte sur l’être. (…) Elle introduit dans l’être un rythme propre, apporté par les hommes nouveaux, un nouveau langage, une nouvelle humanité. La décolonisation est véritablement création d’hommes nouveaux, mais cette création ne reçoit sa légitimité d’aucune puissance surnaturelle. La chose colonisée devient homme par le processus même par lequel elle se libère. » .

Où voir ce film:

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=199926.html

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