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Venise, jour 4 : L’Arménie remporte le lion d’or de la 56ème biennale d’Art

Venise, jour 4 : L’Arménie remporte le lion d’or de la 56ème biennale d’Art

10 mai 2015 | PAR Yaël Hirsch

En cette quatrième journée sur la lagune, la preview de la biennale d’art s’est terminée pour laisser place à l’ouverture officielle, avec les nominations d’usage. Tandis que l’Arménie raflait le lion d’or 2015 (voir notre chronique émue de l’inauguration du Pavillon Arménien) et que l’artiste primé était l’américain Adrian Piper, vu dans le pavillon central des Giardini, l’équipe de Toute La Culture a poursuivi sa visite des « offs » de la biennale avec les grandes expositions de la saison : Charles Pollock au Guggenheim, Martial Raysse au Palazzo Grassi et Slip of Tongue à la Punte Della Dogana… Une journée magnifique qui s’est terminée par une tempête au Lido et un concert pharaonique de Martin Creed au Silencio.

Après un double expresso, un débriefing des soirées de la veille et un adieu aux premiers amis sur le départ, la journée a commencé dans un soleil éclatant par la visite du Pavillon du Guatemala, qui proposait – sous la direction de Daniele Radini Tedeschi- une réflexion figurative sur la vanité inspirée par Thomas Mann, avec Sweet Death.

Nos pas nous ont ensuite conduits chez Peggy Guggenheim, pour revoir ses magnifiques colletions surréalistes et apprendre à connaître Charles Pollock, le grand frère de Jackson. La parenté de leurs expressionnismes et de leurs abstractions est frappante. Et pourtant l’on découvre aussi un artiste à part avec Charles, moins dans la matière, et qui semble souvent proche d’un mouvement Cobra qui aurait laissé de côté la couleur… En complément, le musée permettait d’approcher la genèse et la restauration d’un tableau mythique de Jackson Pollock : Amnesy.

Lors du déjeuner au bord d’un petit canal, nous avons appris avec joie que c’est l’Arménie qui avait emporté le Lion d’Or de cette 56ème biennale. Notre visite du monastère où a lieu l’exposition, lors de la soirée d’inauguration, mercredi 6 mai, nous avait beaucoup émus et marqués, retrouvez nos impressions  sur les 18 artistes de l’exposition Armenity (dont Sarkis, également présent et star du pavillon Turc) et sur l’atmosphère de recueillement qui caractérisait l’ouverture dans notre live-report du premier jour de preview vénitienne, ici.

Au bout du bout de Venise, dans l’espace éblouissant de la Punte della Dogana où la collection Pinault abritait dans son immense espace une grande exposition sur le thème Slip of tongue (Lapsus). Commissionnée par Caroline Bourgeois et Danh Vo (dont on voit plusieurs œuvres), cette exposition-fleuve mettait en perspective des œuvres « classiques » (de Bellini à Picasso en passant par Rodin) avec des pièces très contemporaines de la collection Pinault. En sous-bassement, le thème de l’enfermement et de la domination sont toujours présents, et l’on se rappelle l’exposition de la Conciergerie, où l’enfermement était – comme l’inconscient que révèle le lapsus- intérieure. Représentée par des installations de Lavier, Moulène, Serrano, Sperro, Roni Horn et des photos de Peter Hujar, cette folie froide était magnifiquement scénographiée avec une vue barrée sur la Place San Marco … A voir !

Dernier grand musée de la journée, le Palazzo Grassi, qui abrite la suite de la collection Pinault est dressé depuis le 12 avril aux couleurs pop et éclatantes de Martial Raysse. Et le résultat est absolument bluffant. De l’embarcadère où une installation gigantesque de l’artiste clignote, jusqu’à l’étage, c’est tout le Palazzo qui s’est empli de centaines de créations de Raysse. Des installations peinture & néons des années 1960 aux films expérimentaux (deux salles leurs sont dédiée et l’on peur notamment voir « Le Départ », en passant par des temperas, des dessins et une dizaine de canevas monumentaux plus réalistes et récents, toute l’œuvre de Raysse est représentée et avec profusion. La grande force de l’accrochage est de ne PAS être chronologique, afin de montrer que la recherche de l’artiste se poursuit et creuse le même sillon, bien après le cœur des années pop. Une des plus belles expositions vues cette saison, d’une richesse et d’une intelligence qui feraient presque de l’ombre à celle proposée il y a au peu au Centre Pompidou (voir notre article).

Sur cette explosion de couleur et de sens, nous avons décidé de clore là les visites de la journée et de profiter du soleil encore brûlant pour aller jeter un œil du côté de la plage, sur la mythique île du Lido. A l’arrivée du Vaporetto, l’ambiance est très bon enfants et la rue principale est débordée de baigneurs en week-end. Mais le temps de manger un vrai granité (fruits frais et glace pilée devant nos yeux ébahis !) et d’arriver au sable, le temps se couvre, le vent souffle. Nous avons juste le temps de tâter l’eau très fraiche du bout du pied avant de nous ruer sous une pluie battante vers le vaporetto du retour. Le temps de revenir chez nous, le soleil brillait à nouveau dans le ciel et il était l’heure du premier verre de Prosecco.

Une douche, un apéritif et un sérieux dîner plus tard, nous arrivons à temps pour nous glisser dans le Théâtre du Palazzo Grassi plein à craquer pour écouter le dernier concert du Silencio à Venise. Et c’est du très grand son qu’envoie à la guitare l’excellent Martin Creed, prix Turner 2001 pour son minimal et « scandaleux » Work n°227. Minimal et néanmoins très entouré, l’artiste a envoyé un son rockabily irrésistible, porté par son groupe, et quelques projections vidéos esthétiques (Un homme qui danse avec une rose) ou potaches ( Une femme qui semble s’accroupir, un homme nu dont l’érection monte et descend en fonction du son envoyé par l’instrument de Creed). Comptant, décomptant, l’alphabet et les chiffres, faisant passer des messages de liberté irrésistible (Y compris avec son tube répétitif et néanmoins efficace « Fuck You »), l’artiste a su provoquer et amuser en même temps un public exigeant et qui s’est mis à rire, à danser et à vivre une expérience musicale proprement libératoire. Un très joli moment de musique et de scène qui a clôturé en beauté les brillantes sessions du Silencio à Venise, avant de le retrouver à Cannes.

Et notre dernière nuit vénitienne s’est terminée au milieu de magnifiques créatures à robes habillées et baskets (un look signature pour monter les marches des ponts de Venise) au Baron de Cannes, situé cette année 2015 littéralement la porte à côté du Théâtre où le Silencio a élu domicile pendant la biennale. Ambiance hall d’hôtel de luxe, Spritz à 20 euros, DJ aux influences latines, toilettes bardées de miroirs et groupes d’amis très partants pour danser jusqu’au bout de la nuit ont été les meilleurs ingrédients de cette dernières soirée calme et chaleureuse.

Photo : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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