Arts

Venise, jour 3 : Aux marches de la biennale

Venise, jour 3 : Aux marches de la biennale

09 mai 2015 | PAR Yaël Hirsch

Ayant parcouru en deux jours le « cœur » de la biennale : les pavillons des Giardini et ceux de l’Arsenal, le reste de Venise nous tendait les bras pour découvrir de nouveaux pavillons, les projets annexes et les expositions qui s’ouvrent pour l’occasion. Pour ce vendredi 8 mai, deux grands coups de cœur : Mario Merz à l’Accademia et une magnifique exposition sur la « Nouvelle Objectivité » au Museo Correr…

La journée a commencé tard et comme il se doit : avec un jus d’orange frais sur une petite place métaphysique en plein soleil. Après une bonne demie heure de vaporetto, nous avons atteint le Rialto et son flots de touristes. Après un petit tour par le marché, les ruelles nous ont menés au vernissage presse de la Fondation Prada de Venise. Ce n’est pas parce que la Fondation ouvre un grand Musée à Milan que l’aile vénitienne cesse son activité. La Fondation à Venise s’inscrit dans un palazzo du 18ème siècle et en respecte tous les angles. Les deux expositions de printemps e d’automne y interrogent la manière dont on présente l’art classique. Nous avons pu voir le premier et élégant volet de ce diptyque, « Serial Classic » où Salbattore Sttis et Anna Anguissola montrent des sculptures classiques grecques et leur copies romaines sur des socles et des casiers d’un design modern et fascinant. C’est la manière même de montrer le classique qui est en question, dans cette exposition élégante et parfaitement adaptée au lieu.

Un peu plus loin, nous avons grimpé les marches de la Ca’ Pessaro, le palazzo qui abrite le Musée d’Art Moderne de Venise. Si la fameuse Salomé de Klimt est en ce moment à l’exposition de la Pinacothèque de Paris, quelque œuvres de ce musée au cadre irrésistible restent fascinantes, par exemple des pièces de Von Stuck ou quelques expressionnistes ; Tout en haut, assez joliment nichées sous les flots de lumières venant de l’eau et des fenêtres du Palais, des toiles immenses de Cy Twombly tranchent et dans le style et dans la couleur, au cœur d’une exposition conséquente. Un vrai « Paradis » qui séduira les amateurs du peintre américain.

Nous avons continué par une longue balade à travers Venise pour retrouver la Plazza San Marco et entrer dans le Museo Correr. Musée privé dont la programmation est complétement indépendante de la ville ou de la biennale, Le Palazzo Correr a su choisi son moment pour proposer deux exposition exceptionnelles : l’Américaine Jenny Holzer a investi le bâtiment en mêlant à ses murs, ses cartes, ses livres, ses vues imprenables… Des cartes postales géantes, verticales ou horizontales, de réflexion minimale sur l’occupation de l’espace, dans le sens le plus guerrier du terme. A vous de chercher ses œuvres en arpentant les pièces du palais ! Et puis, commissionnée par Stéphanie Barron du Los Angeles Museum of Contemporary Art (LACMA), l’exposition « Nuevo Oggettivita » sur la Nouvelle Objectivité dans la République de Weimar (1919-1933). Ancrée dans la réalité économique et surtout sociale de cette Allemagne de l’Entre-deux-guerres (genre, vitesse, crise économique..) l’exposition réussit à réunir des pièces majeurs (L’Autoportrait de Christian Schad, les dessins d’Otto Dix dans les tranchées, le Portrait du Dr Felix J Weil par George Grosz…) mais aussi des œuvres un peu moins connues (les photos de Hans Hansler et August Sander) et faites par des femmes (Lotte Jacobi, Jeanne Mammen). Riche, magnifique, très bien expliquée, La Nouvelle objectivité fait même un clin d’œil à la lagune en exposant le Lido de Max Beckmann !

En remontant vers l’Academia, nous avons croisé une série de pavillons : celui qui a probablement le plus de pub en ville, l’Azerbaïdjan, avec une entrée sculpturale au Palazzo Lezze. Et puis, un peu plus loin, dans le Palazzo Pisani l’immense installation de Shigeru Ban, Réverbération, reflète le ciel, tandis que le vainqueur de la dernière biennale, l’Angola paraît l’étage de couleurs éclatantes. Au rez-de chaussée, l’ambiance était à la mémoire avec une rencontre postcoloniale entre la Nambie et l’Allemagne.

Après avoir traversé le fameux pont qui la caractérise, nous sommes entrés dans l’Accademia entrain de se parer d’un tapis rouge pour une grande réception. Sous le titre Citta reale, l’artiste minimal italien Mario Merz s’est emparé des fondements du lieu avec une quinzaine d’installation d’une beauté à couper le souffle. Mi rétrospective de son travail, mi fééries sur la lagune, cette suite de pièces de 1966 à 1994, toutes faites de matières brutes, s’étend jusque dans la cour ou 74 gradins de fer sculptent l’espace au dessus-de la pierre avec la légèreté d’un danseur s’élançant sur la piste.

Après une légère sieste pour s’élancer vers une nouvelle nuit de fête et d’errance vénitienne, nous avons bu notre premier verre de Prosecco dans la rue, le long d’un canal du côté de San Basilio où s’attardent les étudiants. Ce vendredi 8 mai, nous avons pu entendre (et danser !) lors du premier concert qui avait lieu dans le théâtre du Palazzo Grassi, investi par le Club Silencio. Sur scène, les Cornichons faisaient de belles reprises irrésistibles, à commencer par « I am your man » de Leonard Cohen et le mythique « Lili Marleen», qui ont réussi à sortir le public de sièges confortables pour les faire bouger !

C’est dans un magnifique Palazzo et sur trois étages que la Suisse organisait sa fête de la biennale, hier soir. Avec un chemin discrètement indiqué par de souriantes jeunes-femmes aux T-shirts rouge et or, un orchestre-live jouant du swing, un bar à cocktail, un autre à bière et fromage et un dancefloor très actif devant les grandes fenêtres avec la vue sur le grand canal, c’est la plus jolie fête qu’il nous ait été donné de voir cette année, à la biennale. La soirée s’est terminée vers les 2 heures du matin, autour d’un cocktail au toujours très élégant Hôtel Bauer.

photos : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com