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Un parking devenu musée

Un parking devenu musée

16 août 2017 | PAR Camille Bardin

Recouvrir entièrement les onze étages d’un parking souterrain de fresques d’artistes urbains, soit 2km3 chacun, c’était le défi de la ville de Saint Gervais. Un défi relevé.

Petite commune de 5 800 habitants au pied du Mont-Blanc, la ville de Saint-Gervais était déjà riche de ses thermes Art Déco, de ses églises baroques et de ses lieux d’expositions atypiques comme cet espace dans un des piliers du pont de la ville. Depuis le 2 juin 2017 elle est maintenant propriétaire d’un musée urbain des plus original : un parking souterrain.

Grâce à l’initiative d’Hugues Chevallier, alias Irsut, président de l’association Kill Art Factory et du maire de la ville Jean-Marc Peillex, ce sont douze artistes internationaux qui ont chacun investi l’un des onze étages du parking souterrain de la ville, façade comprise. Au total il aura fallu 6500 litres de peinture acrylique, 2500 bombes aérosol pour relever le défi de recouvrir 2000 m3, la surface de chaque étage du parking qui a donné son nom au projet : 2KM3.

Une véritable performance

Un parking souterrain, sombre et humide, comme ceux qu’on a l’habitude de fuir rapidement après y avoir garé sa voiture ; c’est ni plus ni moins l’espace qui était proposé aux artistes. Pour le recouvrir seules deux semaines leurs étaient accordées. Alors si pour les frères jumeaux serbes, Sobek et Kcis qui forment le duo artistique Sobekcis le travail a été réalisé en seulement quatre jours grâce à leur incroyable synchronisation, pour d’autres le projet 2KM3 fut une véritable performance. Pour Frédéric Battle, alias Zoer, commissaire de l’exposition avec Hugues Chevallier mais également artiste sur le projet, ce fut un véritable vertige que de découvrir le sixième sous-sol du parking qui lui avait été confié : « Quand je suis arrivé c’était mal éclairé, le plafond me semblait très bas. J’ai tout simplement été écrasé par le lieu. J’ai été angoissé pendant plusieurs jours parce que j’étais arrivé avec des idées précises de ce que je voulais faire et que je devais finalement m’adapter à l’espace. » Quinze jours pour reconsidérer la taille des murs, en faire des feuilles de brouillon et enfin de grandes fresques aux couleurs sophistiquées, aux formes vacillant entre l’abstrait et le figuratif, aux références urbaines et à la temporalité multiple.
Après avoir choisi la façon d’aborder l’espace, il a fallu s’adapter aux parois du parking. Car si les thermes de Saint-Gervais jouissent de l’eau thermale qui surgit des profondeurs de la ville, ce fut davantage une tare pour les artistes ayant hérité des étages les plus bas. Les murs étaient en effet extrêmement humides, la peinture accrochait donc très difficilement. Pour l’artiste français Swiz il a donc fallu passer et repasser sur chacune de ses lignes pour enfin avoir un résultat correct. Juste au dessus, au dixième étage du parking, l’artiste Etienne de Fleurieu représenté par la galerie du jour d’Agnes b., n’a pas quitté son écharpe tant les conditions climatiques étaient agressives : à l’humidité s’ajoutait froid et obscurité.
Un résultat

Après deux semaines de dur labeur, était donc inauguré en juin dernier ce projet pharaonique. Le résultat, monumental, révèle comment chaque artiste a réussi à composer avec l’espace qui lui avait été donné. Les couleurs sont vives, les étages communiquent entre eux naturellement, sans dissonance. Chaque artiste a pourtant réussi à préserver son identité malgré l’atypie du lieu. Loin d’être cachés ou même réduit à un endroit aussi répulsif qu’un parking, les artistes ont eu la possibilité de montrer toute la puissance de leur travail. La qualité même de leur pratique qui sait redéfinir entièrement un espace et le rendre attrayant.

Un art qui s’infiltre

S’il sont encore trop souvent perçus comme des vandales, comme si les oeuvres dites « urbaines » étaient des dégénérescences de l’Histoire de l’art, leur présence désormais désirée plus que tolérée loin des murs d’Harlem rassure quant à l’avenir de ces artistes. Disons que depuis quelques années ils connaissent même une véritable ascension en France : entrée fracassante dans les salles aux enchères de la maison Artcurial en 2006, première foire qui leur est entièrement consacrée en 2016 au Carreau du Temple, et puis il y a aussi ces maisons de luxe apriori assez loin de l’univers urbain qui se laissent séduire. L’exposition « Belle Ville » l’automne dernier dans le magasin de la Maison Guerlain des Champs-Elysée en est un parfait exemple.
La façon dont a été financé le projet 2KM3 illustre tout aussi bien cette volonté nouvelle de voir ces artistes agir loin des tunnels du métro new-yorkais : pas un centime ne provient du budget communal, les financements relèvent exclusivement du mécénat d’entreprises. En seulement trois semaines le maire de la ville a réussi à convaincre près d’une quinzaine d’entreprises de financer le travail de leur artiste favori.

Artistes de 2KM3 : Elian Chali (Argentine), étienne de Fleurieu (France), Felipe Pantone (Argentine), Jaw (France), Roids (Grande- Bretagne), SatOne (Venezuela), Sobekcis (Serbie), Sten & Lex (Italie), Swiz (France), Zoer & Velvet (Die_Cast) (Espagne – France).

Visuels : Camille Bardin

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Camille Bardin

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