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Un jour la Chine s’éveillera, sans attendre AI WeiWei l’expose au Jeu de Paume

Un jour la Chine s’éveillera, sans attendre AI WeiWei l’expose au Jeu de Paume

21 février 2012 | PAR Bérénice Clerc

L’exposition « Ai Weiwei. Entrelacs », vient d’ouvrir à Paris au Jeu de Paume, elle va permettre au public français de découvrir cet observateur critique de la société chinoise sous le coup d’une interdiction de sortie de Pékin. Le spectateur témoin de son combat inlassable en faveur de la liberté d’expression et dont la détention secrète pendant 81 jours au printemps a suscité l’indignation internationale.

L’exposition des photos et textes d’Ai Weiwei, au Jeu de Paume, à Paris (du 21 février au 29 avril), met en lumière les traces, les liens entre l’artiste, son histoire propre, celle avec la Chine et l’art. De simples photos quotidiennes, parfois réalisées avec un téléphone prennent une puissance historique et politique.

Jeune étudiant, il part aux Etats-Unis en 1981, pense ne jamais revenir en Chine.  Son père le poète Ai Quing tombe malade, il rentre à Pékin en 1993 et multiplie les expériences.

Artiste provocateur, prêt à tout pour la liberté de l’art et le témoignage d’une société, plasticien, architecte, sculpteur, photographe, depuis la fermeture de son blog en 2009 par les autorités chinoises, Twitter est devenu pour lui un moyen rapide et efficace pour témoigner via des photos réalisées depuis son téléphone portable.

Photos du New York des années 80, image de Pékin comme un panorama d’une route personnelle.

« Conte de fées », exposition vivante de 1 001 Chinois transportés à Cassel avec l’envie de faire découvrir à tous ces chinois l’étranger comme lui-même à rencontrer le monde et ses différences avec ses études à New York.

AI WeiWei aime rompre avec les traditions, prendre position, risquer sa vie pour les autres, pour la liberté de parole et de témoignage quand tout cela est interdit en Chine.

« Etudes de Perspective » sa série de photos d’un doigt d’honneur en perspective d’un paysage iconique ou symbolique de nombreux pays du monde, témoigne de sa haine à l’égard de la société totalitaire et de ceux qui l’encourage ou ne la dénonce pas.

Il collabore également aux Jeux Olympiques pour la conception du stade « Nid d’oiseau ». Ses prises de position contre l’incurie du gouvernement lors du séisme du Sichuan le mèneront en prison. Diaporama, éloge de la communication mondiale, vision en temps réel des souffrances d’un homme, d’un peuple représenté par un artiste, figure quasi Christique désireux de porter les peines de son peuple quitte à y laisser sa vie « seul la mort pourra m’empêcher de continuer ».

Toujours sous un régime de liberté sous caution, depuis sa libération le 22 juin 2011 et jusqu’au 22 juin prochain. En Chine, cela se traduit par du harcèlement, du lavage de cerveau et de nombreuses règles. Contrairement à la détention, extrêmement difficile à supporter, il peut continuer à sculpter, créer malgré les contrôles très réguliers.  Le plus inquiétant pour la Chine sont ses échanges avec l’étranger via internet ou les journalistes.

Impossible de lutter contre les régulations imposées, même s’il en viole quelques-unes.

Il est responsable, se fait un honneur d’expliquer les choses, sans trop en faire. La Police s’efforce de lui faire comprendre qu’elle est au-dessus des lois, qu’il est vulnérable, qu’il peut être broyé à n’importe quel moment afin de détruire sa foi en la rationalité, la communication et surtout toute compréhension de la Constitution, garantie en principe de vos droits personnels.

Le choix devient cornélien : lutter contre quelque chose qui peut vous détruire immédiatement avec la vision d’autres gens condamnés à plus de dix ans ces derniers mois, certains pour avoir écrit de la poésie, d’autres pour avoir exprimé leur opinion, tous de la manière la plus pacifique possible ou vous taire avec une culpabilité extrême.

Accumulations de paysages, de traces du quotidien, subversions dans un pays où le mot liberté semble banni depuis longtemps certaines images sont d’une force incroyable comme ce cliché réalisé en juin 1994, cinq ans après les événements de Tiananmen. Une banale photo touristique de sa fiancée Lu Qing si ce n’est que la jeune femme y relève sa jupe pour montrer sa culotte avec derrière elle un immense portrait de Mao et des gardes en uniformes. Comme Marylin avec sa robe dans un élan de libération, l’air très innocent, personne ne semble la voir sortir du réel.

Poésie, trouble, peur se dégagent de cette image aux allures simples.

« Laisser tomber une urne de la dynastie des Han » triptyque autoportrait en mouvement, brisure d’un objet symbolique d’une culture, d’une violence intérieure, irréparable, inqualifiable et quotidienne. « Sept images », un homme en morceaux, un corps livré au pouvoir, sans pensée juste la tâche quotidienne répétée, l’asservissement immodéré pour une nation sans ouverture.

Dans cette exposition la photographie sort des limites de la technique, peu importe la qualité , pourvu qu’elle accroche le réel, le rende visible à tous avec une violence naïve, brute, écorchée et une sensation d’immense injustice pour le spectateur.

Grâce à des hommes libres comme Ai Weiwei, un jour la Chine, peut-être, s’éveillera au monde et les habitants de la planète ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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