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Un ArtParis bien sage au Grand Palais

Un ArtParis bien sage au Grand Palais

27 mars 2013 | PAR La Rédaction

C’est bien ordonnées que les galeries présentes à l’édition 2013 d’Artparis attendent de pied ferme les visiteurs. Aujourd’hui, jour des collectionneurs et de la visite presse Toute La Culture a pu visiter la nef du Grand Palais encore vide sous un soleil hésitant. Et découvrir quelques perles russes et de bien belles choses, sagement rangées. Petit tour de la foire.

Alors que  ArtParis voit le nombre de participants augmenter (143 contre 120 l’an dernier) et s’internationaliser (21 pays représentés). Comme l’an dernier une plateforme ArtDesign sera mise en place avec 12 stands de design et pour la première fois, regardez bien, des jeunes artistes sont à travers 12 galeries réunions sous le poétique label de « Promesses ». Autres nouveautés : une librairie riche et centrale tenue par Arcurial où auront lieu de nombreuses signatures et un cycle de conférences est organisé où l’on parle notamment de l’art à l’est, vers l’ex-bloc soviétique. Programme, ici.

La Russie invitée d’honneur
La Russie est donc à l’honneur avec un stand réservé et étiqueté sous la nef : la galerie Héritage international peut montrer des travailleurs dans le pur style soviétique de l’artiste Zagrekov. On tombe pour les installations subtiles de Aleksander Shisikin-Hokusai chez Marina Gisich (voir photo ci-contre). Les paysages enneigés des photos de la série « the Edgar » 2009, de Aleksander Gronsky à la galerie Greenberg émeuvent. Et les faits divers de Olga Kisseleva ne sont pas sans rappeler une certaine Sophie Calle chez ARka Gallery. Au-delà du stand d’autres exposants ont joué le jeu, aux cotés de l’espace réservé, les russophiles patentés comme la galerie Rabouan-Moussion fière d’avoir derrière elle 25 ans d’attention portée aux artistes issus du bloc soviétique. On y présente des photos d’Oleg Kulik, d’Erwin Olaf ou encore de Vlad Mamyshev Monroe.

Célèbre performeur dont le plaisir du jeu et du travestissement rendait plus virulente encore la critique sociale, Vlad Monroe aurait dû évoluer le soir du vernissage de cette édition d’Art Paris sous des traits empruntés à Gérard Depardieu. La mort l’a emporté de manière brutale et inattendue le 16 mars dernier alors qu’il se trouvait à Bali. Des zones d’ombre planent sur ce tragique événement. Ses autoportraits, dans lesquels il se travestit en personnages médiatiques, de Saddam Hussein à Jean Paul II en passant pas Dostoïevski, sont exposés chez Rabouan Moussion, alors que la galerie Priska Pasquer de Cologne fait le choix de montrer des photographies de Sergei Borisov où l’on retrouve l’atmosphère d’effervescence radicale des années perestroïka, à l’image du jeune Vlad Mamyshev, sous les traits de sa star fétiche Marylin Monroe.

Dans une veine autrement subversive, Suzanne Tarasiève exhibe ses superbes clichés de Boris Milhalkov. La belge Nk Gallery présente, elle, des peintres russes comme Natasha Ivanovna ou Alexei Kostroma.

Le cinétique, un bel effet de mode?
Dans les grandes tendances de cet Artparis 2013, l’on remarque que la concentration de cinétique dans nos musées (Soto à Pompidou, Le Parc au Palais de Tokyo) nous replonge dans le meilleur des années 1970. On le voit avec des œuvres de Soto même, sur le stand de la galerie Lelia Mordoch, avec Laurent Bolognini chez Louise Alexander et avec un très beau Morellet chez Jean de Brolly. Du côté des jeunes artistes de cette mouvance, la galerie A2Z joue le graphisme et notamment avec l’acrylique travaillée par Nicolas Panayotou dans « Kinessi II » (2013, voir ci-contre)

La sagesse du marché
Enfin, dernière tendance, mais qui semble aller de soi, c’est la sagesse qui est de mise pour les stands efficaces et de taille égale, les murs d’un blanc sévère et la géométrie ordonnée de ce Artparis sans fioriture. Les galeries payent cher leur place et ne sont pas là pour de fantasques opérations de com. Elles donnent donc à voir leur substantifique moelle : des artistes qui vendent. Donc pas de vidéo, pas ou peu d’installations, de la photo mais classique et beaucoup de belles toiles, de la bonne taille pour entrer dans un bel intérieur. Cela donne des perles mais classiques : beaucoup de Combas (galeries Fleury, Claire Gastaud et surtout AD) de Klasen, d’Adami et de classiques contemporains colorés. Pas mal d’aquarelles, accessibles (celles de Baselitz chez Catherine Putman sont superbes !). Et en sculpture, la finesse de Chiharu Shiota l’emporte chez Templon et Christophe Gaillard. Et la palme de ces classiques va au merveilleux Bernard Buffet de la galerie Tamenaga, « L’oiseau rouge »(ci-contre).

Des jeunes artistes prometteurs

Sur le stand de la galerie Revue Noire, nous sommes séduits par les Négociations sentimentales de Joël Andrianomearisoa. Son travail avait été remarqué à Slick et à Art Basel Miami. Cet acte II, sous forme de diptyque, nous renvoie le même regard à la fois direct et démultiplié, invitation ludique et d’une grande sobriété formelle qui nous invite à nous perdre dans les reflets de ses miroirs de poche. L’artiste sera présent au Grand Palais pour la signature de son nouveau livre Sentimental et investira à partir de 1er mai les espaces de la galerie pour une exposition qui va regrouper sous le même titre des installations sonores, des vidéos et des photographies.

A la place des yeux écarquillés devant l’objectif photographique du début du 20 siècle, des pixels peints à la main, les visages floutés par des aberrations de l’image spécifiques à l’ère du web 2.0. Les installations photographiques de Nandan Ghiya développent leurs arborescences incongrues, parfois cocasses, sur les cymaises des galeries Paris Beijing et 10 Chancery Lane Hong Kong. La démarche du jeune artiste indien interroge ainsi, à un siècle d’écart, le pouvoir des visages, ainsi que rôle des communautés virtuelles à l’époque du tout facebook.

Il est autrement question d’aïeuls et de contact dans les photographies de la série Sang d’encre qu’Ismaël Bahri présente à la galerie des Filles du Calvaire. L’encre noire épouse les creux de la peau, se niche dans ses plis et ses pores, et confère aux images une troublante charge sensorielle. La photographie comme caresse, le corps comme constellation d’aspérités.

Pour finir, selon la tradition, voici nos coups de cœur:
Les ombres menaçantes de Je Peg à la galerie Gagliardi :

Alain Bizos is Wanted… sur les cymaises de la galerie VU. Il y a d’abord ces images témoins de la série de Vols qualifiés, dont les certificats mettent en garde le possible acquéreur d’éventuelles poursuites judiciaires pour recel. Mesrine nous regarde droit dans les yeux, depuis l’un de ses derniers portraits. Enfin les couleurs passées et la texture vintage des Xerox des années 70, dans des images de NY, nous rappellent les multiples déclinaisons du travail de cet artiste reporteur engagé au fil des années dans de multiples aventures éditoriales, parmi lesquelles il y a notamment le quotidien Libération. Une exposition en deux temps lui est dédiée en ce moment à la galerie VU, Alain Bizos En toute liberté.

Parmi les candidats du prix Canson, Emmanuel Régent nous a émus (« Je ne me souviens pas de tout », 2012)

 

Yaël Hirsch et Smaranda Olcèse.

Infos pratiques

Manufacture des Abbesses
Théâtre de l’Atalante
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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