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Le plus ancien Salon d’art célèbre son 230e anniversaire

Le plus ancien Salon d’art célèbre son 230e anniversaire

14 février 2020 | PAR Magali Sautreuil

Créé par Colbert en 1667 sous le règne de Louis XIV, le Salon des Artistes Français est le plus ancien salon artistique au monde. Il célèbre aujourd’hui son 230e anniversaire au cœur de la nef du Grand Palais, un bâtiment conçu par ses sociétaires. Alliant tradition et modernité, il invite les visiteurs à découvrir les tendances actuelles de l’art jusqu’au 16 février 2020.

Malgré la baisse de subsides, le Salon des Artistes Français reste fidèle à ses engagements : celui de promouvoir les artistes à la fois reconnus et émergents, professionnels et amateurs. Il affirme également sa volonté de dresser un large panorama de la création contemporaine, en insistant sur sa diversité et en s’intéressant aux arts dans leur pluralité (peinture, sculpture, gravure/estampe, photographie et architecture).

Depuis 2006, date de la réouverture du Grand Palais, qui sera de nouveau fermé pour travaux de décembre 2020 à mars 2023, le Salon des Artistes Français est organisé dans le cadre d’Art Capital, un événement qui regroupe quatre salons : le Salon des Artistes Français, le Salon des Artistes Indépendants, Comparaisons et le Salon du Dessin et de la Peinture à l’Eau.

Il se distingue néanmoins de ses voisins par sa longévité, son mode de fonctionnement et son système de récompenses décernées par un jury exigeant. Ce dernier est renouvelé tous les trois ans. Les quelques 657 sociétaires du Société des Artistes Français élisent d’abord un comité qui aura la lourde charge de composer le jury. Les membres qui composent celui-ci doivent forcément avoir reçu une médaille d’or au cours de leur carrière. Ce sont donc des artistes qui ont la lourde responsabilité de délivrer les prix du Salon, dont la fameuse médaille d’honneur, qui couronne la carrière de l’artiste dans sa globalité et son investissement auprès de la Société des Artistes Français. Votée par bulletin secret pendant une session à huit-clos au cours du Salon, la médaille d’honneur n’est pas automatique et ne peut être remise qu’à un artiste lauréat d’une médaille d’or. En 2019, cette récompense a été remise à Francis Bellanger pour la peinture, Véronique Laurent Denieuil pour la gravure, Carole Demerin pour la photographie et Bruno Madelaine pour la sculpture. Comme le veut la tradition, ces quatre artistes bénéficient cette année d’un espace privé dans lequel ils peuvent exposer plusieurs de leurs œuvres, permettant ainsi au public de mieux comprendre leur travail. Ayant à cœur d’encourager les artistes prometteurs et conscient du nombre restreint de médailles d’or attribuées, le Salon des Artistes Français a mis en place deux récompenses : la mention honorable et le rappel de la médaille, qui vise à récompenser un artiste déjà primé ayant su maintenir son rang.

Ces prix ne sont pas uniquement réservés à des artistes de nationalité française comme nous pourrions le supposer de par le nom du Salon. Français se comprend ici comme un gage d’excellence, tout comme l’est le titre de Meilleur Ouvrier de France. Parmi les quelques 600 artistes sélectionnés qui composent les cinq section du Salon, nombreux sont les artistes étrangers. Originaires de 15 pays différents, ceux-ci représentent environ 22 % des exposants. Cela prouve l’attrait et la renommée du Salon au-delà de nos frontières, ce qui est sans doute dû à la longévité du Salon et aux échanges culturels et artistiques qu’il entretient avec l’étranger. Chaque année, il offre la possibilité aux grandes écoles, académies de beaux-arts et associations d’artistes à travers le monde d’exposer au Grand Palais, au cœur de la capitale, pendant son salon annuel. Pour cette 230e édition, l’invité d’honneur est la Géorgie, représentée par le sculpteur Derajane, le photographe Amiko Kavtharadze, les peintres Spartak Koubda, Akaki Dzneladze, Irène Torondjadze et Beka Boikvadze, des artistes issus de prestigieuses institutions comme l’Académie des Arts de Tbilissi.

La scénographie épurée fait la part belle aux œuvres. Les cartels sont allégés pour inviter les visiteurs à se concentrer sur ces dernières et aux émotions qu’elles suscitent en eux. Toutefois, si leur curiosité les pousse à vouloir en apprendre davantage sur une œuvre, ils peuvent interroger les artistes présents qui se feront un plaisir de leur répondre et de parler de leur démarche créatrice.  

Si la peinture et la sculpture sont les sections les mieux représentées et les plus anciennes du Salon, elles ont chacune leur singularité. La première entend conserver la même exigence que celle de l’âge d’or du Salon, tandis que la seconde montre une pluralité d’inspirations, de techniques et de matières, tout en jouant sur les volumes et le poids des sculptures.

Comme chaque année, certains peintres ont choisi de traiter un sujet d’actualité : celui de l’incendie ravageur de Notre-Dame de Paris. Le tableau de Pascal Niau, un artiste au parcours insolite qui a été reçu comme Meilleur Ouvrier de France en pâtisserie en 1979 et qui a exercé pendant 35 ans ses talents de pâtissier au sein de la prestigieuse Maison Dalloyau, s’en fait écho. Intitulé Anges et Archanges, Notre-Dame de Paris, il nous livre une vision intemporelle de la cathédrale, où l’ancien côtoie des échafaudages modernes, tout en rappelant qu’il s’agit d’un important édifice religieux. La plupart des peintres qui ont choisi ce thème nous laisse entrevoir une note d’espoir où, malgré les épreuves du temps, Notre-Dame reste debout (Debout, Alain Gonthier) et renaîtra à nouveau de ses cendres (Notre-Dame, grande flèche d’œuvre, Bell Yuterick).  

Si les tableaux sont tous de grande qualité et abordent différents thèmes (devoir de mémoire, carnaval et fantaisie, Extrême-Orient, animaux…), l’une de nos sections préférées demeure la sculpture. Celle-ci regorge de trésors d’inventivité et surprend par l’usage des matériaux utilisés et de leur traitement.

Le loup et la grande aigrette d’Astrid de Geuser, par exemple, interpellent de par le traitement de la matière. Prêtes à bondir ou à s’envoler, ces œuvres rendent un bel hommage à la faune, avec une petite touche onirique.

Nous avons également eu la joie de retrouver nos trois coups de cœur de la précédente édition.

Le sculpteur Rémy Teulier, médailler de bronze 2019 du Salon des Artistes Français, nous avait enchantés avec son Messager, une mystérieuse sculpture en marbre noir résolument intemporelle. Il revient cette année pour une performance artistique en vue de donner vie à un nouveau messager…

L’année dernière, Olivier Bertrand, nous avait surpris avec un gorille en carton grandeur nature, qui avait nécessité presque six mois de travail. Web designer, l’idée lui était venue pour passer le temps. Il venait de se casser la jambe et cherchait une occupation. Il a alors commencé à plier du carton et petit à petit le gorille a pris forme. Il ne pensait pas exposer sa sculpture, mais un artiste l’avait encouragé à le faire et il avait bien raison ! Fier de son succès de l’année dernière couronné par une médaille de bronze, Olivier participe à cette nouvelle édition avec non pas une, mais deux sculptures tout aussi impressionnantes, situées à l’entrée du Salon : un tigre et un panda en carton. C’est vraiment incroyable tout ce qu’on peut faire avec du carton !

Mais savez-vous qu’on pouvait réaliser également de magnifiques sculptures en papier ? Sarah Roch, qui avait exposé un bateau et un escargot en papier kraft l’année dernière, pour lesquels elle avait reçu une mention, revient également cette année avec une nouvelle œuvre : Passeur d’histoires, Du haut de pile de livres, maître hibou veille sur de jeunes lecteurs… C’est étonnant ce que cette artiste parvient à faire avec un matériau aussi insignifiant, banal, sans importance que le papier ! Entre ses mains, il devient une matière complexe, à la fois fragile et résistant, délicat et robuste, massif et léger, rigide et souple… Parmi tous les types de papier existant, Sarah affectionne plus particulièrement le papier Kraft. Kraft, en allemand, signifie force, et il est vrai que les sculptures en papier kraft surprennent par leur longévité. Sa couleur naturelle, qui se décline en camaïeux de beige, est à la fois chaleureuse et apaisante. Il émane des œuvres de Sarah une certaine poésie. C’est sans doute pourquoi elles trouvent dans une des sections les plus intimistes du Salon : celle de la gravure ou, à plus proprement parlé, de l’estampe.

La section gravure est d’ailleurs le seul espace dans le cadre d’Art Capital à représenter le monde de l’estampe. Quelques gravures sont exposées, notamment une de Véronique Laurent-Denieul, la médailler d’honneur 2019. Traitant de la fragilité humaine, ses œuvres n’ont pas la même intensité selon qu’il s’agit du tirage ou du modèle. Le dessin et le message frappent davantage plus les esprits sur ses gravures marquées par des bains répétés d’acide. Mais ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, pour La madone du Châtelet de Guy Braun, un artiste médailler d’honneur en 2017, la plaque est bien moins lisible que l’estampe. La technique de la matière noire utilisée par ce dernier donne des noirs très profonds une fois l’estampe tirée. Juste à côté, se trouve un bouquet de marguerites que l’artiste Bernabé del Castillo s’est engagé à renouveler durant toute la durée du Salon. Son triptyque gravé sur plâtre, intitulé Je t’aime un peu…, invite les visiteurs à effeuiller les fleurs, tandis que les siennes resteront éternelles… Dans cet espace, le visiteur est également incité à laisser une trace de son passage en gravant une plaque mise à sa disposition.

Non loin de là, la section photographie relie les différentes sections entre elles. Dernière-née du Salon, elle a vu le jour en 1992 et entend, depuis, faire émerger de nouveaux talents. Tous les médiums sont représentés. Nous avons toutefois été davantage séduits par le traitement plastique de certaines photos, notamment la Transmutation de Thalie B. Vernet, médaille de bronze 2019, et Faces de Victoria Solweg. La juxtaposition de différents visuels stimule notre imagination et nous donne matière à rêver.

Quant à la section architecture, présente depuis 1800 au Salon, depuis la fin des grandes commandes de l’État, elle est bien moins représentée, mais non délaissée. Pour ne pas que cet art sombre dans l’oubli, le Salon des Artistes Français présente chaque année les projets de jeunes diplômés ou de grands prix d’architecture reçu à l’Académie. Pour cette 230e édition, Yazgi Demirbas nous emmène sur la planète Mars. En se basant sur des recherches scientifiques, elle a essayé d’imaginer une solution viable pour que l’être humain puisse vivre sur Mars en tentant de palier à tous les problèmes qu’il est susceptible de rencontrer. Si pour certains ce type de projet peut paraître irréaliste, il faut bien se rappeler que maintes innovations passées l’étaient tout autant pour leurs contemporains.

Enfin, pour célébrer sa longévité et sa vitalité, le Salon des Artistes Français a décidé de nous livrer un aperçu de son fonds exceptionnel d’archives. Précieusement conservé au bureau de la Société des Artistes Français, celui-ci est généralement accessible sur rendez-vous par des chercheurs et des professionnels. Pour la première fois, le grand public peut enfin découvrir une très infime partie de ces documents comme la fiche d’inscription au Salon d’Auguste Rodin. Espérons que le Salon continue de dévoiler d’année en année ses archives, qui ne sont pour l’instant pas numérisées. La seule manière de pouvoir les consulter est donc soit de vous au Salon, soit de prendre rendez-vous avec la Société des Artistes Français avec un motif de recherche. Peut-être qu’un jour une exposition sur l’histoire de la Société et du Salon des Artistes Français verra le jour pour nous dévoiler tous ses trésors. Mais pour l’heure, intéressons-nous à ceux qui font vivre ce Salon : les artistes contemporains !

230e édition du Salon des Artistes Français dans le cadre d’Art Capital, présenté dans la nef du Grand Palais, à Paris, du mercredi 12 au dimanche 16 février 2020, de 11h à 20h et jusqu’à 21h jeudi et samedi.

Retrouvez l’actualité du Salon de la Société des Artistes Français sur son site Internet (ici), sa page Facebook (ici) et son compte Instagram (ici).

Visuels : Affiche officielle et photos de Magali Sautreuil.

 

Infos pratiques

Manufacture des Abbesses
Théâtre de l’Atalante
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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