Arts
Salo, le salon du dessin érotique

Salo, le salon du dessin érotique

25 juillet 2021 | PAR Nicolas Villodre

La neuvième édition du salon Salo qui vient de se tenir à Ménilmontant présentait plus d’une centaine d’œuvres, pour la plupart, comme annoncé, des dessins à caractère plus ou moins érotiques mais aussi des photos et, parmi celles-ci, deux beaux tirages de et avec Aureline Roy.

De l’art et du cochon

Au moment où une radio publique consacrait un feuilleton estival à Mussolini, incarné de manière ambiguë par un comédien à l’accent appuyé et où était évoquée la République de Saló, que Pasolini avait arbitrairement associée en 1975 au sadisme, le fondateur du salon Salo, Laurent Quénéhen, se réfèrait plutôt au mot russe qui désigne « le gras du cochon ». Il a joué sur les mots et sur les deux tableaux pour rendre hommage à son grand-père qui avait mis à sa disposition son grand laboratoire de charcuterie situé à Romainville pour y présenter son premier événement artistique sous la houlette de Salaisons. Romainville nous ramène aux Romains mais aussi aux Roms, puisque nous eûmes en 1993 le plaisir d’y rencontrer le poète tsigane Matéo Maximoff. 

Toutes les techniques, tous les formats, tous les supports étaient permis dans l’espace où l’événement avait, pour l’occasion, migré. La sélection était de de qualité même si elle a écarteé pratiquement toute forme d’abstraction. Les clichés en général et ceux de l’art photographique y étaient, naturellement, présents. Les artistes, individuellement ou plus souvent qu’à leur tour en couple, comme par hasard, en ont joué. Si on se focalise sur l’art de Nicéphore Niépce, on peut dire qu’ils ont tendance à se mettrent volontiers en scène, et sur leur trente-et-un en l’occurrence en se dénudant, y jouent les starlettes, comme la môme de la chanson de Jean Ferrat. À propos de chanson, on note la présence dans la sélection d’Eugénie, la petite-fille de Jacques Prévert.

Photo-mateurs

Parmi les tirages exhibés, certains ont immédiatement retenu notre attention, plus que d’autres. Les quatre vues en noir et blanc du visage encore dans son rêve éveillé de Wenjue Zhang, dernier nom de la liste alphabétique des auteurs mais premier que nous sortons du lot émeuvent par leur simplicité, qui montrent l’ensommeillée en de gros plans légèrement floutés, mise à nue, non encore démaquillée. Hannibal Volkoff y va franco de porc avec le duo de top modèles mâles Joakim et Franck, l’un des deux avec une aiguille plantée dans son zoreille et une grosse chaîne dans le cul. Vanda Spengler fait dans le multiplie dans une série de paysages où s’insère un personnage (une nymphette) et sept de ses clones. Les corps morcelés façon puzzle de Kathrin Bakes et Sylvain Tanquerel sont six mignonnes miniatures sur fond noir. Dom Garcia s’autorise un calembour avec l’expression « langues de signes », un beau gros plan de baiser en format portrait, connoté SM, cela va sans dire.

Les deux photos en paysage d’Aureline Roy nous la révèlent sur un lit d’hôpital aussi fatigué et patiné que les patients qu’il a dû supporter il y a de cela un certain temps. Cela se passe à huis clos, en un entresol laissant poindre une lumière de jour raréfiée et transparaître un vague paysage naturel. Cet espace d’isolement, d’internement ou de contrainte, fixé à retardement par l’appareil photo en 2014, en annonce d’autres, plus récents encore. La cambrure de la photographe-poseuse, à peine voilée par un drap translucide, pourra également être lue comme un acte de délivrance – le spasme de l’accouchement ou bien celui de l’orgasme. Pour Aureline Roy, la réclusion volontaire en un lieu désormais voué à l’art n’en est pas une. Elle écrit : « Être enfermée, c’est aussi se rencontrer, se découvrir, se supporter ».

Visuel : photo d’Aureline Roy dans le cadre de sa résidence artistique à l’Établissement public de santé mentale Le Vivat d’Armentières en 2014.

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