Arts
Revival Dada à Londres : Man Ray à la National Portrait Gallery

Revival Dada à Londres : Man Ray à la National Portrait Gallery

20 février 2013 | PAR Soline Pillet

Deux événements simultanés mettent en lumière l’héritage dadaïste en ce début d’année : un hommage à l’influence de Duchamp sur les artistes américains au Barbican Centre , et l’exposition ‘Man Ray : Portraits’ à la célèbre National Portrait Gallery , première grande rétrospective sur cet aspect de l’œuvre du surréaliste américain.

Emmanuel Radnitsky, dit Man Ray, est associé à quelques images cultes et éternelles : le corps nu de Kiki de Montparnasse – sa compagne de l’époque – grimé en violon d’Ingres, le visage d’une femme orné de larmes de verre, deux bouches maquillées de rouge qui se confondent… Pourtant, l’œuvre de Man Ray est multiple et les médias qu’il utilisait, nombreux.

Rayographes

Ironiquement, cette rétrospective prestigieuse met à l’honneur une partie du travail de Man Ray pour laquelle il ne souhaitait pas être connu. C’est en tant que peintre et artiste Dada, avec ses ‘Rayographes’ – compositions photographiques abstraites faites d’objets posés sur du papier photo brièvement exposés à la lumière –  et autres procédés expérimentaux comme la solarisation qu’il souhaitait s’illustrer. Mais il gagna en notoriété grâce à la photographie de mode, entre autres pour Vogue, les portraits de célébrité et la publicité.

Duchamp

C’est à New York que Man Ray rencontre d’abord Marcel Duchamp, vers 1916. Il tente d’implanter le dadaïsme dans la Grosse Pomme avant de se rendre compte que les Américains ne sont pas prêts. En 1921, il décide de rejoindre Duchamp à Paris afin d’embrasser l’avant-garde qu’il ne trouve pas dans son pays natal. L’ultra sélectif cercle dada lui fait rapidement une place. Modèle et allié, Duchamp est très présent dans ses portraits, ainsi que son alter ego féminin, Rrose Sélavy.  Rrose s’illustre dans la parodie de publicité d’un parfum baptisé ‘Belle-Haleine, Eau de Voilette’ ou le fameux portrait où Duchamp apparaît méconnaissable sous les traits de Rrose, fardé et vêtu d’un manteau de fourrure.

Le Paris des années 20

L’exposition est surtout un témoignage historique de l’effervescence artistique d’une époque, sorte de longue soirée parisienne où défileraient les plus grands artistes de leur temps dans leur discipline respective. Outre les figures emblématiques du mouvement surréaliste, son cercle immédiat, dont une émouvante photo regroupant Dali, Yves Tanguy, André Breton,  Paul Eluard et compagnie, les stars de la littérature Hemingway et James Joyce ou encore Erik Satie sont également immortalisés par l’objectif du photographe. Man Ray fut le documentariste de deux décennies restées dans l’imaginaire collectif comme l’âge d’or de la création artistique, un âge où Jean Cocteau créait une pièce de théâtre informelle dont les costumes étaient signés Coco Chanel et les décors Pablo Picasso.

Si nombre de ses acolytes marquèrent l’histoire de l’art, Man Ray cultive par ailleurs la mémoire de ceux qui n’eurent pas le même destin. Ainsi découvre-t-on le sublime visage de Sonia Mossé, artiste pluridisciplinaire morte en déportation, dont il ne reste qu’une seule œuvre. Sur une photo à l’ambiguïté troublante, elle enlace avec insouciance Nusch, la femme de Paul Eluard.

Muses

Les femmes sont comme souvent centrales dans son œuvre. Sa relation avec Kiki de Montparnasse marque ses œuvres des années 20 et donne lieu à bon nombre de ses clichés passés à la postérité. Pourtant, c’est quand il s’amourache de Lee Miller (voir photo) en 1929 que ses portraits deviennent particulièrement inspirés. Il capture la beauté étonnamment contemporaine de la jeune mannequin et artiste américaine avec une fascination perceptible, signant là des portraits dépourvus de tout formalisme et éminemment artistiques.

New York, Paris, Hollywood… et Paris

Man Ray connut plusieurs vies, plusieurs périodes : New York, Paris, Hollywood et re-Paris. Les portraits de sa période hollywoodienne, où il se réfugia durant l’Occupation, sont anecdotiques et la superficialité qui en émane ne souffre pas la comparaison avec l’incarnation de ses œuvres parisiennes précédentes. L’exposition s’achève sur sa deuxième période parisienne, de 1951 jusqu’à sa mort en 1976, bien moins marquante que celle des années Dada. Quelques portraits attirent cependant l’attention dont un de la toute jeune Catherine Deneuve, pris en 1968. De Duchamp à Deneuve, c’est plusieurs décennies artistiques que cette figure éminente du dadaïsme puis du surréalisme traversa, cherchant à se réinventer jusqu’à la fin avec plus ou moins de succès. Il laisse une œuvre singulière et diverse mal connue du grand public, trop souvent limitée à quelques clichés surexploités.

 

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Soline Pillet
A 18 ans, Soline part étudier la danse contemporaine au Québec puis complétera sa formation par les arts visuels à l’Université de Brighton. Au cours de son apprentissage, elle participe à des projets éclectiques en tant que danseuse. Également passionnée par l’écriture, elle rejoint les bancs de la fac en 2007 afin d’étudier la médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle. C’est par ce biais qu’elle s’ouvre au théâtre, au journalisme, et à toutes les formes d’art. Aujourd’hui, Soline rédige un mémoire sur la réception critique de la danse contemporaine tout en poursuivant sa passion pour la danse et l’écriture. Après avoir fait ses premiers pas de critique d’art pour le site Evene, elle rejoint l’équipe de la Boîte à Sorties en septembre 2009.

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