Arts

Révélations au Grand Palais ce week-end : chaussures paysagées et sabre conceptuel

Révélations au Grand Palais ce week-end : chaussures paysagées et sabre conceptuel

13 septembre 2013 | PAR Sabina Rotbart

Grande nef du (trop) grand Palais hier, soir de vernissage, nous y étions. Un peu sceptiques, avouons-le, car le terme de métier d’art, évoque plutôt poussière d’archives et tradition figée. Erreur, grossière erreur.

Objets hallucinants, créateurs passionnés. La première Biennale internationale des métiers d’art qui se tient jusqu’à dimanche soir au Grand Palais peut servir d’antidote à la morosité dominicale.

Des souliers de Petit poucet
Nous y avons croisé Pierre Corthay, le bottier du sultan de Brunei. Un maître d’art, capable de réaliser des Richelieu, de très stricte facture, mais dont les flancs s’ornent d’un minuscule jardin zen. Avec des allées de petits cailloux qui couturent le daim vert. Pour Petit Poucet poétique sans doute.

Un sabre conceptuel
Jean-Noël Buatois, lui, forgeron hilare qui crée des couteaux très zen a carrément refusé de nous filer un dossier de presse sur son œuvre, connue internationalement. Aimerait-il se faire désirer ? Non, l’homme annonce préférer les rapports humains aux échanges virtuels. Comme beaucoup des artisans d’art présents ici, non pour vendre directement, mais pour d’abord se faire connaître.
Buatois présente sous la verrière des dagues hiératiques, des sabres minimalistes mais aussi, des objets susceptibles d’un usage plus quotidien, de superbes couteaux de table par exemple. Comme les Voltaire, croisement réussi entre une forme contemporaine et un cannage inspiré d’un motif XVIIIème. Il avoue sans trop se faire prier son idéal, créer un pur concept de sabre. Plus prosaïque, l’idée nous traverse de cadeaux à (nous) faire en fin d’année…
L’homme doué d’une incroyable faconde, affirme avec une pointe de coquetterie vivre au fond de la forêt, mais non sans son logiciel ! Lequel lui sert à dessiner les courbes du damas organique, une technique de son invention qui donne aux manches de ses couteaux un relief quasi pointilliste!

Un remake de Chardin, norvégien
A ne manquer sous aucun prétexte, le stand de la Norvège. C’est le pays invité d’honneur de ce salon conçu par les Ateliers d’Art de France pour développer la notoriété des savoir-faire français sur la scène internationale. La scénographie de Marianne Zamecznick, enveloppante, s’ouvre sur un remake contemporain de la Raie de Chardin. Mais ici les verres transparents des natures mortes hollandaises sont en miettes et le poisson bien réel, glacé.
Sur le stand norvégien, de formidables propositions. Une forêt de verre, aux couleurs de bulles de savon, soufflée par Andréas Engesvik, un village de céramique embaumant la conformité de Konrad Mehus, d’où émerge un couple différent peut-être ou le tapis exubérant d’Inger Johanne Rasmussen, tentative affolante pour construire une rose…

Une Bretagne pas bretonnante
Le Morbihan a conduit à Paris certains artistes qui travaillent près des flots rageurs de son rivage. Comme Aline K, déjà bien connue, dont les bagues transportent des châteaux forts, des créneaux, des arcades médiévales. Mais surtout une découverte, le très joli travail de Yasmin Yahya, née à Londres d’un père indien et d’une mère suisse. Cette artiste s’est mariée logiquement en Bretagne, quant à sa technique sublime, le Mokumé Gané, ou « rainure dans le bois » elle du Japon ! C’est notre coup de cœur on l’aura compris, d’autant que ses bijoux d’argent et fil d’or ou de cuivre s’enlèvent à partir de 180 euros.

Transmission du beau
Seul regret, le stand de Roland Daraspe, sans doute le plus grand orfèvre français vivant, disparait dans le décor trop vaste du palais. Une bonne raison pour aller le rencontrer à 14h30 samedi 14 et l’écouter parler de transmission entre maître d’art et élève. Une pratique débutante chez nous qui copie celle des trésors vivants japonais.

Sabina Rotbart

Visuels : La manufacture de Sèvres (c) Gérard Jonca.
La chaussure de Corthay (c) Pierre corthay

Infos pratiques

Manufacture des Abbesses
Théâtre de l’Atalante
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *