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Raija Jokinen à Trévarez

Raija Jokinen à Trévarez

01 mai 2022 | PAR Nicolas Villodre

Pour sa 11e édition, le rendez-vous de l’art contemporain en Bretagne Regard d’artiste a invité la plasticienne finlandaise Raija Jokinen qui, depuis quelques décennies, utilise la fibre de lin comme médium. Son œuvre récente, pour partie réalisée in situ, est à découvrir, du 30 avril au 9 octobre 2022, au domaine de Trévarez, dans le Finistère.

Cadre

Philippe Ifri, le directeur général de Chemins du patrimoine, Yann Le Boulanger, le directeur du Domaine et Noélie Blanc-Garin, la chargée d’événements culturels nous ont présenté l’artiste venue spécialement inaugurer l’événement ainsi que le château et le parc de 85 hectares sur lequel celui-ci est bâti. Le domaine « domine la vallée de l’Aulne depuis plus d’un siècle ». Cette demeure teintée de rose d’allure ancienne fut rêvée en 1893 par James de Kerjégu, homme politique fortuné natif du pays de Saint-Gozaec, et dessinée par l’architecte « historiciste » Walter-André Destailleur, très en vue à l’époque – à la Belle Époque.

Ces pénates néogothiques servaient de rendez-vous de chasse aux amis de Kerjégu et bénéficiaient du progrès technique et du confort idéal d’alors : d’une charpente métallique, de l’électricité produite par un générateur au charbon, du téléphone, de l’eau courante alimentant les salles de bain, du chauffage central, de deux ascenseurs fabriqués par la maison Roux et Combaluzier – l’un destiné aux châtelains et à leurs hôtes, l’autre dévolu au petit personnel. Réquisitionné par l’armée nazie, il ne fut pas épargné par les bombardements alliés et fut abandonné pendant de nombreuses années. Racheté par le Conseil départemental en 1968, il accueille aujourd’hui le public. Son premier étage est accessible et le vaste parc, labellisé « jardin remarquable », méritant  le détour, indépendamment des activités culturelles et artistiques qui s’y déroulent.

Tableaux

Raija Jokinen est une artiste dite « textile », adjectif qualificatif qui était (et est encore) quelque peu disqualificatif, l’activité du tissage ayant été classée dans la catégorie des arts appliqués ou mineurs, en principe réservés aux femmes, au moins depuis Pénélope. Raija a d’ailleurs appris à se servir de la machine à coudre maternelle de marque Husqvarna dès l’âge de cinq ans. Mais ce n’est qu’avec le temps qu’elle a pu passer de l’activité artisanale à celle aujourd’hui reconnue par le milieu artistique. Dans les années 1990, sa maîtrise d’art textile de l’Université d’Helsinki et sa fabrication de bijoux en fibre de lin sont suffisamment estimées pour lui permettre de participer à l’Exposition annuelle d’art miniature du Canada où elle est distinguée puis à quantité d’autres à travers le monde. Stimulée par la Néerlandaise Marian Bijlenga et l’Anglaise Maggie Henton, Jokinen passe aux grands formats.

L’exposition Raija Jokinen de Trévarez présente ses pièces récentes mais aussi d’autres datant déjà d’il y a quelques années. Ce qui nous permet de constater l’évolution de son style plus que de sa thématique, qui vise à relier l’humain au reste de la nature à l’aide de figures anthropomorphiques, d’êtres hybrides, mi végétaux, mi humains, de métaphores poétiques et de messages écolos. Sa technique est au point pour construire des marionnettes avec de la ficelle mais sans papier – si ce n’est dans la phase préparatoire des esquisses. Le dernier site de production de fil de lin ayant fermé dans son pays, elle se fournit maintenant en… Normandie, terre d’ancêtres vikings. Après avoir cerné les silhouettes à l’aide de grossières épissures, elle entre dans le détail, suggère un réseau sanguin et une musculature d’écorché pour fac de médecine, avec des fils rouges; elle fignole ses fines figures juxtaposant les fils sur une bâche au sol, en position assise, comme il se doit – en tailleur. Elle humidifie les structures et les solidifie avec de l’amidon naturel. Les anatomies sont en aplat, mais, transparentes, elles créent l’illusion d’une troisième dimension. Les visages sont mélancoliques, androgynes, angéliques.

Visuel : Raija Jokinen, Force of nature, 2022, photo : Philippe Robin, Domaine de Trévarez.

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Nicolas Villodre

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