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Plongée dans le bouddhisme japonais au Musée Guimet

Plongée dans le bouddhisme japonais au Musée Guimet

09 mai 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Les Galeries du Panthéon Bouddhique du Musée Guimet invitent le promeneur a découvrir la culture japonaise par le biais de la collection de Bernard Frank, titulaire de la Chaire de Civilisation japonaise dès 1979, disparu en 1996. L’exposition « Ofuda » met en écho les connexions entre le Peuple et le Temple en présentant la statuaire bouddhique collectionnée par Emile Guimet associée à ses représentations sous forme d’Ofuda, ces petits feuillets copiant fidèlement la statue que les fidèles achètent et emmènent chez eux. Une plongée dans l’histoire sociale et religieuse du Japon.

Le joli pavillon offre une exposition sur deux niveaux séparés par un majestueux escalier. La première partie se concentre sur les représentations de buddha. On découvre une hiérarchie captivante et sa traduction dans les petites images gravées. Le parcours commence naturellement par Shaka, le buddha historique, s’en suit un développement de la doctrine par ses disciples. Amida, Yakushi et Dainichi. Chacun est perçu comme ayant un pouvoir particulier. Yakushi est par exemple associé à la médecine. Une statue magnifique le présente une coupelle d’onguents dans la main. Les Ofuda servent alors à protéger de la maladie ceux qui choisissent d’emporter cette image avec eux. Du point de vu général, chaque temple associe à son culte un bienfait. Fertilité, succès , santé sont les éléments redondants.
Il est passionnant de saisir qu’il est impossible de parler de religion japonaise au singulier tant chaque temple semble avoir ses propres coutumes, les descendants de Shaka ayant suscité, à l’image d’Amida, des sortes de cultes proche du monothéisme. Proche des Buddah sont les Bodhisattva qui sont, par leur niveau d’éveil, des Buddah en puissance. Comme précédemment, chacun suscite des attributions de bienfaits particuliers.

La seconde partie offre un dédale impressionnant de statues et ofida rassemblant les images des divinités, des « apparitions circonstancielles » , des religieux éminents et des patriarches. Chaque statue a son histoire et son culte. On restera effrayé devant les « Godai-myôô : les « cinq Grand rois de Science ». Semblant jaillir des flammes, mine patibulaire, ils sont l’expression de la volonté du buddha de mettre tout en œuvre pour amener les êtres sur la Voie du salut, dût-il menacer les plus récalcitrants de sa colère terrifiante ». Les divinités sont elles des dieux et des déesses du panthéon japonais. Elles sont également vénérés. Contrairement au buddha, elles sont pris, comme les hommes, « dans le cycle sans fin des changements de destiné. » Elles sont une multitude. Notons la déesse Benzai-Ten aux huit bras qui apporte le talent littéraire, la nourriture, la richesse, les vêtements, la clarté d’esprit, la boisson, l’or, l’artisanat, l’accès, la réussite en amour, le transport, les désirs comblés et l’activité commerciale. Chaque temple la représente différemment, en lévitation, seule, entourée. Il est passionnant de saisir la circulation des symboles dans le temps et l’espace.

Cette exposition magistrale offre un regard exigeant sur une histoire qui reste méconnue. Par l’installation présentant la statue et sa représentation, le poids des Ofuda devient limpide. « Ofuda » apporte également un regard historique sur cette civilisation, en effet, lors de son entreprise de collection, Emile Guimet a rencontré un bouddhisme traqué par l’Etat voulant le dépouiller de toute superstitions païennes. On voit donc des œuvres typiquement indiennes se japoniser pour se fondre dans la masse culturelle. Les textes nombreux permettent de comprendre chaque œuvre présentée, il est nécessaire de prendre le temps nécessaire pour recevoir dignement ce beau travail.

Visuel  interieur:
Le bodhisattva Kokûzô. Hôrin-ji, Kyôto. 320 x 150 mm © Institut des Hautes Etudes Japonaises du Collège de France

Visuel en Une :
Kongôkai-dainichi, Mahâvairocana du Plan du Diamant Technique/Matière : bois (matière), doré (technique), métal (matière) Site de production : Japon (origine) Hauteur : 0.240 m. Localisation : Paris, musée Guimet – musée national des Arts asiatiques MG4662 ©RMN (musée Guimet, Paris) / Philippe Bernard


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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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