Arts

Paul Graham ouvre le Bal

Paul Graham ouvre le Bal

14 septembre 2012 | PAR Marie Pichereau

A l’occasion de son second anniversaire,le Bal, lieu parisien dédié à la photographie, a ouvert ses portes jeudi 14 septembre au travail du photographe anglais: Paul Graham. Figure majeure de la photographie contemporaine britannique. Rencontre.

« Une photo qui a pour but de capturer l’essence d’un moment, d’un personnage ou d’une situation souvent échoue, alors qu’une photo qui ne se veut rien de plus qu’un mémento peut étrangement y parvenir. Faire ce constat avec lucidité et sans préjugé permet d’aller plus loin, puisque rien ne s’établit de soi-même par la technique, les principes photographiques ou même la sincérité de l’intention du photographe ».

L’exposition de Paul Graham, utilise l’ensemble de la surface de la galerie. Elle se divise en trois lieux distincts. Au première étage, la genèse de son travail photographique, qui se situe au début des années 80. Dans la salle adjacente un recueil des différents livres illustrant ses photographies de 1980 à 2006. Dans le dernier espace situé à l’étage inférieur, sa dernière série de photographies: The Present. Ce parcours de l’artiste habilement scénographié par le musée, nous fait parcourir son évolution, allant de manière crescendo en débutant par des photographies d’ordre sociale assez timides vers des séries photographiques de rue sur très grands formats, illustrant la grande ville de New-york. Un voyage qui débute dans son Angleterre natal et qui s’achève dans la grande Amérique. Le travail de l’artiste rompt avec les principes photographiques de l’époque en instaurant un sujet alors neuf : le quotidien de la vie, les instants ordinaires.

On débute donc l’exposition avec les premières photographies prises par Paul Graham, alors jeune demandeur d’emploi. Cette série s’intitule: Beyond Caring. A l’aide de son appareil photo, qu’il pose à même le sol ou sur ses genoux; l’artiste capture des moments qu’il qualifie « d’ordinaires ». Le lieu de l’action se situe dans des locaux de l’aide sociale. En toile de fond, Paul Ghraham nous renvoie dans le contexte historique des années 80, avec Margaret Thatcher à la tête du gouvernement et le système de protection sociale britannique qui est en train d’imploser. Ces photographies sont sujettes à de très vives polémiques. Les scènes choisies sont très peu photographiées à cette époque, qui plus est ce genre de capture de la misère sociale n’avait jamais été dévoilée au grand public. Les premières oeuvres de l’artiste font donc rupture. Il instaure un choc entre l’utilisation des couleurs qui lui viennent des coloristes américains et la photographie sociale. Ajouté à cela, le cadrage qui se veut particulier puisque les photographies ont été prises discrètement par l’artiste qui n’avait (à cette époque) pas le droit de photographier les salles d’attentes et les couloirs du lieu. C’est l’invention d’un langage novateur en matière de misère sociale. L’exposition se poursuit et on y découvre les différents livres de l’auteur qui retracent tout son travail. Ses premiers clichés qui datent des années 1980-1990, puis le reste de son travail jusqu’aux années 2000. On découvre, un coffret composé de douze livres qui racontent son voyage aux Etats-Unis, ses rencontres et ses échanges. L’artiste présente American Night et Shimmer of possibility, les derniers travaux qu’il a exécutés (1998-2002, 2004-2006). Dans cet espace également, des livres de photographies qu’il qualifie « d’expérimentales », et toute son oeuvre numérisée sur des iPads. C’est un point important pour Graham, puisque le spectateur peut ainsi avoir accès à l’ensemble des ses travaux. Il peut également agrandir ou rétrécir les photographies à sa guise. Cela permet au spectateur d’avoir un regard plus poussé sur ses photographies, sur les détails, les couleurs et plus pertinemment sur la globalité de son oeuvre.

 

Crédit: Pichereau Marie

Dans le dernier espace qui lui est consacré, Paul Graham nous dévoile sa dernière série photographique intitulée The Present. Elles clôturent ainsi sa trilogie américaine qui prenait comme point de départ American Night et Shimmer of possibility. C’est un hommage à la photographie de rue. Les formats gigantesques sont positionnés de manière à ce que le spectateur puisse interagir avec ce flux interrompu d’images, d’instants capturés. Les photographies sont disposées sous forme de diptyque et de triptyque. Chacune très rapprochées, elles montrent une scène et son double avec une seconde d’écart entre elles. Ce flux dont nous parle l’artiste, est parfaitement palpable puisque les images placées les unes à côté des autres montrent la mouvance des ces instants ordinaires, toujours sublimés par une scénographie habile. Définitivement attachées à représenter le quotidien, ces images ne sont pas spectaculaires, encore moins travaillées. Elles sont prisent sur le vif. Critiqué sur le fait que ces photographies ne racontaient rien, Paul Graham conclut en expliquant que les gens attendent qu’il se passe quelque chose dans la photographie; lui non.

 

 

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