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Patagonie : un parcours entre réalité et fiction au Musée du quai Branly

Patagonie : un parcours entre réalité et fiction au Musée du quai Branly

05 mars 2012 | PAR Celeste Bronzetti

La représentation de la Patagonie, espace réel et imaginaire, est le sujet de la nouvelle exposition du Musée du quai Branly. L’idée n’étant pas tout à fait nouvelle, la mise en forme de l’exposition semble tirer son matériel des nombreuses légendes issues de découvertes géographiques du XVI ème siècle.

Ce qu’on apprécie toujours des expositions du quai Branly dérive d’un trait qu’on pourrait qualifier comme le fil rouge du style du musée : le goût pour tout ce qui touche au concept de frontière. Les nuances et les chemins que son utilisation peut entrainer sont d’ailleurs multiples; cette marque retrouve encore sa place à l’intérieur de Patagonie, un parcours construit autour des images et des cartes géographiques de ce pays aux traits flous, dont on a beaucoup écrit et rêve. La présentation de l’exposition semble déjà avouer une vision où l’imagination et la description seront définitivement emmêlées. Si les mythes originaires de cette région dérivent des premières explorations européennes, notamment celle de Magellan relatée par Pigafetta, où cette terre inconnue, et donc magique, semblait délimiter la fin du monde, les légendes et les inventions féeriques se sont nourries par la suite des récits et des relations de voyage suivants, en contribuant à créer un répertoire d’images et de croyances populaires dominées par des géants et des créatures fantasmagoriques. Tout en accordant à ces documents leur curiosité, on a la sensation, en suivant le parcours guidé, d’avoir déjà entendu parler de ces nouveaux mondes, dont la découverte inattendue ouvre la voie à l’imagination des artistes. On poursuit le parcours, de marque chronologique, et on a la sensation de connaitre déjà la suite: le naturalisme remettra les choses à leur place.

L’exposition nous montre en effet comment les explorations ne deviennent en effet systématiques, et plus rigoureuses du point de vue scientifique, qu’à partir du XIX ème siècle, quand à la Patagonie utopique de Nicolas Rétif de la Bretonne on commence à rapprocher des dessins descriptifs qui ont un but manifestement documentaire. La Mission scientifique du cap Horn signe les rapprochement définitif de l’observation à la réalité, en cohérence avec les courants naturalistes toujours plus influents à cette époque : les photographies des indigènes qui habitent ces terres commencent à se rapprocher à l’image de l’homme qu’on a en Europe, tout en étant aussi le matériel privilégié des premières recherches anthropologiques sur les rituels initiatiques typiques de ces populations.
De nos jours, c’est à travers la photographie, que les caractères d’étrangeté des contes et des images féeriques survivent: on signale en particulier les œuvres de Gomez Rovira et de Pastorino Diaz.
Avec Patagonie, le musée du quai Branly confirme la rigueur de son esprit de recherche et son goût du « passage » comme terrain d’observation privilégie, tout en restituant un parcours qui ne se distingue pas pour sa rareté.

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Celeste Bronzetti

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