Arts

« Oublier Rodin ? La sculpture à Paris, 1905-1914 », au Musée d’Orsay

10 mars 2009 | PAR Thomas

Auguste Rodin, le démiurge de la sculpture. Comment se frayer un chemin à l’ombre de ce géant qui, au sommet de sa gloire au XIX e siècle, occulta une bonne partie de cette scène artistique ? C’est ce que le Musée d’Orsay tente de démontrer en exposant nombre d’artistes qui, d’abord fortement inspirés du maître, ont ensuite essayé de s’en démarquer à tout prix.

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Wilhelm Lehmbruck, Grande Songeuse, 1913
© photo Christian Baraja

A partir du XIX e siècle Rodin s’impose dans toute l’Europe, un nom qui bientôt prédomine despotiquement au détriment des autres (artistes). Cependant, aux alentours de 1900, face aux statues très réalistes et expressives de Rodin, les sculpteurs aspirent à une plastique plus subjective, où ils mettraient dans leur oeuvre plus d’eux-même.

A travers cette exposition, le Musée d’Orsay nous invite à suivre l’évolution de ces artistes. Un parcours à thèmes, depuis le rodinisme jusqu’à la guerre. L’exposition commence avec les corps nus et anguleux à l’expression excessive de la période rodinienne. Puis, peu à peu, les silhouettes se lissent, adoptent des poses plus communes, et acquièrent une plus grande intériorité. Il n’est plus ici question de modeler avec exactitude le corps humain, mais d’impulser une émotion plus suggestive et intérieure. La Femme à la Mandoline de Zadkine où la Femme dit aussi Tristesse d’Archipenko montrent bien cette volonté de souligner un sentiment plutôt qu’une expression. L’artiste n’est plus loué pour sa grande maîtrise technique mais pour la place qu’il occupe entre son modèle et sa sculpture. Si Archipenko, Zadkine et Gaudier-Brzeska, dans cette partie intitulée Volume, rompent fortement avec la forme du corps humain, Lehmbruck façonne un entre-deux.

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Alexandre Archipenko, Femme assise,1912

© Archipenko Collection

© Adagp, Paris 2009

Lehmbruck est incontestablement au centre de cette exposition. Non pas parce que le Musée d’Orsay a choisi une de ses oeuvres afin d’illustrer son affiche publicitaire, mais car elles détonnent. Les corps sculptés par Willhelm Lehmbruck épousent la forme de l’anatomie humaine, ils pourraient presque être réalistes. Mais l’oeuvre est figée, le mouvement quasi-inexistant – corps raide et roide aux lignes d’une abrupte rondeur (Grande songeuse, 1913). Seule la tête semble véhiculer l’émotion, et peut-être les bras aussi. Quoi qu’il en soit ses sculptures surprennent. Ces corps inertes à l’expression faciale austère nous oppressent de tristesse. Lehmbruck réussit à exalter le sentiment sans pour autant détruire radicalement l’esthétique du corps. Il opère par là ce qui semble être un réel tour de force. On retrouve dans le thème suivant – « Ligne » – la même impression malgré un assouplissement des corps. C’est seulement dans « Guerre » que le sculpteur, confronté à l’horreur, abandonne cette émotion intérieure contenu pour l’exalter (Prostré, 1915).

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Wilhelm Lehmbruck, L’Agenouillée, 1911

© photo Christian Baraja

Lehmbruck est omniprésent par la taille et le nombre de sculptures exposées, mais d’autres artistes se distinguent également brillamment. Ah, brillamment oui, mais non pour parler de la Muse endormie de Brancusi, toute de doré revêtue qui attire sans conteste nos mirettes. Parlons plutôt de Matisse et de ses silhouettes atypiques, de l’opulente déesse en marbre de Josep Clarà, ou encore des sculptures d’Hoetger où les bassins s’esquissent subtilement afin de mieux souligner les poitrines. Citons encore l’audacieuse approche de Pablo Gargallo, très sphérique. Et surtout, notons la grâce, le mouvement tout en mesure, de la Danseuse de Henri Gaudier-Brzeska qui s’impose voluptueusement au milieu des statuettes exaltées de Joseph Bernard, Geogres Minne, et Rodin.

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Henri Matisse, La Serpentine, 1909

© Succession H. Matisse – photo François Fernandez

« Oublier Rodin ? La sculpture à Paris, 1905-1914 », au Musée d’Orsay, jusqu’au 31 mai 2009. Ouvert tous les jours sauf  le lundi, de 9h30 à 18h, et de 9h30 à 21h45 le jeudi. Tarifs : 8 euros – 5,50 euros.

Thomas Gérard

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One thought on “« Oublier Rodin ? La sculpture à Paris, 1905-1914 », au Musée d’Orsay”

Commentaire(s)

  • Maryvonne DELSART

    Une très belle expo ; tellement rares ces expos concernant la sculpture !!! ai pu la visiter en présence de mon prof de sculpture. Un grand moment.

    juillet 31, 2009 at 13 h 26 min

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