Arts
Naissance de la Chapelle Video de Saint Denis

Naissance de la Chapelle Video de Saint Denis

15 septembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’apprentissage de l’écriture est un élément clé dans l’entrée dans la conscience humaine. Pour sa première exposition, La Chapelle Vidéo de Saint -Denis a choisi « l’Effacement visible », une exposition uniquement vidéo ayant comme sujet la place de l’écrit.

L’écrit et la vidéo, le livre et l’image, les deux semblent de façon superficielle opposés. La ville de Saint Denis a pensé à transformer cette belle chapelle du XVIIIe, qui servait jusqu’en 1994 de tribunal, en un centre d’art. Située dans l’hyper centre, au tarif symbolique de 1 euro, tout est fait pour que les citoyens se sentent autorisés à pousser la porte de ce musée d’un nouveau genre. En effet, si l’art vidéo est présent dans toute l’exposition d’art contemporain, aucun lieu n’est à 100 % dédié à ce geste artistique qui a démarré dans les années 90.

Effacement Visible nous invite à entrer dans l’univers de sept artistes. Élise Florentine, trentenaire de Gironde s’est intéressée à l’ouvrage d’un neurologue russe, Alexandre Luria. Un patient n’avait comme seul repère une lettre, le K. Elle réalise un dessin animé aux allures de tracés d’architecte montrant les méandres de cet homme, en lutte, comme un boxeur avec ces manques dans l’accès au langage. La seconde œuvre est de loin la plus fascinante. Elle n’a l’air de rien au premier regard. « Préface à la cartographie d’un pays imaginé » d’Estefania Penafiel-Loiza est une performance. Pendant une heure, l’artiste a écrit à l’envers ce texte d’Henri Michaud, une fois la vidéo diffusée à partir de la fin, nous avons l’impression que sa plume efface. Véronique Aubouy fait elle entendre l’écrit. L’œuvre, « Proust lu 2003/2009 » dure près de 30 heures. Des lecteurs, de tous âges et de toutes origines se succèdent pour lire un extrait d’ A la recherche du temps perdu. Nous découvrons ensuite le travail de Masahide Otani. Japonais, il vit en France. Dans une scénographie cinématographique où il installe lumière et décor, il se met à écrire une phrase tirée du film Hiroshima d’Alain Renais : « tu n’as rien vu à Hiroshima ». Sans relâche, il l’a répété jusqu’à ce que la pluie efface en même temps qu’il écrit. Nous sommes face à l’impossibilité de se rendre compte quand on vient après un tel événement. L’exposition se clôt par trois œuvres de plus petites tailles. Frédéric Dumont propose « Text ». Sur un schéma aléatoire, les 26 lettres de l’alphabet vibrent pour former un poème fugace. En face, c’est « psychose », de Catie de Balmain. Elle a apprivoisé des pigeons pour arriver à leur faire engloutir des pâtes en forme de lettres sur l’objectif de sa caméra. Le résultat est parfaitement anxiogène. Tout aussi flippante est la dernière œuvre, celle du duo Grout/Mazeas, une phrase  » je hais tout le monde mec » prononcée par Mike Tison coule couleur sang.

L’ensemble donne à voir une exposition passionnante d’autant plus qu’aucun visiteur ne pourra sentir la même chose qu’un autre. Au moins deux œuvres ne sont pas visibles en une seule fois. Voici un parcours qui se dessine comme personnel et qui tisse un lien fort entre les artistes présentés. La trace, ici celle de l’écrit, comme symbole de la mémoire que l’on doit conserver, transmettre ou au contraire taire.

Visuel : Je hais tout le monde, mec, 2003, Grout/Mazéas

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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