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MP2013 : Aix en Provence brille par son Cadavre Exquis

MP2013 : Aix en Provence brille par son Cadavre Exquis

13 janvier 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Aix-en-Provence est l’un des phares de l’année Marseille Provence 2013. La belle endormie ne faillit pas à sa réputation d’intellectuelle en présentant une belle exposition au Musée Granet au cœur d’un parcours d’art qui ne brille pas par son originalité.

Le programme de Marseille Provence 2013 Capitale Européenne de la Culture 2013 joue les extensions méridionales. C’est pour cela que nous retrouvons Aix en Provence au programme. Pas de grande excitation à prévoir, car si  la ville se pare d’un parcours qui vient ponctuer les endroits clés de la ville : la Rotonde, l’IEP, le musée Granet ou encore la mairie, les oeuvres proposées ne brillent pas par leur originalité. Alors bien sur, Yayoi Kusama recouvrant les troncs des platanes de ses célèbres pois redonne au cours Mirabeau une vitalité perdue, faisant d’ Ascension of Polka Dots on Trees la plus pertinente des oeuvres de « L’art à l’endroit ».

Mais pour le reste ? Le « Monument », une statuaire publique de Xavier Veilhan dans la cour de l’Hôtel de Ville d’Aix-en-Provence joue la timide provoc’, on peut s’asseoir entre les corps en plastique rouge des dames ou sur le dos du monsieur, tout cela n’est pas très fulgurant. L’idée d’une confrontation art contemporain/ art classique  n’est pas neuve, on se souvient à quel point la statue de Jan Fabre riant dans le verger Urbain V avait à l’époque suscité l’irritation quand Avignon était la Capitale Européenne de la Culture en 2000. Ici, l’affaire est confortable permettant de visiter la ville aux 1000 fontaines autrement que par ses façades XVIIe.

Non, le vrai engagement dans Marseille Provence Capitale Européenne de la Culture 2013 vient d’une superbe exposition au Musée Granet intitulée Cadavre Exquis, suite méditerranéenne. « S’inspirant du jeu surréaliste du « cadavre exquis » dans lequel chaque participant réagit à l’intervention le précédant dans cette chaîne de création sans avoir connaissance de l’ensemble, le musée Granet invite des artistes aux multiples expressions artistiques (arts plastiques et visuels, chorégraphie, écriture et musique contemporaines, etc.) à participer à une composition collective. »

Ici, la place est donnée à la création dans une quasi parité, 6 femmes sur 15 artistes. Ils ont été choisis car leur travail naît dans le célèbre entre-deux rives.  Commandes originales, ces oeuvres réalisées sur une durée de deux ans — 2011 et 2012 — sont réunies et présentées dans une exposition riche et lumineuse.

Des sons des marchés de Géorgia Spiropoulos aux olives récoltées par des palestiniens dans un kibboutz israélien, filmés par Sigalit Landau, en passant par l’installation de Lia Lapith qui dresse une table de 17 couverts surplombée de la vidéo de ce dîner féminin dont le thème fut Aphrodite, la place de la nourriture n’est pas innocente dans l’exposition, un des thèmes chers à la Méditerranée.  Il y a cette volonté ici de transmettre un portrait identitaire, par l’artistique du territoire.

Qui dit territoire, dit circulation. C’est pour cela que la scénographie nous invite à la promenade, présentant un à trois artistes par salle. On y casse nos idées reçues. C’est ainsi que l’auteur Orhan Pamuk est ici dessinateur, livrant ses carnets intimes le représentant corbeau, en allusion au surnom que lui donnait sa maman. Car entrer dans le cadavre, exquis soit-il, vient bien sûr nous en dire long sur les angoisses et les mythes de chacun. Diana Al Hadid présente une Tour de Babel effondrée,  Bouchera Ouizguen vient chercher ses réponses dans l’inspiration des roches, dans une performance filmée où la chorégraphe déambule dans l’aridité.

La Méditerranée est ici prise comme un individu : ce qu’il mange, comment les femmes se couvrent ou se découvrent (Nouredine Ferrouki), comment il prie ( les danses soufies de Moataz Nasr), comment il se bat (Marwan Rechmaoui, Ilias Poulos), et finalement, comment, dans une ligne géopolitique, le vivre ensemble artistique est possible. Philippe Favier travaille autour de la photo délicatement découpée, il fait dans le tout petit pour qu’on s’approche. En perforant les visages sur sa frise, il rend l’humanité universelle.

Ainsi, une fois le parcours fini, nous avons rencontré 14 pays, représentés par 15 artistes mettant en scène un glossaire visuel qui fait entendre leur voix dans un pacifisme non simulé.

 

Visuels:

A la Une : Lia Lapith, Love Dinner (c) ABN

Page interieure : Rachel Feinstein,  Puritan’s Delight (c) ABN

 

Artistes : Nourredine Ferroukhi (Algérie), Lia Lipithi (Chypre), Moataz Nasr (Égypte), Carmen Calvo (Espagne), Philippe Favier (France), Ilias Poulos (Grèce), Georgia Spiropoulos (Grèce), Sigalit Landau (Israël), Fabrizio Corneli (Italie), Marwann Rechmaoui (Liban), Bouchra Ouizgen (Maroc), Sharif Waked (Palestine), Diana Al-Hadid (Syrie), Abdelwahab Meddeb (Tunisie), Orhan Pamuk (Turquie)

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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