Arts

Monet et l’abstraction, au musée Marmottan

17 juin 2010 | PAR Marie Lesbats

Monet et l’abstraction. En voilà une histoire. Ce thème infiniment riche est celui retenu pour la nouvelle exposition du musée Marmottan, en co-organisation avec le musée Thyssen-Bornemisza de Madrid et la Caja Madrid.

Lorsque le nom du peintre Claude Monet (1840-1926) est prononcé, à quoi fait-il penser ?
Souvent, sont citées ses séries. Sur les thèmes de la Gare de l’Est, de la Cathédrale de Rouen ou sur les meules de foin. Enfin, il faut penser à ses nombreux nymphéas, magnifiquement mis en valeur par la scénographie du musée de l’Orangerie. Est également évoquée, et trop souvent peut-être, la totale analogie de l’œuvre de Monet au au mouvement Impressionniste, qui tient son nom de son oeuvre Impression, Soleil levant, présentée au Salon des Refusés en 1874.

Mais qui s’intéresse à Monet, s’intéresse également à la grande innovation qu’il prodigua en son temps à la technique.  Une peinture, à la fin de sa vie, presque contemplative, brisant les conventions classiques. Une révolution. Car qui d’autre a su, par le pinceau, composer ces symphonies de couleurs ? Renoir, certainement. Qui a su rendre à sa manière ces éclaboussures de lumière ? Turner, assurément. Qui a su jouer de la forme, de la texture, comme Monet l’a fait ? Monticelli, incontestablement. Cependant, si d’éminents peintres du XIXème siècle ont brillamment concouru à développer les théories modernes, peu d’entre eux ont su anticiper les bouleversements du XXème siècle.

En présentant 44 tableaux impressionnistes et expressionnistes abstraits issus pour la plupart des collections du musée Marmottan Monet et de la fondation Thyssen-Bornemisza, l’exposition  « Monet et l’abstraction » propose un voyage dans la peinture pure, une immersion dans la matière, une confrontation  de chefs d’œuvres  qui  font s’entremêler fond et forme, couleur et lumière, geste et matière.

Les commissaires Jacques Taddei et Paloma Alarco ont fait le choix d’alterner les œuvres impressionnistes de Monet avec des peintures d’artistes expressionnistes américains ou européens – aussi divers que Kandinsky, Still, Rioppelle, Pollock ou Richter… – , en les présentant selon des thématiques propres. Ainsi, il apparaît que l’art de Monet, quelque peu mis au placard par les avant-gardes du début du siècle, ravive les curiosités d’artistes du milieu du XXème siècle, soucieux de dégager de nouveaux concepts picturaux ayant trait à la réduction chromatique – Mark Rothko – à l’architecture optique – Clyfford Still – ou encore au relief des structures – Nicolas de Staël.

Oscillant en permanence entre abstraction et figuration, l’œil du visiteur relit, redécouvre et réapprend à regarder les toiles de Claude Monet. Un Monet à multiples facettes, qui semble user de son pinceau comme d’une baguette magique. En témoigne cette vidéo, où l’on voit le maître jeter ses touches de couleurs, dans un va-et-vient incessant, de sa toile à son sujet , qui n’est  autre qu’une part de nature du jardin de Giverny ­, ­­là même où sont nés ses nymphéas.
Judicieuse également, la présentation de deux palettes de Monet encore toutes peinturlurées et qui semblent invoquer, à elles seules, le génie abstrait du peintre…

Images :
– Clyfford Still, 1965 (PH-578), 1965, huile sur toile, Madrid, musée Thyssen-Bornemisza
– Claude Monet, Glycines, 1917-1920, huile sur toile, Paris, musée Marmottan
– Gerhard Richter, Abstraktes Bild, See [Image abstraite, lac], 1997, huile sur toile, Baden-Baden, Museum Frieder Burda

« Monet et l’abstraction », jusqu’au 26 septembre 2010
Musée Marmottan Monet, 2 Rue Louis Boilly, XVIème arrondissement, M° Ranelagh
01 42 24 07 02, du mardi au dimanche, de 11h à 18h, nocturne le mardi jusqu’à 21h
Plein tarif : 9 €, Tarif réduit : 5 € (étudiants moins de 25 ans, amis du Louvre, …), Gratuit : moins de 8 ans

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Marie Lesbats

5 thoughts on “Monet et l’abstraction, au musée Marmottan”

Commentaire(s)

  • Alirob

    Mes yeux saignent ! Quand William Turner est mort, Monet avait 10 ans… Qui donc à influencé l’autre ? ;)

    juin 17, 2010 at 10 h 01 min
  • Marie Lesbats

    C’est juste. il s’agissait pour moi d’évoquer un artiste connu de tous, ayant travaillé sur les effets de lumière… Avez vous des suggestions, Alirob ? Que diriez-vous d’un Rousseau ?

    juin 17, 2010 at 10 h 09 min
  • Alirob

    Pour les éclaboussures de lumière, un Henri Martin pourquoi pas ! :)

    Ma critique n’était pas amère pour un sou, c’est juste qu’après cette vague Turnerienne à Paris il serait bon de tordre le cou à certaines rumeurs propagées par des vieilles dames fort inspirées à la sortie du Grand Palais :D

    Sinon très belle expo en perspective à Marmottan !

    juin 17, 2010 at 11 h 22 min
  • Marie Lesbats

    Je vois que nous avons le même avis quant à un certain type de public. A bientôt donc.

    juin 17, 2010 at 14 h 51 min

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