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Marina Mankarios : « Malgré sa mauvaise réputation, le plâtre est un matériau que j’aime beaucoup » (Interview)

Marina Mankarios : « Malgré sa mauvaise réputation, le plâtre est un matériau que j’aime beaucoup » (Interview)

02 mai 2022 | PAR Iseult Cahen Patron

Marina Mankarios expose actuellement à la Galerie Gaïa (Paris) dans le cadre de l’exposition collective Thermae. La sculptrice a accepté de répondre à nos questions concernant son parcours, son processus créatif et ses futurs projets.

Iseult Cahen-Patron (Toute La Culture) : Pour débuter cette interview, je souhaiterais revenir sur votre parcours. Comment en êtes-vous arrivée au moulage statuaire ? 

Marina Mankarios : J’ai commencé mon parcours à l’Ensaama (Paris) avec une Mise à Niveau, puis un BTS en design de produit. Je me suis assez rapidement sentie frustrée par la dimension trop pragmatique de la discipline, donc je me suis ensuite dirigée vers le DSAA métiers d’art de cette même école. À l’occasion des stages, j’ai pu travailler dans les différents ateliers de moulage parisiens (Atelier Prométhée, Ateliers Stéphane Gérard, Atelier Lorenzi). J’ai pu intervenir aussi bien sur des reproductions d’œuvres contemporaines qu’anciennes, en appréhendant le plâtre, les résines et les silicones. C’est à ce moment qu’est née l’envie de me réapproprier ces techniques à des fins créatives et personnelles, ainsi que mon attrait pour l’esthétique de la gypsothèque. . 

Votre travail traduit un intérêt pour la sculpture gréco-romaine que vous parvenez à rendre unique et singulièrement vôtre. D’où vous vient cette inspiration ? 

Je suis d’origine égyptienne. Je pense que mon goût assez large pour l’antiquité et la ruine vient de là. Surtout, au moment de mes questionnements et expérimentations techniques sur le moulage, la statuaire grecque s’est imposée. En effet, elle fonctionne comme un stéréotype et un point de repère sur lequel l’œil peut s’accrocher, malgré les déformations et perturbations que j’applique. C’est également une référence qui a l’avantage de toucher un large public. Enfin, la statuaire grecque présente une historicité par rapport à la dimension de copie et d’imitation, qui a été centrale dans mes recherches.

Quels matériaux vous intéressent le plus ? Quelles en sont les limites et les défis ? 

Je travaille de manière quasi-systématique avec le plâtre pour les tirages, et le silicone pour les moules. Malgré sa mauvaise réputation, le plâtre est un matériau que j’aime beaucoup. La prise est rapide, il laisse beaucoup de liberté, et en même temps présente une belle finition. Surtout, il ne présente aucune toxicité et peut se travailler à main nue et se prête à l’expérimentation empirique. Pour m’échapper parfois du blanc du plâtre, je réalise des patines d’imitations. Il s’agit d’un travail de vernis à la gomme laque, qui permet de donner des effets de faux métaux (bronze, bronze oxydé, or). J’aimerais varier les recherches au niveau des matériaux, et me diriger par exemple vers des pièces en céramique, dont l’étanchéité me permettrait de proposer des objets.

Vous exposez actuellement à la galerie Gaïa à Paris dans le cadre de l’exposition collective Thermae. Comment percevez-vous cette mise en écho de vos œuvres avec d’autres médiums et d’autres artistes ? Cela nourrit-il des idées pour de futurs projets ? 

J’aime beaucoup les expositions collectives. Je trouve que ça permet toujours de donner une nouvelle perspective à son travail. Il est toujours très beau de voir comment un même thème peut être travaillé avec des sensibilités et des subjectivités différentes. Ça me donne envie de poursuivre l’expérience et de voir comment mes pièces peuvent réagir avec d’autres artistes qui travaillent la réinterprétation.

 
 
 
 
 
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Pouvez-vous nous raconter l’histoire d’une de vos œuvres ? 

Je vais vous parler du Tétris Antique, qui est peut-être l’œuvre qui me tient le plus à cœur. L’idée est venue de l’envie de travailler le fragment d’une nouvelle manière. J’ai donc coupé un fragment antique dans une forme rectiligne, pour voir l’effet que ça donnait. J’ai taillé plusieurs morceaux, et l’idée du Tétris est venue. Il s’agit de connecter le fragment avec le jeu vidéo, rencontre qui prend sens dans le rapport à la construction et à la déconstruction.

J’aime beaucoup les œuvres qui ont un sens assez littéral et qui fonctionnent presque comme une blague. Cette pièce me permet d’assumer mes inspirations surréalistes, qui sont moins perceptibles dans mes autres travaux. À l’origine, je l’ai pensé comme un projet de photographie et de stop motion, que j’ai réalisé avec le photographe Benjamin Henon. Nous avons fait se déplacer les pièces à la manière des mouvements du jeu. Puis j’ai senti que je pouvais continuer de développer le projet et qu’il faisait sens de le figer dans un bas-relief.

Quelles sont les différentes phases de votre processus créatif ? 

D’un point de vue technique, mon processus présente de nombreuses étapes. Je commence par un modelage en terre, en copiant une sculpture d’après photo. Je réalise ensuite un creux perdu: une première étape de moulage qui me permet de sortir la pièce en plâtre. Sur ce plâtre, je réalise un moule en silicone, dans lequel je peux travailler ensuite très librement sur mes fragments. D’un point de vue créatif je travaille de manière assez instinctive et empirique. Par exemple, je ne fais jamais de dessins préparatoires. J’équilibre généralement les volumes et les lignes directement sur le plâtre.

Des projets à venir ? Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ? 

Je vais prochainement exposer à la galerie Sobering aux côtés de Mylène Jampanoi. L’exposition s’appelle Athènes n’est pas en Grèce, elle sera vernie le 12 mai et durera jusqu’au 17 juin. Je participe également au projet du Cercle de l’art. Le cercle est un nouveau modèle de soutien pour les artistes femmes, initié par la peintre Margaux Derhy. Il s’agit de proposer des œuvres à la vente de manière mensualisée sur 12 mois, avec pour objectif de se constituer un salaire. C’est également une communauté d’artistes qui s’entraident et se rencontrent. Ça a été une très belle expérience pour moi et pour les autres artistes, et je pense que le projet va continuer de s’étendre et mérite à être connu.

D’un point de vue créatif, j’ai envie de commencer à sortir de la Grèce Antique, et de commencer à travailler avec des modèles égyptiens. Ça ferait un écho plus direct à mes origines, et surtout, l’antiquité égyptienne présente une dimension magique et mystique qui donnerait une toute nouvelle dimension à mes productions. Ça sera aussi l’occasion de pousser le travail en couleur. Ce dont je rêve pour la suite, c’est de faire des résidences à l’étranger. Je pense que les immersions créatives sont le meilleur moyen de se donner le temps de faire avancer ses recherches.

Visuels : ©Philippe Bucamp/Marina Mankarios

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