Arts

Marie Laurencin au Musée Marmottan-Monet : une exposition pour un public cible ?

Marie Laurencin au Musée Marmottan-Monet : une exposition pour un public cible ?

20 février 2013 | PAR Géraldine Bretault

Plus de cinquante ans après sa disparition, le Musée Marmottan s’efforce de rendre hommage à une artiste à l’aura trop longtemps occultée, d’après le commissaire de l’exposition Daniel Marchesseau. Nous avons assisté au vernissage de cette première rétrospective dans un musée français.

Si l’hommage rendu à Berthe Morisot semblait une évidence, la peinture de Marie Laurencin ne fait pas toujours l’unanimité. Certes, elle fut la compagne d’Apollinaire, la muse et l’amante d’Henri-Pierre Roché, ainsi qu’une figure de la vie mondaine pendant les années folles. Cela ne saurait suffire à réhabiliter sa peinture. Elle-même le disait : « Si je ne suis pas devenue peintre cubiste, c’est que je n’ai pas pu. Je n’en étais pas capable, mais leurs recherches me passionnent. ».

Pourtant, en traversant les salles lumineuses du musée Marmottan, baignées par la vibration des derniers nymphéas de Monet, nous espérions en apprendre davantage sur le parcours de celle qui demeure une des rares femmes à mener une carrière de peintre dès le début XXe siècle. La déception n’a eu d’égale que le caractère répétitif de l’œuvre de Marie Laurencin.

Sagement rangées dans l’ordre chronologique, les toiles se suivent sans répondre à d’autre enchaînement logique que celui du catalogue raisonné. Foin de lecture thématique, transversale. Or peut-être aurions-nous pu mieux comprendre l’intelligentsia parmi laquelle la peintre évoluait, en regroupant les portraits mondains, ou au contraire mieux plonger dans ses sources d’inspirations littéraires, lorsqu’elle met en scène l’amour courtois devant de naïfs chateaux.

Las, nous restons sur notre faim, devant cette illustration du bottin mondain de l’époque. Nous aurions préféré mieux comprendre l’importance du saphisme au cœur de son œuvre, par exemple, ou ressentir le poids de l’exil, la découverte de Goya, ou encore ses rapports avec le monde du spectacle.

Un indice attire toutefois notre attention : la majeure partie des œuvres provient de l’unique musée consacré à Marie Laurencin, qui se trouve… à 200 kilomètres au nord de Tokyo (le musée détient toujours la collection, suite à la fermeture des locaux en septembre 2011). En effet, le public nippon raffole de la peinture de Marie Laurencin, dont les couleurs pastel lui semblent le comble du raffinement à la française. Les visiteurs du musée, essentiellement japonais et américains, ne devraient donc pas bouder leur plaisir…

 

Crédits photographiques :

Les danseuses, vers 1939 © adagp, Paris, 2012
La vie au château, 1925 © adagp, Paris, 2012

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

One thought on “Marie Laurencin au Musée Marmottan-Monet : une exposition pour un public cible ?”

Commentaire(s)

  • le musée du JApon est fermé depuis 2011
    merci pour votre article
    A bientôt
    JA

    février 21, 2013 at 10 h 05 min

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