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Marcel Breuer, design et architecture à la Cité de l’architecture : une rétrospective ordonnée

20 février 2013 | PAR Géraldine Bretault

S’il ne devait rester qu’une pièce emblématique de l’œuvre de Breuer, ce serait bien entendu le fameux fauteuil Wassily, ou B3, premier meuble réalisé en acier tubulaire. Pourtant, Marcel Breuer se considérait avant tout comme un architecte. Tentant de rétablir l’équilibre entre ces deux volets de l’activité de ce visionnaire, la Cité du patrimoine accueille une exposition clés en main du Vitra Museum.

Comme tout est bien ordonné, sous la voûte aux pierres apparentes du sous-sol du palais de Chaillot. Chaque niche latérale accueille plusieurs spécimens de mobilier, dans un des différents matériaux explorés par le maître – aluminium, bois massif, acier, contreplaqué -, tandis que sur des tables centrales, trônent les maquettes de ses plus belles réalisations architecturales, réparties en trois catégories : espaces (églises), volumes (constructions massives) et maisons (dont les siennes). En fond de salle, quelques éléments récurrents de son vocabulaire architectural sont encore explicités : le cantilever (ou porte-à-faux), le rectangle couché, le jeux sur les textures et enfin les formes cristallines.

Au-delà de l’évident souci de clarté muséographique, se dessine avant tout la personnalité d’un homme fondamentalement rationnel. Dans la salle vidéo consacrée aux réalisations françaises de l’architecte, on le découvre dans un entretien filmé de cinq minutes, répondant dans un français maîtrisé à des questions sur la nature de son travail architectural : il répond par une tentative de classement de sa production selon cinq catégories… Nous découvrons aussi que tous ses meubles répondaient à des noms de codes précis, généralement avec un B pour Breuer, et étaient méthodiquement répertoriés dans des catalogues.

Et oui, Marcel Breuer est un des premiers élèves-devenus-maîtres de la célèbre école du Bauhaus, et en tant que tel, il est animé par les principes fonctionnalistes, qui le marqueront au fer rouge pour l’ensemble de sa carrière. Une intéressante vidéo retrace d’ailleurs en début de parcours l’aventure du Bauhaus, soulignant le choc culturel que représentait le dogme de l’école dans une Weimar alors encore très conservatrice.

Pourtant, après la dissolution du Bauhaus, c’est par le biais de l’exil en Angleterre puis aux États-Unis que Marcel Breuer réalisera enfin ses ambitions : concevoir non plus des meubles, ni même des intérieurs pour ces meubles, mais des maisons abouties et des infrastructures publiques pour accueillir sa vision moderniste de l’espace. Son influence sera d’autant plus grande dans l’émergence du Style international, qu’il enseignera un temps à Harvard, par l’entremise de Walter Gropius. Si ces maisons nous touchent par le souci qu’a Breuer, toujours si sensible aux matériaux, de mettre en valeur les pierres locales et les traditions vernaculaires, c’est toutefois son génie dans le maniement du béton qui continue de nous surprendre. Le magnifique Whitney Museum, à New York, en est bien sûr un célèbre exemple, avec son porte-à-faux qui semble défier les lois de la gravité, non dénué de sensualité ; mais il faut citer aussi la majestueuse église St Francois de Sales, à Muskegon dans le Michigan, ou encore la Bibliothèque centrale d’Atlanta.

En France, outre la salle plénière du siège de l’Unesco, Breuer a cédé à l’appel de la montagne, participant, comme Charlotte Perriand avant lui aux Arcs, à l’aventure de la création d’une station de sports d’hiver. Si Flaine compte aujourd’hui de nombreux détracteurs, qui déplorent l’usage omniprésent du béton dans ce cadre naturel, Breuer a aussi associé son nom à la conception de la ZUP de Bayonne, les Hauts de Sainte Croix. Récemment rénové, le quartier innovait à l’époque par une conception originale, qui remettait de la vie à la périphérie autour d’un centre délibérément vide, et donc ouvert.

Une exposition très claire, indispensable pour redonner à Marcel Breuer la position qu’il mérite, et saluer son audace dans tous les domaines.

Crédits photographiques :

(en une) Fauteuil B3, structure d’acier tubulaire, édité par Standard Möbel, 1927 © Photo Thomas Dix
Fauteuil en lattes de bois, ti1a, 1924 © Photo Thomas Dix
Maison Robinson, Williamstown, Massachusetts, 1947-48 © Photo David Sundberg
Appartement témoin dans le lotissement du Werkbund suisse « Neubühl », Zurich, vers 1934 © Photo Hans Finsler

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, créatrice et traductrice de contenus culturels. Elle a notamment collaboré avec des institutions culturelles (ICOM, INHA), des musées et des revues d'art et de design. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France, elle a obtenu la certification de l'Ecole de Traduction Littéraire en 2020. Géraldine a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, dans les rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle a travaillé en tant que docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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