Arts

Majestueux Dogon au Musée du Quai Branly

Majestueux Dogon au Musée du Quai Branly

04 avril 2011 | PAR Yaël Hirsch

Orchestrée par Hélène Leloup, spécialiste de l’Art dogon, l’exposition qui ouvre ses portes le 5 avril au Musée du Quai Branly est la première rétrospective depuis plus de 0 ans en France, alors même que ce sont des ethnographes français qui ont impulsé l’intérêt de l’Occident pour les dogons au début du 20e siècle… Avec une scénographie pédagogique et épurée, plus proche de celle du Louvre que du Quai Branly, ainsi qu’une sélection d’œuvres venues des plus grands Musées du monde, « Dogon » est un évènement exceptionnel à ne pas manquer avant le 24 juillet.

Le plateau Dogon ou falaise de Bandiagra est situé au centre-est du Mali, non loin de la frontière du Burkina-Faso. Territoire luxuriant jusqu’au XIIIe siècle,  lieu d’asile pour plusieurs tribus pourchassées (les Djennenkés du Ghana fuient les Almoravides au Xie siècle, les Dogon-Mandé quittent Mandé, au Mali lors de l’islamisation du XIVe siècle), et donc riche de près de 1 000 ans d’Histoire, ce territoire se trouve à l’interface de plusieurs cultures.

La première grande salle de l’exposition « Dogon » met en valeur ces richesses culturelles du pays Dogon à travers 133 sculptures réparties selon les tribus qui les ont forgées. Cette répartition est géographique et permet le long d’une carte de situer les Pré-Dogons (déjà présents sur la falaise au Xe siècle : Tellem, Tonbo et Niongom), les Dogons : Djennenkés (et leurs sculptures aux visage minces et yeux protubérants) et  N’Duleri (et leurs sculptures très raffinées, voir la photo d’une Maternité du XVIIIe siècle ci-contre), et  Dogon-Mandé (au style géométrique). Si au Nord, les Tintam représentent des scènes de la vie de tous les jours, les Bombou-Toro adoptent un style plus religieux et les Komakan schématisent les corps. Enfin, les personnages honteux aux visages ronds et aux longs membres pliés des Kamabari sont tout à fait saisissants. Parmi les sculptures présentées très simplement sous vitrines (et qui font penser au Louvre, porte des Lions) on retrouve bien sûr des chefs d’œuvre du Louvre, du Quai Branly ou du musée Dapper, mais aussi du Metropolitan, du musée de la Nouvelle Orléans ou de collections particulière.

La deuxième partie de l’exposition revient brièvement sur la fascination française pour les dogons dans le premier 20e siècle. Dès 1904, en vue de l’ouverture du musée d’ethnographie du Trocadero, Louis Desplagnes se rend sur place. Il en rapporte des peintures rupestres rapportées du village de Songo (exposées au musée du Quai Branly) et écrit la première étude sur les dogons : » Le plateau central Nigérien », en 1907. Dans les années 1930, Marcel Griaule conduit la mission Djakar-Djibouti, connaît un franc succès avec son « import » parisien de la cérémonie des masques à l’expo coloniale de 1931; il retourne plusieurs fois en pays dogon, et fait parler la mémoire locale : Ogotemmêli (Texte des entretiens, ici). La collection de masques dogons de Marcel Griaule est exposée avec mise en scène et beaucoup de goût.  On peut en voir 35, aux  yeux carrés et qui imitent des sortes de tours (masques kanages) et des totems d’animaux. L’ethnographe avait dénombré 68 types de masques, que portaient tous les hommes circoncis lors de cérémonies spéciales : les dama (levées de deuil) et les Sigui (célébration de la révélation de la parole aux hommes et rappel de la mort du premier ancêtre qui a lieu tous les 60 ans). Ces cérémonies donnent lieu à des danses qui ont durablement frappé le public européen.  Jusque dans les années 1980, les ethnographes et anthropologues français sont demeurés les spécialistes de la région,avant que des ethnologues africains se penchent sur les dogons. Le film de Jean Rouch, » Le Dama d’Amabarra » (1974) fait partie intégrante de cette tradition française et l’extrait de 35 min projeté au Musée du Quai Branly permet au visiteur de voir une danse des masques, décrite dans la langue exceptionnelle de Marcel Griaule.

La dernière partie de « Dogon » présente dans des salles feutrées aux vitrines opulentes 140 objets à la fois quotidiens et  sacrés : on y apprend comment les dogons travaillaient le fer et comment les mythes investissaient leur quotidien.

L’exposition semble se terminer sur un linceul (tissu pour envelopper les morts, appelé Uldebe ou Bamba) et l’idée que la colonistaion, la progression du monothéisme musulman et enfin  le tourisme ont transformé la spiritualité dogon en tradition ou en culture que les habitants du plateau ont récemment réinventé.

Encore une fois, le Musée du Quai Branly ouvre à son public tout un univers peu ou mal connu et absolument fascinant. Élégante et didactique, l’exposition « Dogon » est à la fois un voyage et une invitation à la connaissance.

En lien avec l’exposition Dogon, le Musée prévoit un « Bamako sur Seine » pour les jeunes et les mois jeunes pendant les vacances de printemps du 17 au 25 avril (programme, ici).

Et le 8 avril, ne manquez pas la performance « Mali Binu » (17h-19h), au cœur de l’exposition.

 

Sidaction, 17 ans de lutte
Numerocinq, le nouveau bar à vin du Canal Saint Martin
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

3 réflexions au sujet de « Majestueux Dogon au Musée du Quai Branly »

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *