Arts

Les Archives de Walter Benjamin au MAHJ

12 octobre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Les archives du  traducteur et philosophe Walter Benjamin (1892-1940) s’exposent au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme. Lettres, photos et documents venus de l’Akademie der Kunste de Berlin sont comme d’habitude au MAHJ exposés avec goût et intelligence pour rendre hommage à la personnalité de collectionneur de Benjamin et rendre compte de son implication dans les réseaux philosophiques et artistiques de l’exil juif-allemand des années 1930. Jusqu’au 5 février 2012.

Né à Berlin dans une famille juive aisée et assimilée, traducteur important (notamment de la « Recherche du temps perdu » en Allemand), penseur hétérodoxe (« Critique de la violence », 1921, « La tâche du traducteur », 1923, « L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique », 1935, « Thèses sur le concept d’histoire », 1940), Walter Benjamin a été proche en même temps du matérialisme historique de l’école de Francfort (Adorno/ Horkheimer) et de la quête spirituelle de Gerschom Scholem. Inclassable, fascinant encore aujourd’hui de nombreux penseurs, son histoire tragique et notamment son suicide à la frontière espagnole en 1940 après avoir échoué à quitter la France occupée, font de lui une figure symbolique du 20e siècle. L’objectif de l »exposition de ses archives au MAHJ est de « montrer la manière dont le penseur allemand organisait, préservait et inventait ses propres archives à mesure de ses recherches ». Pour un intellectuel dont l’œuvre quasi-intégrale a été publiée post-mortem, le sauvetage et le classement des manuscrits est une question essentielle.

A travers plusieurs centaines d’objets (manuscrits où l’on (re)-découvre son écriture méthodique et serrée, articles de journaux, cartes postales, carnets de notes, photographies…) le MAHJ entre dans l’esprit d’un collectionneur. La première salle de l’exposition affirme avec goût dans de jolies caisses de bois le caractère méthodique, mais également joueur à la limite de l’enfantin, de Benjamin. Dans ces caisses-vitrines, jeux de mots, répertoires, lettres, et un peu plus loin, portraits, photographies, cartes postales, recréent l’univers de Benjamin. La plupart de ces documents semblent recréer la matière première du grand livre que Benjamin n’a jamais achevé : son grand œuvre sur les passages parisiens et les fondements de la Modernité. Partant du « baroque de la banalité », Benjamin cherchait à montrer les fantasmagories de ses contemporains. Pour aller au-delà, il pensait qu’il fallait se faire « pêcheur de perles », partir à la recherche d’une aura qui se dégagerait de certains objets et permettrait de mieux remonter le fil de l’histoire.

Cette histoire il l’a repensée penché seul sur des livres, mais aussi en dialogue avec certains amis et pairs. Et l’exposition des archives de Walter Benjamin montre combien, dans son exil parisien, Benjamin a toujours entretenu des relations intellectuelles essentieles. Ses principaux interlocuteurs sont représentés, chacun sur un panneau de bois, avec un portrait d’eux, un texte de benjamin auquel ils ont indirectement participé et quelques éléments de leur correspondance. Ainsi, sa sœur Dora a retranscrit son dernier essai « Sur le concept d’Histoire ». Scholem a beaucoup encouragé Benjamin à se pencher sur l’Hébreu et a été avec Hannah Arendt, celui qui s’est chargé de faire publier son œuvre après sa mort. Plus jeune que Benjamin, Adorno s’est cependant retrouvé  souvent dans une situation de pouvoir, notamment lors de la commande d’articles pour la revue Zeitschrift für Sozialforschung. La femme d’Adorno, Gretel, ainsi que son collègue, Marx Horkheimer, soutenaient également un dialogue amical avec Benjamin. Compagne de lecture en salle Labrouste de la la BNF, la spécialiste de photographie Gisèle Freund a également été une proche amie de Benjamin. Enfin, la libraire de la « lost generation », Adrienne Monnier, l’a aidé à quitter le camp de Nevers où il a été interné au début de la guerre.

Une très belle sélection de vidéos permet de découvrir quelques uns de ses proches parler de Benjamin après sa mort, notamment Arendt et Adorno.

Enfin, pour ceux et celles qui sortiraient de l’exposition en ayant envie de plonger dans la pensée même de Benjamin, le MAHJ organise toute une série de rencontres avec de grands spécialistes internationaux tels Bernd Witte, Jean Lacoste ou encore Pierre Bouretz. Tout le programme est ici.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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