Arts

Le Vietnam d’Henri Huet à la MEP

Le Vietnam d’Henri Huet à la MEP

09 février 2011 | PAR Yaël Hirsch

De père français et de mère vietnamienne, Henri Huet a couvert pendant 6 ans pour l’Associated Press la guerre du Vietnam. Mort à 43 ans dans un accident d’hélicoptère le 10 février 1971, avec le photographe Larry Burrow de Life Magazine, Henri Huet a laissé des clichés en noir et blanc qui font désormais partie de la mémoire collective. Pour le 40e anniversaire de sa mort Associated Press et la Maison Européenne de la Photographie exposent jusqu’au 3 avril 70 photos d’Henri Huet. A la fois sobres et intimes, puisque Huet immortalisait son pays dans la violence des armes, « Henri Huet, Vietnam » est une exposition incontournable de ce début d’année 2011.

Horst Faas, le directeur des opérations photographiques d’Associated Press au Vietnam a pu dire d’Henri Huet qu’il « allait à la guerre comme on va au bureau, au moins cinq jours par semaine, et cela chaque semaine ». Parus dans les plus grands magazines de l’époque, et désormais présents dans tous les livres d’Histoire les clichés d’Henri Huet sont connus de tous. La rétrospective que propose la MEP met en avant 70 photos, qui frappent par le mélange de la violence et de l’intime. Né en Indochine, avant d’être envoyé pour ses études en France, où il a suivi les Beaux-Arts de Rennes, Henri Huet photographiait en fait son pays quand il se trouvait sur le front comme reporter de guerre. Huet sait par exemple photographier les grands yeux noirs d’enfants vietnamiens qui ne comprennent pas ce qui se passe, avec en arrière plan l’ombre de soldats en uniforme.La puissance de ces témoignages exceptionnels vient avant tout de leur sobriété. Si l’art d’Henri Huet confronte directement à la violence (les deux soldats blessés d’An Thi qui ouvrent l’exposition), le noir et blanc confère à ses photos une sobriété respectueuse des souffrances et de l’incompréhension de la population vietnamienne. Aux antipodes des mises en scènes dramatiques de reporters de guerre comme Alexandra Boulat (voir notre critique), la  tempérance choisie par Huet souligne d’autant mieux la barbarie, qu’elle respecte les visages, les corps et leurs mystères.

Une exposition émotionnellement forte et historiquement passionnante, pensée et organisée par des amis du photographe et mise en perspective par l’accrochage de quelques autres photos prises au Vietnam par des collègues d’Henri Huet.

 

Visuels

Affiche:  An thi, janvier 1966, copyright Henri Huet

Grand format : Nord-Ouest de Saigon, mars 1967, copyright Henri Huet

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Hervé Guibert Photographe
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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