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Le Transpalette et l’exposition SOFTPOWER, des problèmes de société à travers l’art textile

Le Transpalette et l’exposition SOFTPOWER, des problèmes de société à travers l’art textile

06 novembre 2018 | PAR Quentin Lazeyras

Dans la friche « Antre Peaux » de Bourges, l’exposition SOFTPOWER de Julie Crenn a investi les lieux du Transpalette. Avec un travail des arts textiles approfondis, 26 artistes français.es et internationaux.ales permettent la présentation de plus de 40 œuvres contemporaines et attachées à trois problématiques : l’engagement féministe, l’histoire et la représentation des corps noirs et l’expérience de l’exil.

Cette exposition est la synthèse d’une thèse, qui porte sur les pratiques textiles contemporaines. Cette recherche doctorale menée à l’université Bordeaux 3 entre 2007 et 2012 par Julie Crenn, évacue les dimensions fonctionnelles et décoratives des matériaux textiles, au profit d’une analyse critique, poétique et politique. En passant de la déconstruction des masculinités au choc des classes,  sans oublier l’empowerment des modes de représentation, les artistes venus des quarte coins du globe tissent avec les fils les matières et les fibres leurs histoires, leurs expériences et leurs démarches critiques.

Le corpus généreux d’artistes offre une multitude de de techniques,de supports de matériaux et de pratiques en utilisant le textile et les œuvres comme support d’expression de lutte et d’engagement. Les différents.es créateurs.rices mettent à l’honneur la broderie, la couture, le crochet, le tricot ou le quilting qui sont devenues avec le temps des pratiques artistiques à part entière. Pourtant dans les années 1960, les artistes féministes utilisaient ces techniques comme réappropriation des pratiques féminines, cantonnant les femmes à leur condition.

Rapidement dans l’exposition, l’expression de l’engagement féministe des œuvres apparaît. On peut ressentir la difficulté de ne pas faire de cette exposition, un cliché de l’art à travers un regard et une représentation de la féminité pure. Face à l’entrée du Transpalette, se trouve l’oeuvre « Ar(t)mure pour l’artiste ». Une armure de 250x150x30cm que s’est fabriquée Raymonde Arcier pour faire face à la hiérarchisation et patriarcat présente dans le monde de l’art. Ensanglantée et parsemée de gros clous, sa protection en maille primaire reproduite à la main fait ressentir la difficulté de se positionner face à l’ordre social et artistique établi dans le monde de l’art mais aussi dans la société. D’un autre côté d’autres artistes comme Ghada Amer née au Caire et arrivé à paris à l’âge de 11ans, affiche et met en avant la Femme avec un rapport sans complexe à sa sexualité, qui se doit d’être libre et libérée. En mêlant, acrylique et broderie, Ghada Amer, laisse libre court à l’interprétation de chacun face à ses diverses représentations du corps féminin, en y ajoutant un côté féminin assumé. L’engagement féministe et l’activisme de ses toiles traduit et rappelle l’idée de Julie Cernn de montrer difficulté des Femmes à appartenir au monde de l’art d’autant plus lorsqu’il est contemporain: « Je ne savais pas […] que tous les peintres célèbres étaient des Hommes. […]J’ai décidé de parler de ça et de faire de la peinture en même temps. Ce que je fais. C’est peindre avec la conscience que je suis une femme ». (D as in Drips : A conversation with Ghada Amer – Ghada Amer : Color Misbehavior)

L’histoire et la représentation des corps noirs a aussi un place importante dans l’exposition. Elle permet à travers de sublimes tapisseries, des sculptures complexes, ou des performances remarquables, de retranscrire l’importance de re-adapter l’interprétation occidentale de l’histoire et de la représentation des corps noirs. À travers des œuvres engagées comme celles de Hassan Musa, des œuvres représentants des utopies à l’image de celle de Athi Patra Ruga, ou des performances visuelles, l’exposition soulève évidemment la question raciale avec un axe rarement aussi bien abordé.

Babi Badalov, artiste originaire d’Azerbaïdjan vit et travaille à Paris depuis plusieurs années. Ses œuvres sont l’un des premiers ancrages de l’expositions sur le thème de l’exil. Après avoir vécu en Russie puis à Cardiff au Royaume-Uni, il obtient l’asile politique en France en 2011. Marqué par sa vies et ses expériences, cet artiste réalise des ensembles de peintures sur tissus à l’image de patchwork. Ces peintures pourraient être qualifiées de poésies visuelles tel qu’il les décrit lui même. En combinant des phrases ou images à caractère politisées, il critique et explique sa vision du monde ou de la société contemporaine avec un style simple mais personnel et communicatif.

L’exposition SOFTPOWER, est un superbe tour du monde de l’art textile contemporain exploitant des problématiques sociales actuelles et importantes. Le Transpalette, lieu hors du commun à Bourges collaborant avec l’ENSA (école d’art de la ville), accueille l’Exposition de Julie Crenn jusqu’au 19 Janvier 2019 du mercredi au samedi de 14h à 19h avec des visites guidées tous les premiers samedis du mois à 15h.

Crédits: Photo à la Une: Quentin LAZEYRAS – Photos d’article: Quentin LAZEYRAS

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Quentin Lazeyras

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