Arts
Le peintre Marco Bellini à la galerie Art&Miss jusqu’au 17 janvier

Le peintre Marco Bellini à la galerie Art&Miss jusqu’au 17 janvier

12 janvier 2011 | PAR Mikaël Faujour

Marco Bellini développe une œuvre peinte intense, spirituelle, centrée sur la figure, qui rappelle l’icône religieuse mais qui, sans la renier, ne s’inscrit pas pleinement dans cette tradition, ou bien alors l’excède. Une sélection de toiles est visible à la galerie Art&Miss, à l’occasion d’une trop courte exposition, qui dure jusqu’au 17 janvier.

À la faveur d’une promenade de galerie en galerie, qui cause d’ailleurs davantage de sourires navrés que d’exaltation (mention spéciale à Diers, à la galerie Duboys, et à ses onéreuses toiles d’un abstrait enfantin, aux relents d’expressionnisme abstrait et de Basquiat), voici une découverte qui soulève l’enthousiasme, qui touche à l’âme, loin des ratiocinations verbeuses des galeries voisines.

À la lisière de l’abstraction, Marco Bellini peint des visages semblant émerger d’une matière à l’état de chaos primitif, élémental. Intensément mystérieuses, méditatives, troubles, ses figures semblent des apparitions étranges, presque spectrales au milieu d’un espace mi-pierreux mi-organique dont elles ne se détachent qu’à peine en de vifs clairs-obscurs ou contrastes de couleur. De fait, les visages doivent souvent leur intense présence à ce qu’ils sont davantage suggérés que figurés descriptivement, ou de façon platement « réaliste ».

Le travail sur le matériau semble confirmer l’impression que cause l’œuvre achevée, cette impression qui saisit. L’artiste, au sens le plus traditionnel et le plus noble du terme, semble peindre comme on mène un combat, comme on conduit une ascèse : sa peinture est une lutte dont la matière, éparpillée, superposée, comme agitée et pareille à un monde en genèse, mais aussi le support même parcouru de griffures, portent et figent l’empreinte. Pour cela, Marco Bellini travaille non pas sur toile, mais sur bois, support qui là encore le relie évidemment à l’histoire de l’art religieux, mais surtout seul support envisageable : « Je peins sur bois (la toile ne résisterait pas aux gravures linéaires faites avec des outils tranchants), à l’huile ou à l’acrylique (chacun ayant sa temporalité propre), la première permettant par son temps de séchage une « méditation »longue, la seconde plus propice à la vision immédiate et beaucoup plus susceptible de saisir instantanément la vision autrement insaisissable ».

C’est par la grâce d’une découverte récente que ses œuvres atteignent ce caractère curieusement patiné, marmoréen parfois, cette planéité de miroir : « L’effet miroir révèle les tableaux tels qu’ils ont été conçus, c’est-à-dire « mouillés », en effet en séchant, ils perdaient autrefois leur brillance et leur profondeur (couleurs et contraste et s’opacifiaient ». Cet ajout final de la couche de résine donne aux toiles une planéité de surface, mais une densité et une épaisseur qui ont quelque chose de minéral, de mural parfois : les visages, comme des traces, semblent inscrits dans ce qui s’apparente à de l’agate ou encore du marbre. Ce qui n’est pas sans rappeler ce visage mystérieux, sans corps, peint sur tel mur de Pompéi (figure bachique ?), ou bien sûr la trace christique sur le voile de sainte Véronique.

Mais l’on a moins le sentiment d’avoir affaire ici à une peinture « chrétienne » qu’à une peinture mystique ; c’est-à-dire encore, non pas à une peinture reproduisant les formes traditionnelles de figuration ni les personnages religieux, mais  plutost enregistrant un mouvement intime, un élan spirituel, donc fatalement abstrait, intuitif, auquel seule la figure peut donner forme. Marco Bellini peint le mouvement de l’âme émergeant d’un chaos presque primitif, élémental, la lutte héroïque de l’âme pour la lumière. C’est d’une beauté pénétrante, puissante, qui vaut bien les plus beaux plans caravagesques du Scorsese de La Dernière tentation du Christ.

Où l’on constate encore une fois la grande sottise où s’est fourvoyée l’« art » refusant le « rétinien » que Duchamp prétendait avoir en horreur. Il y a bien plus de nourriture pour l’esprit dans une toile exécutée avec brio que n’en pourront jamais présenter les objets « conceptuels ». Qui a quelque chose à communiquer prête une attention capitale à la forme. Marco Bellini chérit la forme, la matière, la figure : car il sait comme les grands peintres religieux (ou pas d’ailleurs) que le chemin le plus direct pour atteindre l’esprit est la voie des sens.

Galerie Art&Miss
14, rue Sainte-Anastase
M° Filles du Calvaire (ligne 8) ou Saint-Paul (ligne 1)

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Mikaël Faujour

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