Arts

Le Flâneur investit le musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis pour la 4e édition de la chapelle vidéo

Le Flâneur investit le musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis pour la 4e édition de la chapelle vidéo

27 février 2013 | PAR Sandra Bernard

Le discret musée d’art et d’histoire de Saint Denis accueille dans sa chapelle trois oeuvres appartenant au Centre Pompidou dans la cadre de la quatrième édition de la Chapelle vidéo. Après Chemins faisant, voici venir le flâneur. La manifestation gagne ses lettres de noblesse puisque, grande nouveauté, Le Centre Pompidou prête des oeuvres grâce à une convention signée avec le département de la Seine Saint-Denis.

Comme toujours, le but est de confronter les points de vue artistiques autour d’un thème. Cette fois-ci, c’est l’artiste dans la ville. Elle fait écho à Chemins faisant [du 14 septembre au 5 novembre 2012], (Chapelle Vidéo #3) proposant des œuvres de la Collection départementale d’art contemporain.

« Observateur, flâneur, philosophe, (…), l’artiste est le peintre de la circonstance et de tout ce qu’elle suggère d’éternel », affirme Baudelaire dans Les Écrits esthétiques. Évidemment, les balades poétiques du XIXe siècle ont quelque peu évoluées. Les artistes du XXIe siècle investissent la ville, s’emparent du contexte urbain, explorent les mythes du quotidien, observent les passants. Ils gardent leurs distances comme Beat Streuli, interagissent avec les gens comme Halida Boughriet, inspectent les objets anodins de la rue comme Boris Achour.

Ce qui surprend au premier abord, c’est la place consacrée à l’oeuvre de Beat Streuli USA 95 II, cette grande installation composée de trois grands panneaux sur lesquels sont projetées des diapositives. L’on voit ainsi défiler simultanément, par série de trois, 163 diapositives numérisées. Elles représentent toutes des anonymes, points lumineux parmi la foule des grandes villes. Ici, point de psychologie ou de recherche sociale, ce qui intéresse l’artiste ce sont les gestes, le mouvement, les expressions. Tous ces sujets dégagent un grand naturel, photographiés à leur insu à grande distance, ils ne sont pas gênés par l’objectif. L’on ressent pourtant une proximité avec les personnes représentées tant les situations sont communes mais surtout, le fait d’être entouré d’écrans qui donne l’impression de se trouver au centre du dispositif.

Les deux autres oeuvres sont des vidéos présentant l’action dans la ville. Diffusées sur de petits écrans, elles contrastent fortement avec l’oeuvre précédente. Ce format instaure une distance avec l’action présentée. Le travail de Boris Achour est constitué de huit courtes séquences. L’artiste y est filmé intervenant dans l’espace urbain. Ses interventions sont minimales : il modifie ou perturbe le mobilier urbain en introduisant un matériau ou un objet incongru, éphémère et pauvre : scotcher une planche sur une souche d’arbre, déplacer un pot de fleurs, accrocher des sacs plastiques. La volonté n’est pas esthétique. Il s’agit surtout de jouer avec les codes de l’urbanisme, de perturber légèrement nos habitudes avec de l’incongru et de l’inattendu et incite à la transgression gentillette et ludique.

Enfin, la vidéo d’Halida Boughriet est l’enregistrement d’une performance réalisée dans les rues de Paris. Le principe en est simple : l’artiste cherche à établir ou à provoquer un contact avec les passants en les touchant avec la main. Certains acceptent, d’autres restent totalement indifférents. La caméra fixe, ne filme pas les visages et se concentre sur la zone d’action des mains. Dans Action, l’artiste transgresse un interdit social, celui du toucher, et rend manifeste la soumission de chacun aux règles sociales.

Si les différents points de vue sont intéressants et leur confrontation émulatrice, l’on ressort de cet espace quelque peu dubitatif, cette exposition nécessitant un certain temps de digestion intellectuelle. La disproportion entre les trois oeuvres est un peu perturbante, d’un côté deux vidéos présentées sur de petits écrans et de l’autre une grande installation. De même, le rapport entre les trois oeuvres n’est pas clairement explicité et les informations délivrées uniquement dans un petit livret remis à l’entrée. La compréhension du propos et de la portée de l’exposition nécessite donc un investissement personnel de la part du visiteur car, contrairement aux apparences, l’art vidéo n’est pas des plus facile.

Cette exposition a également une portée sociale, il s’agit de faire entrer l’art d’une grande institution dans le plus jeune et le plus pauvre des départements français. La culture n’est pas un luxe, mais un droit auquel chacun aspire. Elle est nécessaire pour élargir sa perception et enrichir sa réflexion. Reste à voir si le sujet et le format vont parvenir à toucher les Dionysiens et s’ils seront aux rendez-vous…

Visuel : Beat Streuli, USA 95 II, 95, installation multimédia © Beat Streuli, Coll. Centre Pompidou

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Sandra Bernard
A étudié à l'Université Paris Ouest Nanterre la Défense l'Histoire et l'Histoire de l'Art. Après deux licences dans ces deux disciplines et un master recherche d'histoire médiévale spécialité histoire de l'Art dont le sujet s'intitulait "La représentation du costume dans la peinture française ayant pour sujet le haut Moyen Âge" Sandra a intégré un master professionnel d'histoire de l'Art : Médiation culturelle, Patrimoine et Numérique et terminé un mémoire sur "Les politiques culturelles communales actuelles en Île-de-France pour la mise en valeur du patrimoine bâti historique : le cas des communes de Sucy-en-Brie et de Saint-Denis". Ses centres d'intérêts sont multiples : culture asiatique (sous presque toutes ses formes), Histoire, Histoire de l'Art, l'art en général, les nouveaux médias, l'art des jardins et aussi la mode et la beauté. Contact : sandra[at]toutelaculture.com

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