Arts

L’atelier de Henry Moore s’expose au Musée Rodin

15 octobre 2010 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 27 février 2011, avec la Fondation Henry Moore, le musée Rodin présente les dessous de la création d’un des plus grand sculpteurs du 20ème siècle : Henry Moore (1898-1986).  Grand et rare : cela faisait 30 ans qu’aucune grande rétrospective de Moore n’avait eu lieu en France. Ceux qui connaissent les œuvres monumentales de l’artiste, que ce soit dans les parcs des musées du monde entier, ou dans l’alcôve de la Cathédrale Saint Paul de Londres, pourront découvrir son atelier et la manière dont il réalisait des petits plâtres minutieux avant de passer au bronze de grand format. Les esquisses sont également fascinantes, notamment les dessins des abris londoniens lors des grands bombardements de l’année 1940.

La visite commence par deux sculptures monumentales placées dans la Cour de l’Hôtel Biron : « The Arch » (1969) et « Locking piece », en fibre de verre (1963-64). Dans l’entrée de la chapelle du musée, l’ambiance est plus intime. Et c’est dans une semi-obscurité (pour protéger les œuvres) que le visiteur découvre que dans un premier temps, le sculpteur préparait son travail de sculpture par des esquisses. Ce n’est que plus tard qu’il modèlera ses maquettes en plâtre. Dans les dessins, on voit comment certains objets, tels les coquillages, ont influencé la manière de sculpter de Moore.

La série des « Shelters », datant de 1940-41, est absolument stupéfiante : dans une figuration post-expressionniste qui fait penser autant à Giacometti qu’à Zoran Music, l’artiste Anglais a dessiné sur le vif les Londoniens parqués dans des abris anti-bombes (volontiers dans le métro) lors des attaques de la Luftwaffe. Plus loin, les « Stringed figures » aux lignes épurées expriment la fascination de Moore pour les modèles mathématiques qu’il a vus exposés au Science Museum de South Kensington. Et l’influence du sculpteur russe Naum Gabo. Au sortir de ce long couloir, une sculpture monumentale, on trouve le monumental  « Homme assis ».

Puis l’atelier de Henri Moore est reproduit, et ses petits plâtres préparatoires sont organisés comme s’ils dansaient un ballet. De photos de ses plus grandes réalisations sont sagement classées sur les murs, les outils sont blanchis. Le bleu chaud des étagères, mêlé à la matière du plâtre des maquettes, laisse une impression d’artisanat chaleureux. Dans la nef de la chapelle, sous la lumière naturelle qui déferle du plafond, de grandes sculptures de Moore s’étalent. Certaines sont en plâtre et sont également des maquettes préparatoires aux monuments. D’autres sont déjà coulées en bronze, dans leur forme définitive. Les plus belles pièces du répertoire de Moore sont représentées : le puissant « Warrior with a shield » (0953),  le visage acéré de la néo-cubiste « Reclining figure : Angles » (1979), ainsi que le travail de dépècement et d’emboîtement de l' »Upright internal /external form » (1952). L’on y découvre également un Henry Moore sculpteur de bas-reliefs avec des maquettes saisissantes de « Wall reliefs ».

Montrant Moore sous un jour nouveau, et récapitulant ses œuvres clés pour un public français peu exposé à l’artiste, toute l’exposition prouve avec pédagogie, qu’en matière d’art, il n’y a pas de coulisses. Les maquettes et les plâtres de Moore sont aussi touchantes que ses bronzes définitifs. Reste la question de la conservation d’une matière friable, à l’heure où le musée de Wakefield (Yorshire, UK) s’apprête à recevoir la collection de plâtre de Moore.

« Henri Moore, l’Atelier, sculptures et dessins« , Musée Rodin, jusqu’au 27 février 2011, 79, rue de Varenne, paris 7e, m° Invalides ou Varenne, mar-dim 10h-17h45, 7 euros (TR -25 ans 5 euros).

Crédits photos : Henry Moore Foundation
1) Photo : Errol Jackson
2) Study for « Tube Shelter Perspective : The Liverpool Street Extension », Page du second carnet de croquis « Abri », 1940-1941, Mine de plomb, pastel gras, crayon de couleur, aquarelle, lavis, plume et encre sur vélin léger crème, 204 x 165 mm, don d’Irina Moore 1977
3) L’atelier
4) Reclining Figure : Angles, 1979, Plâtre coloré en surface – 125 x 230 x 157 cm, LH 675 Don de l’artiste 1977

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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