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L’art optique de Jesus Rafael Soto : l’infinie quête de la vibration

L’art optique de Jesus Rafael Soto : l’infinie quête de la vibration

26 février 2013 | PAR Géraldine Bretault

En 2011, la famille de Jesús Rafael Soto (décédé en 2005) a fait dation d’une vingtaine d’œuvres à l’État français afin de s’acquitter de ses droits de succession. Versées à l’inventaire du Musée d’art moderne, elles sont aujourd’hui présentées au public, conformément à la mission de l’institution. Le hasard fait bien les choses, puisque la rétrospective concomitante de Julio Le Parc au Palais de Tokyo permet de revenir sur les ambitions de l’art cinétique en général, et de mieux comprendre ce qui distingue ces deux artistes derrière les similitudes apparentes.

Interrogé ce matin sur les raisons de ce regain d’intérêt pour le cinétisme – sans oublier la disparition de Denise René en juillet dernier -, le commissaire de l’exposition Jean-Paul Ameline a avancé trois arguments : d’une part, plusieurs récentes expositions en Amérique latine et aux États-Unis n’ont pas manqué d’inspirer les commissaires français ; ensuite, il faut compter avec l’enthousiasme croissant des collectionneurs latino-américains, puisque nombre d’artistes majeurs du mouvement sont originaires de ce continent ; et enfin, avec le recul, il est évident que l’art cinétique découle en droite ligne du projet plus vaste de l’abstraction géométrique, dont les interrogations élémentaires sur la forme et la couleur demeurent une base de réflexion pertinente pour les jeunes artistes.

De fait, le contraste entre l’approche de Soto et celle de Le Parc est ici flagrant : alors que Le Parc, à travers la dimension sociale du GRAV, s’efforçait d’enchanter le quotidien – de permettre en quelque sorte l’accès à une expérience onirique en commençant par perturber les repères sensoriels conventionnels -, Soto croit plutôt dans l’universalité des interrogations formelles, dans l’infaillible progrès de l’histoire de l’art. Pour lui, ces recherches entamées dès son arrivée à Paris en 1950 valent mieux que tout discours. Inlassablement, vivant surtout des cachets récoltés le soir en jouant de la guitare dans les cabarets de la capitale, il traque ce qu’il nomme bientôt les vibrations, déplaçant le paradigme du mouvement du spectateur à celui de l’œil, basculant de la cinétique à l’art optique.

Si Le Parc a su rassembler autour de lui, et donner corps à un groupe d’artistes cinétiques, Soto a au contraire permis de relier des univers en apparence éloignés. Ainsi, son amitié avec Tinguely, et notamment la rencontre déterminante avec Yves Klein, entérinent un rapprochement avec les Nouveaux Réalistes, dont il partage un temps les recherches, avec ses séries « d’écritures » réalisées à partir de fil de fer récupéré. Yves Klein surtout le passionnne par sa quête d’immanence. Son exposition du Vide sera pour lui un grand choc : Soto en est convaincu, seule la dématérialisation de la couleur, et même de l’œuvre d’art, permettra à l’œil, et partant à tout le corps, d’expérimenter la vibration universelle qui unit toutes les formes et les couleurs. Ses recherches trouveront d’ailleurs un certain écho auprès du groupe Zéro, en Allemagne, avec qui il exposera à maintes reprises entre 1955 et 1965.

Cette courte présentation retrace donc de manière efficace le parcours de l’artiste, depuis une première Rotation sur bois en 1952, en passant par le travail avec le plexiglas autour de la spirale, inspiré par Duchamp, pour arriver enfin aux Pénétrables et aux « tés » des dernières années. Les « tés » sont ces minuscules petites tiges métalliques en forme de T dont Soto se sert pour créer une distance entre le fond et certaines formes : dans les dernières œuvres notamment, leur juxtaposition avec des carrés monochromes lui permet de mettre en évidence le mouvement inhérent aux couleurs. La grande boucle de l’histoire de l’art était bouclée, lui qui avait toujours rêvé de « faire bouger Mondrian ». Il laisse derrière lui de multiples pistes qui trouvent des échos chez certains artistes contemporains comme Olafur Eliasson.

 

Crédits photographiques :
(en une) Cube bleu interne, 1976 © Adagp, Paris 2013
Spirale, 1955 © Adagp, Paris 2013
Cuadrado tabaco y vibración, 2004 © Adagp, Paris 2013
Vibration jaune, 1965 © Adagp, Paris 2013

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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