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La Vitrine de la rue de Richelieu : Les copains d’abord : le monde de l’art fait son exposition

La Vitrine de la rue de Richelieu : Les copains d’abord : le monde de l’art fait son exposition

07 janvier 2013 | PAR Smaranda Olcese

Le paysage artistique de la capitale s’enrichit d’un nouvel espace d’exposition : La vitrine. Son vernissage, en octobre dernier, faisait partie du parcours VIP de la FIAC. Grâce à son succès, l’exposition en cours est prolongée jusqu’au mois de mars. Son secret ? Des artistes aux univers les plus disparates, coups de cœur 2012 de personnalités institutionnelles du monde de l’art triées sur le volet.

Les copains d’abord. La franchise du titre, séduit d’entrée de jeu. Le commissaire d’exposition Marc Pottier a choisi pour cette première une formule gagnante : 6 regards, de sensibilités différentes, portés sur la scène artistique, 6 jeunes artistes de talent. D’un côté des noms qui n’ont plus besoin de présentation : Antoine de Galbert, Président de la Maison Rouge,  Fabrice Hergott, Directeur du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris,  Alain Julien Laferrière, Directeur du Centre de Création Contemporaine de Tours, Jean de Loisy, Président du Palais de Tokyo,  Sandra Mulliez, Fondatrice du Sam Art Projects,  et enfin Marc Olivier Wahler, Directeur de la Chalet Society. De l’autre, des noms émergeants dont nous allons certainement entendre parler de plus en plus souvent sur la scène contemporaine : Clotilde Viannay, Benoit Pype, Anne Valérie Gasc, Thibault de Gialluly, Géraldine Cario, Jean Xavier Renaud. Mais avant d’entrer dans le détail de ces binômes fondés sur le principe des affinités électives, quelques mots sur La Vitrine de la rue de Richelieu.

Le concept est hybride et digne d’intérêt : il vise le rapprochement entre les mondes de l’art et des marques. La structure Art en direct œuvre dans ce sens depuis maintenant une vingtaine d’années. La Vitrine offre désormais un espace d’exposition, d’échange et de réflexion, se propose de devenir un réceptacle de la rencontre entre l’artiste et l’entreprise, à la fois lieu de visibilité et catalyseur d’une véritable politique de soutien à la création de la part des acteurs économiques.

Ce premier projet curatorial donne un aperçu de la richesse des possibles. Thibault de Gialluly (invité par Antoine de Galbert) s’attaque de manière diffuse aux habitus d’un monde où tout est éminemment politique. Son œuvre fait la transition entre la rue et l‘espace d’exposition, y introduit de manière diffuse une pensée subversive, qui avance sans se voiler la face. Inutile de dire que, dans un tel contexte, ce choix artistique ne saurait être anodin. Ces réseaux complexes et désaliénés trouvent une étrange résonance intimiste dans les toiles et installations arachnéennes de Géraldine Cario (invitée par Sandra Mulliez) qui file ici ses thèmes de prédilection, la mémoire, la transmission, les objets et mots ayant jalonné des vies passées dans une saisissante Cartographie du Je. Dans le registre de l’excès, leurs répondent les grands formats de Jean Xavier Renaud (invité par Fabrice Hergott), peintre et élu local qui, au cœur des montagnes de l’Ain explore les limites et les travers des relations humaines et des conventions sociales.

Au cœur de l’espace d’exposition, un énorme pneu engage un équilibre fragile, mais combien poétique, avec les infimes Sculptures de fond de poches de Benoit Pype. Anne Valérie Gasc (invitée par Alain Julien Laferrière) développe un projet artistique aux allures d’entreprise (Gasc Démolition) qui décline les stratégies adéquates et les protocoles nécessaires aux modalités d’ébranlement du réel et d’avènement de l’art par une tactique préalable de dévastation. Les 155 kg d’enveloppe entièrement peinte en orange, protègent une caméra vidéo dont les enregistrements visibles sur le site de l’artiste nous plongent au cœur de la chute assistée des barres HLM et autres complexes de constructions vétustes. Le foudroiement et sa violence, soudaine et inouïe, trouve son parfait pendant dans la patience et la lenteur que déploie le travail de Benoit Pype (invité par Jean de Loisy) qui œuvre pour augmenter notre capacité à accueillir l’événement, en l’occurrence le devenir objet, et objet artistique de surcroit, par l’apposition d’un socle en miniature à ces prélèvements dérisoires sur des médiums frugaux, anodins, et leurs transformations discrètes.

La proposition qui focalise toute notre attention nous vient de Clotilde Viannay, invitée par Marc Olivier Wahler. Le projet W, inspiré des Watchmen, comics book écrit par Alan Moore en 1984, avait déjà été remarqué dans le cadre des modules de la fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent au Palais de Tokyo. Une illusion romantique qui constitue son second volet, se penche sur le destin extraordinaire de deux jeunes de l’Amérique des années 50, Emmett Till et Lilly Backer, victimes de la violence et de la haine raciale. Toujours sur le mode de l’uchronie, Clotilde Viannay accumule avec patience et espièglerie des sculptures, dessins, et toute une série d’autres documents, dont certains commandés aux écrivains Jacques Barbéri et Yves Ramonet, qui retracent le devenir des super héros et leur intégration dans la dynastie des Watchmen. La portée d’une telle démarche créatrice, outre le statut indéterminé des objets exposés, entre l’artefact, la relique et la preuve matérielle d’une fiction à l’œuvre, consiste en la surprenante richesse d’une pensée qui se développe et prolifère selon des temporalités parallèles.

 

photographies © Benoit Pype, Clotilde Viannay, La Vitrine am

 

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Smaranda Olcese

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