Arts
La Machine Magritte

La Machine Magritte

29 avril 2022 | PAR Nicolas Villodre

CaixaForum, en collaboration avec le Musée Thyssen-Bornemisza, présente jusqu’au 6 juin 2022 à Barcelone l’exposition La Máquina Magritte constituée de 69 toiles provenant de collections publiques et privées à travers le monde et d’une sélection de photos et de films concernant le plus célèbre artiste surréaliste belge.

Cent titres

Magritte rappelle que, depuis sa première exposition en 1926, il a peint un millier de tableaux (non dans un atelier « bohème » mais dans la roberie de sa demeure bruxelloise) mais n’a conçu vraiment qu’une centaine d’images. Ce millier de variantes pour un artiste créateur et créatif (= ayant eu comme gagne-pain une activité de publicitaire) étant une façon de « mieux préciser le mystère, de mieux le posséder ». Le titre de la rétrospective catalane renvoie à la machine à peindre prophétisée par Alfred Jarry, aux « machines célibataires » de Duchamp, artiste ayant délaissé le rétinien pour le conceptuel, au dessin mécanique de Picabia et, plus près de nous, aux Méta-matics (1955) de Tinguely. 

Cette répétitivité dans l’œuvre magrittienne peut s’expliquer par l’automatisme cher à André Breton et aux surréalistes particulièrement attirés par la psychanalyse comme Salvador Dalí, que Magritte fréquenta à Paris entre 1927 et 1930. Il se brouilla avec le pape du surréalisme, ce dernier ayant demandé à Georgette Magritte, l’épouse et muse de notre héros, de ne plus jamais arborer son crucifix! Il n’en reste pas moins que les titres des œuvres de Magritte sont énigmatiques. Certains tableaux restent sous influence de la peinture « métaphysique » de De Chirico (cf. La Lumière des coïncidences, 1933; Le Principe du plaisir, 1937). 

Ut pictura poesis

L’une des toiles les plus significatives est La Trahison des images (1929), qui souligne l’arbitraire entre « les images et les mots ». Magritte contribue cette même année à la revue La Révolution surréaliste, et a probablement connaissance des « peintures-poèmes » imaginés par Miró quatre ans plus tôt. De l’œuvre emblématique La Trahison des images, qui orne les boîtes de biscuits de Jules Destrooper mais qui est absente de l’expo barcelonaise, Magritte a dit : « La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reproché! Et pourtant, pouvez-vous la bourrer ma pipe? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. » Magritte considère que « l’art de peindre est un art de penser ». N’empêche qu’il maîtrise mieux qu’un Delvaux la technique de la peinture traditionnelle flamande, ce que prouvent le nu féminin de 1928, La Tentative de l’impossible, son Ève céleste du Pain quotidien (1942) et la fameuse silhouette au chapeau melon de La Haute société (c.1966). Certains nus de Georgette font songer à ceux de Gala peints par Dalí (cf. Le Rêve, 1945).

Son goût du trompe-l’œil, de l’illusion d’optique, du feuilleton populaire et du film burlesque (cf. son clin d’œil photographique à Fantômas et son hommage pictural à Mack Sennett), ses blagues de carabins héritées de son paternel n’ont rien de l’inquiétante étrangeté qui se dégage de l’art poétique romantique et surréaliste mais relèvent plutôt d’une quiète étrangeté. Adepte de la philosophie hégelienne, Magritte poursuit sa réflexion sur le mot et l’image jusqu’à la fin de sa vie. Il correspond avec Michel Foucault après la publication par celui-ci en 1966 des Mots et des choses. Il lui écrit notamment dans une de ses lettres : « Il n’y a pas lieu d’accorder à l’invisible plus d’importance qu’au visible, ni l’inverse ».

Visuel : René Magritte, La Grande famille (1963), huile sur lin, 100 x 81 cm, Utsunomiya Museum of Art, Utsunomiya, avec l’aimable courtoisie de Ludion Publishers © René Magritte, VEGAP, Barcelone, 2022.

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