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La collection Jonas Netter à la Pinacothèque

La collection Jonas Netter à la Pinacothèque

Alors que le Grand Palais a présenté d’octobre 2011 à janvier 2012, une exposition consacrée à la collection Stein, la Pinacothèque, dans une démarche similaire, expose la collection Jonas Netter du 4 avril 2012 au 9 septembre 2012, avec à l’honneur les œuvres de Modigliani et de Soutine.

Se présentant comme l’aboutissement de recherches approfondies, l’exposition s’avère être la première étude réalisée au sujet de Jonas Netter. Ce collectionneur alsacien, jusqu’alors méconnu, a pourtant été un des acteurs majeurs de l’art de la première moitié du XXème siècle. Il a soutenu des artistes tels que Modigliani et Soutine, à une époque où tous leur tournaient le dos. L’exposition révèle un personnage véritablement passionné par la production artistique et n’accordant que peu d’intérêt aux profits. Sa collection résulte de la rencontre du poète polonais Léopold Zborowski, qui, le soulageant des tâches purement mondaines, se fit le diffuseur des artistes quand Jonas Netter en était le moyen financier. L’exposition retrace ainsi à travers cette rencontre, l’évolution d’une des collections majeures du début du XXème siècle, regroupant des artistes tels que Maurice Utrillo, Suzanne Valadon, André Derain, Amedeo Modigliani, Chaïm Soutine, et s’épanouissant dans le cadre du Montparnasse parisien aux alentours de 1915.

Si l’intitulé de l’exposition laissait croire à la seule exploration des œuvres de Modigliani et de Soutine, le parcours quant à lui s’avère être bien plus riche et diversifié. Ce n’est ni Modigliani, ni Soutine qui ouvrent l’exposition, mais la Place de l’église à Montmagny (1907) de Maurice Utrillo. Ce sont ainsi ses oeuvres et celles de Suzanne Valadon qui se disputent les premières salles, opposant la touche virgule d’Utrillo aux figures cernées de Valadon. Fasciné par la période blanche de Maurice Utrillo empreinte d’une atmosphère hivernale, Jonas Netter s’intéresse tout autant à la gaieté et aux couleurs vives des œuvres de Valadon. Le goût pour des formes tortueuses, prégnant dans une œuvre telle que Sous-bois que Suzanne Valadon réalise en 1914, se retrouve dans les œuvres de Modigliani où l’étirement du cou joue sur la sensualité de la ligne courbe. La douceur des tons de Fillette en bleu, que Modigliani réalise en 1918 et qui conférait à l’œuvre toute sa sérénité, est violemment évincée par la touche exaltée de Soutine dans la Fillette à la robe noire de 1918. Le geste empreint de mélancolie laisse place à l’écorchure de la toile. Si l’œuvre d’Isaac Antcher semble a priori encourager un retour au calme, elle transporte toutefois le spectateur dans un univers tout aussi énigmatique. Les déchaînements effrénés de Soutine sont ainsi contrebalancés par une œuvre mystérieusement silencieuse.

De nombreux artistes arpentent l’espace d’exposition et sont pour la plupart relativement peu connus. Isaac Antcher est en cela une véritable révélation, et apparaît comme le point d’orgue de l’exposition. Il se dégage de son Sous-bois avec personnage de 1929, une atmosphère irréelle. A la manière de La Pie de Claude Monet, de petits personnages vêtus de noir habillent la composition et participent à l’éclat de ce vert atténué par la superposition de subtiles touches blanches.

L’exposition, favorisant la découverte d’artistes, répond ainsi au souhait même du collectionneur Jonas Netter. Celui-ci, désirait par-dessus tout, permettre l’accès à ses collections, afin de diffuser au plus grand nombre les œuvres qu’il considérait avec passion et bienveillance.

 

Crédit photo : Amedeo Modigliani, Fillette en bleu, 1918, (c) Photo : Pinacothèque de Paris.

Maurice Utrillo, Porte Saint-Martin, 1918 (c) Adagp, Paris 2012 (c) Jean Fabris, 2012 (c) Photo : Pinacothèque de Paris/Fabrice Gousset

 

 

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DIANE ZORZI DU MAGAZINE DES ENCHÈRES

3 thoughts on “La collection Jonas Netter à la Pinacothèque”

Commentaire(s)

  • Mercier

    J’y suis allée pour Mondigliani, Soutine, Utrillo et Valadon. Pour le reste, je n’ai pas du tout aimé les oeuvres mis à part celles d’Antcher, toiles comme le souligne, le journaliste, assez énigmatiques et qui attirent l’oeil par les couleurs vertes et noires et l’atmosphère des tableaux. En revanche, je comprends mal la comparaison d’Antcher et de Monet !!!! Si c’est le cas, il aurait fallu choisir d’autres tableaux que celui de La Pie qui n’a rien d’égnimatique !…. Il aurait fallu choisir un tableau de Munch. C’est un avis personnel. L’expo est par ailleurs intéressante car pour une fois on y découvre la personnatité d’un collectionneur dont la mission était de croire en des artistes alors inconnus et de leur apporter un soutien moral et surtout financier. Enfin, les informations données au cours de l’exposition sont très intéressantes ; l’idée de donner des lettres des peintres nous aident à comprendre leurs intentions.

    avril 27, 2012 at 10 h 04 min
  • Diane Zorzi

    Je vous remercie pour votre lecture attentive. Il y a effectivement du Munch chez Antcher, dans cette touche déchaînée. Toutefois je maintiens ma comparaison avec La Pie de Monet, qui à la manière des petits personnages vêtus de noir chez Antcher, frappe l’oeil du spectateur. Ce subtil frottement des couleurs, noir/blanc chez Monet, vert/noir chez Antcher, concourt au caractère énigmatique des deux oeuvres, où le noir tend à s’extraire d’un environnement coloré particulièrement intense. Mais ce ressenti est tout personnel et n’a bien entendu aucune prétention à l’universalité. Bien à vous.

    avril 27, 2012 at 10 h 39 min

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