Arts
Klee, dans la musique du pinceau à la Cité de la Musique

Klee, dans la musique du pinceau à la Cité de la Musique

26 octobre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La cité de la Musique célèbre l’œuvre du peintre Paul Klee. De la peinture à la cité de la Musique? Oui, et pour cause, violoniste dès 7 ans, l’artiste n’a eu de cesse que la recherche de la traduction du son et du rythme en image. Dans un parcours chronologique mettant en avant les influences et les ruptures « Polyphonies » se place comme l’une des meilleures expositions de cette saison.

L’exposition réunit 130 œuvres et plus de 70 documents issus en grande partie de ses archives personnelles : lettres, photographies, partitions ou encore des objets personnels, tel le superbe violon Testore 1702 que Klee acquit en 1903. Cinq périodes viennent éclairer les relations entre la musique et la peinture.

Une première section, 1898-1910 « De musique en peinture » nous renseigne sur la période où Klee était critique d’art, il dessine déjà, l’occasion d’un autoportrait saisissant daté de 1910.

Nous passons très vite dans la seconde partie, « 1911-1915″. Ici, la couleur jaillit. Klee nomme lui-même ce moment  » La conquête de la couleur ». Ici, le travail de Klee est confronté à celui des autres peintres de la période. L’abstraction expressionniste est à son apogée, nous, nous admirons La fenêtre de Delaunay présentée ici. La troisième période, 1916-1920  » Un point d’orgue de la création » est un premier pas vers la musicalité. Ici, l’image devient « un champs de signe ». Le célèbre quadrillage est là, et pourtant, on reconnait aisément un paysage. Le souffle est coupé par la beauté de ces Fenêtres et toits.

Il se confronte au dadaïsme de Jean Arp et donne à ses tableaux des titres musicaux comme ce « Son de cloche » en 1918 La quatrième période, 1921-1929  » Berlin, Weimar : musique et théâtre au Bauhaus tient de l’enchantement. Nous y découvrons Klee enseignant au Bahaus la « composition élémentaire ». C’est dans cet intervalle que la polyphonie prend tout son sens. Klee dessine et peint, ses sujets sont autant des villes que des scènes de spectacles. Pour son fils Felix il réalise des marionnettes présentées ici en cirque. Il dessine des moments d’Opéra, ici, un passage de Cosi Fan Tute. C’est une période de recherche intense : auprès de ses élèves, il approfondit l’idée d’une transcription picturale des formes musicales. Des tableaux donnent le mouvement, comme cette Fugue en rouge en 1921.

La cinquième césure, 1930-1937  » Recherches exactes dans le domaine de l’art donne à sentir un air de liberté dans les compositions. Une « respiration ». Les carrés sont adoucis aux angles, les couleurs tentent de trouver l’accord parfait. « En rythme » alterne le blanc, le noir et le bleu sur fond brun, chaque bloc ayant comme une identité propre. La dernière salle, poignante, nous amène dans les derniers jours de Klee. Il souffre de sclérodermie et ne peut plus jouer de violon. Dans ces mains, les musiciens et leur instrument font blocs pour créer  » Eidola » une série de personnages fantomatiques comme des retours sur la vie. Ils sont « ex-pianiste », « ex-harpiste »… ils sont la polyphonie incarnée.

Pédagogique, accessible et magnifiquement éclairée  » Polyphonie » est une approche limpide de l’œuvre d’un artiste complexe.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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